Musique: Tim sans Foty

Le membre du duo mythique de la fin des années 70 est resté fidèle à la signature vocale, malgré le décès de son compère en 2011.

Le timbre vocal est l’ingrédient musical qui caractérise le groupe mythique Tim et Foty. Un duo fraternel qui a fait vibrer la scène musicale nationale et internationale à la fin des années 70. C’est au détour de l’album : « Eda » que le public les découvre en 1977. Avec des titres comme « Menze si » ou encore « Love is light ». Bien qu’originaire de la région de l’Ouest, Tim et Foty ont fait du « Makossa » leur rythme de base même s’ils y ajoutent le « blues », le « rock » et « funk ». On peut apprécier des titres comme « Douala by night », « Eda », « Nam », « Sungane mba », « Sue Hellen » ou  « Famla ». Ils chantent aussi bien en leur langue maternelle, le ngomâlah de Bafoussam, leur village natal, qu’en anglais et duala.
Au début des années 80, Tim et Foty réalisent les meilleures ventes musicales au Cameroun et en Afrique avec les morceaux comme « Eya mba », « Aie », « Help ». La grande maturité de leurs compositions et leurs voix de tête originales auront bouleversé à cette époque, la musique africaine. Avec leur titre « Douala by night » plagié par la reine du R’nb américain Missy Elliot, ils ont eu gain de cause en 2009. L’aventure a duré jusqu’en 1982 puisqu’ils ont disparu de la scène.  De retour à Bafoussam, Maurice Fotié Kembiwo (dit Foty) décède en 2011 et son cousin Jean Marie Tiam (Tim) vit entre le Cameroun et la France tout en essayant tant bien que mal de maintenir la flamme allumée.
Actuellement en séjour au Cameroun, Tim prépare avec Ottou Marcellin, un Festival de musique et d’humour qui se tiendra dans quelques semaines à Douala, Yaoundé et Bafoussam. Une dizaine d’artistes intergénérationnels seront de la fête : François Misse Ngoh, Ben Decca, Isnebo, Donny Elwood, Kekegue international, Denise Naafa, Frédérique Ottou, Nkodo Sitony, entre autres. Pour ces grands ténors, il faut renouer avec les concerts et faire vibrer le Cameroun au rythme de la bonne musique. Au cours de son passage à CT, nous avons profité de quelques instants pour démystifier sa voix de tête qui a suscité des débats. 

 

Jean MarieTiam: « Nous chantions de façon naturelle »

