« Les séries racontent nos réalités »

Jean Roke Patoudem, fondateur de Patou Films Productions, promoteur de la Nuit de la série africaine au Fespaco.

Ce jeudi à Ouagadougou, vous présentez la cinquième édition de la Nuit de la série africaine. Comment cette aventure a-t-elle commencé avec le Fespaco ?
En créant cette nuit de la série africaine au Fespaco, nous ne savions pas que nous allions la faire sur d’autres festivals. Elle a été créée grâce au Fespaco, mais nous sommes partenaires de plusieurs festivals, notamment les « Ecrans Noirs » au Cameroun, « Emergence » au Togo, et nous avons participé à « Vues d’Afrique » à Montréal. A Paris, le 24 septembre dernier, nous avons même organisé une Nuit de la série africaine, mais en réalité, il n’y a qu’au Fespaco que nous comptons les différentes éditions. C’est un projet que j’avais depuis très longtemps, car dans le car qui m’amenait de Douala à Bafou, je voyais que des séries africaines étaient diffusées, qu’elles avaient des stars bien connues des passagers, et qu’elles nous tenaient en haleine tout au long du voyage de six heures. Je me suis rendu compte qu’il fallait un canal de promotion pour ces séries africaines qui racontent notre réalité locale. J’avais misé sur les séries, car je savais qu’un jour, nos plus grands cinéastes en seraient issus. Quelqu’un qui est capable de tourner 150 épisodes de série est capable de tourner 90 minutes de film. En plus, nos chaînes de télévision africaine étaient accusées de diffuser des télénovelas au détriment de séries africaines, mais la réalité est qu’il n’y avait pas vraiment de contenus en matière de séries africaines. Les choses ont évolué, souvent avec la participation de fonds mis en place par des Etats comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, pour développer le cinéma et les séries.

Comment fonctionne le concept de la Nuit de la série africaine ?
TV5, Canal +, A+, Nollywood TV, entre autres achètent les séries africaines et les diffusent. Je les prends comme partenaires, et nous créons une soirée de promotion de nos œuvres. Chacun d’entre nous met un budget à disposition. Chaque partenaire, dont le Fespaco, propose une liste de séries qu’il aimerait voir être projetées. Ensuite, moi, je rajoute ma liste, dans laquelle je peux mettre des coups de cœur, comme cette année par exemple, j’ai choisi « Les secrets de l’amour » du Camerounais Benjamin Eyaga, car c’est un jeune réalisateur qui se bat beaucoup pour faire vivre son travail. C’est une soirée gratuite, qui n’est pas rémunérée par qui que ce soit. Les gens la critiquent souvent en disant que nous devrions remettre des prix, mais ils ne comprennent pas qu’il s’agit essentiellement de promotion de la série africaine.

En tant que promoteur, comment mesurez-vous l’évolution de la série africaine ?
J’ai la chance de conserver les différentes séries qui ont été projetées au cours de la Nuit de la série africaine depuis ses débuts. Et je peux vous dire qu’un « Madame…Monsieur » n’a rien à voir avec « Foyer polygamique » du même réalisateur. La série sénégalaise « Impact » en sélection n’a plus rien à voir avec les séries sénégalaises de l’époque. Il y a une grande évolution en termes d’écriture, de rythme, de costumes, de jeu d’acteur. Il faut laisser le temps aux réalisateurs des séries africaines de continuer dans cette évolution, mais surtout il faut les accompagner. La Nuit de la série africaine a un impact très positif sur l’évolution des séries du continent. Grâce à elle, la presse internationale parle des séries africaines, les découvrent et les font découvrir pour la plupart. Cela permet de véhiculer une bonne image du continent.
 

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