Bilinguisme : l’affaire de chacun

Commentary .

La Loi fondamentale est éblouissante de clarté au sujet du bilinguisme. En effet, dès son article premier (aliéna 3), elle énonce que : «La République du Cameroun adopte l’anglais et le français comme langues officielles d’égale valeur. Elle garantit la promotion du bilinguisme sur toute l’étendue du territoire ». Mais, bien que la Constitution  établisse sans ambage le caractère bilingue du pays, ce serait aller vite en besogne d’affirmer qu’il en soit de même de ses fils et filles. De nombreux sondages et enquêtes réalisés ici et là ces dernières années tendent à montrer que, même si le nombre de Camerounais parlant et écrivant couramment le français et l’anglais a augmenté, l’on est encore loin d’atteindre ne serait-ce que la barre de 50% de compatriotes bilingues.  
Des statistiques qui surprennent d’autant plus que d’importants efforts ont été faits depuis des décennies par les pouvoirs publics pour promouvoir le bilinguisme. Des efforts concrétisés  notamment par la création de collèges et lycées bilingues dans toutes les régions du pays ainsi que des centres linguistiques pilotes. Si ces structures publiques et bien d’autres privées n’ont pas  réussi à booster considérablement le nombre de Camerounais bilingues, cela est dû pour une large part au comportement de nos concitoyens à travers le triangle national. Il apparaît ainsi à l’observation que les Camerounais d’expression française n’ont pas cru devoir se mettre à l’école de l’anglais qu’ils considéraient à tort comme une langue « secondaire ». De sorte que, même lorsqu’ils l’avaient apprise à l’école, ils refusaient de pratiquer la langue de Shakespeare de peur de faire des fautes. Contrairement à leurs compatriotes d’expression anglaise qui parlaient le français laborieusement au départ mais qui, à force de s’exercer, sont devenus rapidement bilingues dans de nombreux cas.
Les pratiques quotidiennes dans l’administration publique qui aurait dû servir d’exemple n’ont pas toujours été  de nature à promouvoir le bilinguisme. L’exécution de l’hymne national dans une seule langue, la publication des discours et autres documents importants (décrets, arrêtés, décisions, communiqués…) dans la langue la plus parlée selon que l’on est en zone francophone ou anglophone ; le mépris affiché vis-à-vis de l’usager dont la langue principale n’est pas la même que la  vôtre, ont porté un coup dur à la promotion du bilinguisme. Même à l’Université qui aurait dû être le moule des Camerounais véritablement bilingues, pas grand-chose n’a été fait pour contraindre les enseignants et les étudiants à pratiquer les  deux langues. Résultat, au terme de leur formation, seuls les étudiants qui avaient fait à titre personnel des efforts pour devenir bilingues tiraient  leur épingle du jeu.
D’ où le constat selon lequel la promotion du bilinguisme au Cameroun est mitigée, en d’autres termes, elle n’a pas atteint les résultats  escomptés. En témoignent, les revendications corporatistes des avocats et des enseignants anglophones pour ne citer que ces exemples. La création avant-hier par le président de la République de la Commission nationale du bilinguisme et du multiculturalisme arrive donc à point nommé. Elle constitue une réponse forte non seulement aux préoccupations liées à la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles visant l’usage de l’anglais et du français, mais aussi du renforcement du caractère multiculturel du Cameroun et du vivre-ensemble.
Seulement, bien que cette Commission soit placée sous l’autorité du chef de l’Etat, bien que son organisation et son fonctionnement soient de nature à produire à terme des résultats probants, elle ne pourra atteindre ses objectifs que s’il y a une véritable prise de conscience individuelle et collective des Camerounais de la nécessité de s’approprier les bienfaits inhérents au bilinguisme  et au multiculturalisme. Il s’agit de  les promouvoir autour de soi (famille, milieu professionnel…), de les utiliser en vue du maintien de la paix, de la consolidation de l’unité nationale et du renforcement du vouloir vivre ensemble.

 

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