« C’est l’une des principales cause d’infertilité »

Pr. Pascal Foumane, gynécologue, chef service gynécologie, Hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Yaoundé.

Professeur, qu’est-ce qui justifie la persistance dans notre société des avortements clandestins ?
L’avortement clandestin persiste parce que les adolescentes, les femmes adultes non mariées et même les mariées se retrouvent avec des grossesses indésirées. L’avortement étant illégal au Cameroun, elles sont nombreuses à recourir à la clandestinité.
 
Que risque une femme qui décide d’avorter clandestinement ?
Sur le plan médical, un avortement clandestin est un avortement à risque et expose à de nombreuses complications. Notamment des infections très graves avec perforations digestives. Parfois pour sauver la patiente, l’on a recours aux mutilations d’organes. La personne peut également se retrouver avec une hémorragie sévère pouvant conduire à la mort. C’est d’ailleurs l’une des principales causes de mortalité maternelle dans notre pays.  Et lorsque la femme ne perd pas la vie, elle peut se retrouver avec des difficultés à procréer. L’avortement est d’ailleurs l’une des principales causes d’infertilité au Cameroun. Beaucoup de femmes qui cherchent à avoir des enfants aujourd’hui ont pour la plupart, eu à pratiquer un avortement clandestin par le passé.

Que dit la loi au sujet de l’avortement ?
Au Cameroun, toute forme d’avortement est considérée comme un crime. C’est un crime aussi bien pour celle qui recourt à l’avortement que pour celui qui le pratique. Les complices ne sont pas en reste. Ce n’est que lorsqu’il est prouvé qu’une grossesse met en danger la vie de la mère que l’avortement est permis au Cameroun. En cas de viol également, l’avortement est autorisé. En dehors de ces deux cas de figure, on parle d’avortement clandestin.  D’après l’alinéa 1 de l’article 337 du Code pénal « est punie d’un emprisonnement de 15 à un an et d’une amende de 5000 à 200 000 F ou de l’une de ces deux peines seulement, la femme qui se procure l’avortement à elle-même ou qui y consent ». L’alinéa 2 quant à lui stipule qu’est « punit d’un emprisonnement de un à cinq ans et d’une amende de 100 000 à deux millions de F, celui qui, même avec son consentement, procure l’avortement à une femme. » Les peines de l’alinéa 2 sont doublées à l’encontre de toute personne qui se livre habituellement à des avortements ou qui exerce une profession médicale ou en relation avec cette profession. La fermeture du local professionnel et l’interdiction d’exercer sont aussi prévus par la loi.

Au regard des cas de décès et d’infertilité dénombrés à travers le pays, n’est-il pas temps de promouvoir un avortement sécurisé au Cameroun ?
C’est l’avis des sociétés savantes. Notamment la société des gynécologues et obstétriciens du Cameroun. De nombreux plaidoyers ont été faits à ce sujet et sont encore d’actualité. Mais la vraie question est celle de savoir si la société camerounaise, ses différentes couches sociales et religieuses sont prêtes à laisser la voie au législateur pour que l’avortement sécurisé devienne légal. C’est une question qui nous concerne tous parce que beaucoup de nos jeunes filles et femmes, parfois des mères de familles, meurent des suites d’avortement clandestin.

Quelle est donc la démarche à suivre lorsqu’une femme veut se débarrasser d’une grossesse ?
Celles qui sont dans cette situation ou qui pourraient l’être doivent savoir que seules les interruptions médicales de grossesse sont permises au Cameroun. Toutes les autres pratiques sont interdites et punies.
 

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