« Nous devons sauvegarder notre existence »

Pr. Félix Zogo, président du bureau de l'assemblée générale extraordinaire du Codelame du 25 juin dernier à Ebebda.

En quoi les langues Menguissa sont-elles menacées ?
Le peuple Menguissa compte à vrai dire deux langues : « le Njowi », couramment parlé de nos jours par les membres de la communauté et le « Tiki-Leti », plus ancien, je dirais même, originel, mais dont l’influence et la présence dans le parler quotidien se sont étiolés avec le temps. Cette dualité linguistique tient à l’origine du peuple Menguissa qui vient historiquement du grand Mbam, où le Tiki-Leti était alors pratiqué. Les Menguissa ont ensuite migré sur la rive gauche du fleuve Sanaga, dans le sens de sa source vers son embouchure sur la mer, et se sont installés, non sans heurts, sur la première bande territoriale située dans les ressorts administratifs actuels des arrondissements de Sa’a et d’Ebebda. Ils y avaient trouvé les Eton déjà en place, qui parlaient leur langue actuelle, plus apparentée aux groupes Ewondo, Bulu et Fang. Les Menguissa avaient alors dû intégrer cette proximité et s’y adapter, sans toutefois s’assimiler à la langue Eton plus prégnante, d’où leur seconde langue : « le Njowi ». Il est un fait que les Menguissa, sont une minorité démographique, mais une minorité agissante au sein du département de la Lékié. Pressés par la principale composante sociologique du département du reste démographiquement majoritaire, les Menguissa ont donc l’impératif de sauvegarder leur existence et de préserver leur identité. La langue constituant un outil fondamental des enjeux identitaires et existentiels au plan purement anthropologique, il s’agit pour nous de faire face à ce péril qui à l’évidence, menace notre patrimoine linguistique et identitaire, et qui pourrait à terme, si l’on y prend garde, aboutir à son absorption, et sans doute à sa disparition au fil des générations, sous la double influence des langues nationales environnantes et démographiquement majoritaires et des langues officielles plus couramment pratiquées.
En plus de cet atelier et de l’assemblée générale du Comité de développement des langues Menguissa, y a-t-il des activités de sensibilisation en vue ?
Nous avons plusieurs défis à relever. Parmi les plus significatifs, il y a la réhabilitation des langues Menguissa à travers leur normalisation et la consolidation de leur usage au sein de la communauté, la prise en compte de ces langues dans le cadre de la promotion des langues nationales et leur insertion dans le programmes scolaires, la promotion du développement local par la mise en valeur et l’exploitation rationalisée des savoirs et des savoir-faire locaux, la contribution à la valorisation immémoriale, culturelle et cultuelle de la communauté Menguissa, pour ne citer que ceux-là. Pour y parvenir, nous devons d’abord au plan juridique et institutionnel, asseoir la mutation du Codelame en Ong. Ensuite, aller vers une appropriation de ...

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