Artiste du groupe Tim et Foty

Le groupe Tim et Foty a perdu un de ses membres en 2011 et on a l’impression que tout s’est arrêté. Qu’avez-vous fait depuis ?
Après le décès de mon frère, il a fallu que je prenne le taureau par les cornes pour aller de l’avant et voir les choses autrement. Il fallait apprendre à travailler et vivre musicalement seul. La fusion qui a existé entre nous était tellement forte qu’elle me donne assez de force pour assurer le relais tout seul. Que ce soit  dans les chansons que nous avons écrites ensemble et celles qu’il a laissées. Il y a une marge suffisante pour évoluer en cavalier solitaire à condition que la situation économique et discographique de notre pays soit à la hauteur même si c’est difficile malheureusement pour les raisons que vous connaissez. C’est un groupe qui continue d’exister, la preuve je suis là. Actuellement, je vis entre la France et le Cameroun. Je travaille en Europe. Et chaque fois que je reviens au Cameroun, c’est tout le monde qui demande où je suis passé parce qu’on ne me voit  plus sur scène ou sur le marché discographique.
A quoi vous vous occupez actuellement ?
J’ai la chance d’être au bon endroit et au bon moment, notamment dans un pays où le côté culturel est très organisé, la France. Dans ce pays, je fais partie d’une unité culturelle qui détermine mes activités étalées sur une année. Ce qui veut dire que je sais d’avance  où est ce que je vais aller jouer et combien de concerts je dois faire au cours de l’année. Ce qui fait que, quand je reviens au Cameroun, je suis tranquille et je peux travailler sur d’autres choses. C’est le cas avec Ottou Marcellin avec qui nous travaillons dans le cadre du festival de musique et d’humour que nous préparons. Je n’ai pas totalement disparu de la scène parce que mon dernier album intitulé « Sous-marin » est sorti il y a deux mois. En ce qui concerne la promotion, je dois avouer qu’avec l’évolution du numérique, beaucoup de choses ont changé. On peut acheter mon album sur Internet. C’est vrai que nous n’avons pas encore ce système au Cameroun. Le disque est en perte de vitesse et la seule solution est de passer par le Net. Il n’y a pas d’intermédiaire et financièrement c’est très intéressant même si quantitativement, c’est moins important.
Deux frères qui ont choisi la voie de la musique. Comment est née cette passion ?
Le père de Foty était mon oncle et ma mère était sa tante donc nous avions des liens familiaux établis. Nous avons commencé au lycée où nous avions des groupes musicaux assez disparates. On se levait à 4h du matin pour écouter la musique des artistes anglais et américains de l’époque. Et la plupart d’entre eux nous a inspirés parce que la musique camerounaise n’était pas encore bien implantée. On s’est s’inspiré de ces rythmes anglo-saxons pour écrire et composer nos chansons. C’est pourquoi notre musique est beaucoup plus imprégnée de rock même notre makossa était  imprégné de ce rythme-là.
Un style de musique particulier teintée de rock. A-t-il été facile d’intégrer les langues locales camerounaises?
Quand on a 14 ans, on a l’impression que tout est facile. A cet âge, on ne calcule pas, on ne  force rien. Tout vient seul. On s’est inspiré des chansons de certains grands groupes américains très  vocaux. Quand vous écoutez ce mélange de voix, ça donne de belles mélodies agréables à l’oreille. Cette obsession d’en faire autant nous a poussés vers le succès parce que ça donnait l’envie d’en faire autant. C’est le cas avec des chansons comme « Eda », de notre premier album dont le refrain n’a rien de typiquement camerounais. Vous y trouvez des chœurs teintés d’un peu de Rock. C’est ce qui a entrainé le succès de cette chanson. C’est pareil avec le titre « Il y Bessamo ». Ce sont des 45 tours qui ont été à l’origine de la signature du contrat d’artiste chez notre éditeur. C’était un contrat dans lequel la maison de disque a pris tout en charge. C’était la meilleure façon pour nous, artistes, d’exister. Nous n’étions pas très nombreux à l’époque. C’était une chance que nous avions d’évoluer dans notre carrière de manière la plus confortable.
Ce qui vous distinguait des autres, c’était votre timbre vocal. Identique pour l’un comme pour l’autre. Comment avez-vous réussi à travailler cet aspect important ?
Les gens ont fait tout un tabac à ce sujet alors que c’était tout à fait banal. Ces petites voix sont des voix de tête tout simplement. Parce que chez nous à l’époque, nous n’avions pas encore des instruments musicaux  qui auraient permis de distinguer une voix médium, de la basse ou de tête. Toutes ces distinctions, les gens ne les connaissaient pas à cette époque. C’était donc miraculeux pour eux de voir des gens en disposer. Pourtant, nous chantions de la façon la plus naturelle. Le génie ne se force pas. Aujourd’hui, au conservatoire de musique ces voix sont faites par plusieurs artistes. Ce n’est plus un secret pour personne. Nous avions une prédisposition naturelle autant pour mon frère que pour moi. C’était vraiment curieux. On avait exactement le même timbre vocal et on l’a exploité. C’était spontané et c’est devenu une originalité. Nous y avons mis l’accent parce que ça marchait bien. On ne change pas ce qui marche. Nous avons réalisé une dizaine d’albums et avons travaillé avec les grands groupes comme « Kassav » qui a fait la plupart de nos albums, Jean Yves Messang, le groupe Gold de Toulouse, Slim Pezzin, entre autres.
Maintenant que vous faites cavalier seul, le style restera-t-il le même ?
Ceux qui ont aimé notre musique vont et doivent continuer à le faire parce que j’ai gardé le nom du groupe. Il suffit que je chante « Famla » et tout le monde reconnaîtra. Nous sommes restés accrocs aux thèmes comme l’amour. Et rien ne va changer.
Quid des projets ?
J’ai un studio d’enregistrement de pointe à Bafoussam avec du matériel de sonorisation de pointe pour les artistes qui veulent se produire en concert. Ils trouveront tout sur place et n’auront besoin que de venir avec leur guitare. C’est ma modeste contribution à la valorisation de notre culture. Quant à l’encadrement des jeunes, ils doivent être volontaires en exprimant le besoin. On ne va pas aller les tirer dans leur coin. Ce sont eux qui doivent approcher les aînés pour les amener à faire ce qu’ils sont censés faire. Le seul problème que je déplore chez la jeune génération, c’est qu’ils se contentent de petites choses. Avec un ordinateur et un petit son, le tour est joué alors que pour faire un disque cela exige un grand investissement financier. Pour cela il faut se préparer pour éviter les doubles dépenses.

