« La souffrance et la détresse humaine ne sont pas un lieu indiqué pour la polémique »

Dr Basile Ngono, philosophe, détenteur d’un DEA en éthique médicale de la Faculté de médecine de Paris et du Diplôme d’études bioéthiques du Centre Sèvres/Facultés Jésuites de Paris.

Le Cameroun vient de se doter d’une loi relative à la Procréation médicalement assistée. Quelle en était la nécessité, selon vous ?
Le Cameroun vient de se doter d’une loi salutaire qui s’imposait à lui comme un impératif catégorique pour parler comme Emmanuel Kant. Comme à son habitude, l’homme de la phronésis a pris le temps de l’écoute et de la réflexion pour doter son pays d’un socle juridique et éthique en cohérence avec les us et coutumes camerounaises. Car le développement dans les domaines de la biologie et de la médecine met en jeu des principes éthiques fondamentaux : dignité de l’être humain, préservation de l’autonomie, respect de l’intégrité du corps humain. La nécessité de protection de ces principes est aujourd’hui reconnue à travers le monde entier et les législations, à l’instar de celle du Cameroun se structurent pour répondre au besoin d’encadrement des thématiques comme la PMA qui sont fondamentalement liées à la bioéthique. La loi camerounaise se pose comme un bouclier qui encadre les activités médicales et la recherche autour de la PMA, afin d’assurer le respect de la dignité de la personne et de prévenir les éventuelles dérives. Elle préserve aussi le Cameroun de l’émergence d’une industrie reproductive qui, dans d’autres cieux, sait tirer profit du désir de l’enfant. La nouvelle loi encadre les techniques de la PMA en cherchant à calquer les structures fondamentales de la procréation naturelle, en particulier la double lignée paternelle et maternelle. 
Quel regard le bioéthicien pose-t-il sur cette technique médicale de pointe ?  
Je dirais que la Procréation médicalement assistée qui est « la fille aînée de la postmodernité », selon la belle expression de François Mitterand est une réponse aux demandes humaines fondées sur un motif médical : soit pour pallier une stérilité pathologique, soit pour éviter la transmission d’une maladie. J’inscris cette technique dans les progrès réalisés par notre humanité commune dans notre monde commun. Ces progrès constituent un formidable espoir pour tous ceux qui sont malades, ainsi qu’une formidable aventure scientifique et humaine.
L’Église catholique qui est au Cameroun vient de se prononcer contre la pratique de la PMA, suggérant plutôt la piste de l’adoption. Comment analysez-vous cette prise de position ?
D’entrée de jeu, je dirai qu’à l’instar de toutes les églises particulières du monde, l’Église catholique qui est au Cameroun est dans sa mission de gardienne de la morale catholique. Cependant, peut-elle être en charge de la direction des consciences d’un État laïc au point de taxer une pratique encadrée par une loi de la République de peccamineuse ? J’ai de gros doutes. La souffrance et la détresse humaines n’étant pas un lieu indiqué pour la polémique, je convoque une publication récente de l’Académie pontificale de la vie qui esquisse des changements sur l’éthique théologique de la vie. Elle appelle d’ailleurs à un débat ecclésial respectueux des lois d’une République multiculturelle. 
L’Africain peut-il se contenter de l’adoption face au problème de l’infertilité ? <...

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