Décentralisation : pas d’alternative

Retour sur le message du chef de l’Etat à la Nation.

En ce début d’année, l’économie camerounaise demeure fortement tributaire d’un environnement international morose en raison de chocs profonds, eux-mêmes liés à un effondrement drastique des cours des matières premières. Cette situation a eu des retombées d’autant plus nocives pour l’ensemble de la sous-région d’Afrique centrale que nos pays affrontent simultanément l’hydre du terrorisme, au prix de sacrifices incommensurables. Dans ces conditions et pour préserver toutes nos chances de progrès, un seul choix s’impose : produire plus et mieux. En accordant une place plus grande à la création des richesses par la base.
C’est dire tout l’espoir attaché à un renforcement très attendu de la décentralisation, conformément aux dispositions pertinentes des lois de juillet 2004 fixant les règles applicables aux régions et communes. Car, à l’observation, il se dégage que si le formidable potentiel économique de notre pays tarde à se traduire en opportunités porteuses de croissance, cela relève essentiellement de la faible implication des communautés locales dans le processus de développement. En cause, de nombreux obstacles et résistances dressés par des agents publics arc-boutés sur leurs privilèges et avantages. Pour ces tenants d’un centralisme désuet, rien ne presse pour le transfert des compétences et des ressources vers des municipalités souvent peu ou pas outillées pour penser et impulser le développement à la base.
En tout cas, les directives récentes du Premier ministre visant à donner du tonus à la décentralisation sont loin d’être fortuites. On se rappelle, à cet égard, que le chef du gouvernement, lors du Conseil national du 28 décembre dernier, a notamment prescrit de « rendre effective l’allocation des ressources financières aux collectivités territoriales décentralisées par voie des subventions dès l’exercice budgétaire 2017 ». Autres mesures fortes énoncées par le PM : le paiement de la rémunération des magistrats municipaux et la mise à disposition « dans le strict respect du principe de l’annualité budgétaire, les ressources financières inscrites au budget de l’Etat destinées aux communes et au FEICOM ».
Toutes choses considérées, si les avancées sont réelles, les acquis indéniables, il n’en est pas moins que le chemin qui reste à parcourir est encore bien long et sinueux. A titre illustratif, on sait que des textes législatifs et réglementaires fixant un tableau-type des emplois communaux tenant compte de l’importance spécifique de chaque commune ont été rendus publics depuis quelques années. Sans que leur mise en application effective ait véritablement pris de l’envol à ce jour. L’on se trouve ainsi dans une sorte de cercle vicieux qui paralyse une dynamique pour laquelle il n’y a pas d’alternative. A moins d’opter pour l’immobilisme et l’inertie stigmatisée de tout temps par le chef de l’Etat.
Le salut collectif se trouve dans la poursuite résolue et sans relâche d’une stratégie de développement efficiente, généreuse, volontariste. Il est établi que les arbres les plus solides sont ceux-là qui s’appuient sur des racines profondément ancrées au sol. La promotion des langues nationales et des activités de production agricole, pastorale, artisanale, touristique autant que le développement de l’éducation et de la santé constituent un champ susceptible d’impliquer franchement communes et régions. Encore faudrait-il parvenir à leur ouvrir la voie, à leur mettre le pied à l’étrier. L’exercice budgétaire en cours pourrait servir de test décisif sur ce terrain.

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