 

 

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Le membre du duo mythique de la fin des années 70 est resté fidèle à la signature vocale, malgré le décès de son compère en 2011.

Le timbre vocal est l’ingrédient musical qui caractérise le groupe mythique Tim et Foty. Un duo fraternel qui a fait vibrer la scène musicale nationale et internationale à la fin des années 70. C’est au détour de l’album : « Eda » que le public les découvre en 1977. Avec des titres comme « Menze si » ou encore « Love is light ». Bien qu’originaire de la région de l’Ouest, Tim et Foty ont fait du « Makossa » leur rythme de base même s’ils y ajoutent le « blues », le « rock » et « funk ». On peut apprécier des titres comme « Douala by night », « Eda », « Nam », « Sungane mba », « Sue Hellen » ou  « Famla ». Ils chantent aussi bien en leur langue maternelle, le ngomâlah de Bafoussam, leur village natal, qu’en anglais et duala.
Au début des années 80, Tim et Foty réalisent les meilleures ventes musicales au Cameroun et en Afrique avec les morceaux comme « Eya mba », « Aie », « Help ». La grande maturité de leurs compositions et leurs voix de tête originales auront bouleversé à cette époque, la musique africaine. Avec leur titre « Douala by night » plagié par la reine du R’nb américain Missy Elliot, ils ont eu gain de cause en 2009. L’aventure a duré jusqu’en 1982 puisqu’ils ont disparu de la scène.  De retour à Bafoussam, Maurice Fotié Kembiwo (dit Foty) décède en 2011 et son cousin Jean Marie Tiam (Tim) vit entre le Cameroun et la France tout en essayant tant bien que mal de maintenir la flamme allumée.
Actuellement en séjour au Cameroun, Tim prépare avec Ottou Marcellin, un Festival de musique et d’humour qui se tiendra dans quelques semaines à Douala, Yaoundé et Bafoussam. Une dizaine d’artistes intergénérationnels seront de la fête : François Misse Ngoh, Ben Decca, Isnebo, Donny Elwood, Kekegue international, Denise Naafa, Frédérique Ottou, Nkodo Sitony, entre autres. Pour ces grands ténors, il faut renouer avec les concerts et faire vibrer le Cameroun au rythme de la bonne musique. Au cours de son passage à CT, nous avons profité de quelques instants pour démystifier sa voix de tête qui a suscité des débats. 

 

Jean MarieTiam: « Nous chantions de façon naturelle »

Artiste du groupe Tim et Foty

Le groupe Tim et Foty a perdu un de ses membres en 2011 et on a l’impression que tout s’est arrêté. Qu’avez-vous fait depuis ?
Après le décès de mon frère, il a fallu que je prenne le taureau par les cornes pour aller de l’avant et voir les choses autrement. Il fallait apprendre à travailler et vivre musicalement seul. La fusion qui a existé entre nous était tellement forte qu’elle me donne assez de force pour assurer le relais tout seul. Que ce soit  dans les chansons que nous avons écrites ensemble et celles qu’il a laissées. Il y a une marge suffisante pour évoluer en cavalier solitaire à condition que la situation économique et discographique de notre pays soit à la hauteur même si c’est difficile malheureusement pour les raisons que vous connaissez. C’est un groupe qui continue d’exister, la preuve je suis là. Actuellement, je vis entre la France et le Cameroun. Je travaille en Europe. Et chaque fois que je reviens au Cameroun, c’est tout le monde qui demande où je suis passé parce qu’on ne me voit  plus sur scène ou sur le marché discographique.
A quoi vous vous occupez actuellement ?
J’ai la chance d’être au bon endroit et au bon moment, notamment dans un pays où le côté culturel est très organisé, la France. Dans ce pays, je fais partie d’une unité culturelle qui détermine mes activités étalées sur une année. Ce qui veut dire que je sais d’avance  où est ce que je vais aller jouer et combien de concerts je dois faire au cours de l’année. Ce qui fait que, quand je reviens au Cameroun, je suis tranquille et je peux travailler sur d’autres choses. C’est le cas avec Ottou Marcellin avec qui nous travaillons dans le cadre du festival de musique et d’humour que nous préparons. Je n’ai pas totalement disparu de la scène parce que mon dernier album intitulé « Sous-marin » est sorti il y a deux mois. En ce qui concerne la promotion, je dois avouer qu’avec l’évolution du numérique, beaucoup de choses ont changé. On peut acheter mon album sur Internet. C’est vrai que nous n’avons pas encore ce système au Cameroun. Le disque est en perte de vitesse et la seule solution est de passer par le Net. Il n’y a pas d’intermédiaire et financièrement c’est très intéressant même si quantitativement, c’est moins important.
Deux frères qui ont choisi la voie de la musique. Comment est née cette passion ?
Le père de Foty était mon oncle et ma mère était sa tante donc nous avions des liens familiaux établis. Nous avons commencé au lycée où nous avions des groupes musicaux assez disparates. On se levait à 4h du matin pour écouter la musique des artistes anglais et américains de l’époque. Et la plupart d’entre eux nous a inspirés parce que la musique camerounaise n’était pas encore bien implantée. On s’est s’inspiré de ces rythmes anglo-saxons pour écrire et composer nos chansons. C’est pourquoi notre musique est beaucoup plus imprégnée de rock même notre makossa était  imprégné de ce rythme-là.
Un style de musique particulier teintée de rock. A-t-il été facile d’intégrer les langues locales camerounaises?
Quand on a 14 ans, on a l’impression que tout est facile. A cet âge, on ne calcule pas, on ne  force rien. Tout vient seul. On s’est inspiré des chansons de certains grands groupes américains très  vocaux. Quand vous écoutez ce mélange de voix, ça donne de belles mélodies agréables à l’oreille. Cette obsession d’en faire autant nous a poussés vers le succès parce que ça donnait l’envie d’en faire autant. C’est le cas avec des chansons comme « Eda », de notre premier album dont le refrain n’a rien de typiquement camerounais. Vous y trouvez des chœurs teintés d’un peu de Rock. C’est ce qui a entrainé le succès de cette chanson. C’est pareil avec le titre « Il y Bessamo ». Ce sont des 45 tours qui ont été à l’origine de la signature du contrat d’artiste chez notre éditeur. C’était un contrat dans lequel la maison de disque a pris tout en charge. C’était la meilleure façon pour nous, artistes, d’exister. Nous n’étions pas très nombreux à l’époque. C’était une chance que nous avions d’évoluer dans notre carrière de manière la plus confortable.
Ce qui vous distinguait des autres, c’était votre timbre vocal. Identique pour l’un comme pour l’autre. Comment avez-vous réussi à travailler cet aspect important ?
Les gens ont fait tout un tabac à ce sujet alors que c’était tout à fait banal. Ces petites voix sont des voix de tête tout simplement. Parce que chez nous à l’époque, nous n’avions pas encore des instruments musicaux  qui auraient permis de distinguer une voix médium, de la basse ou de tête. Toutes ces distinctions, les gens ne les connaissaient pas à cette époque. C’était donc miraculeux pour eux de voir des gens en disposer. Pourtant, nous chantions de la façon la plus naturelle. Le génie ne se force pas. Aujourd’hui, au conservatoire de musique ces voix sont faites par plusieurs artistes. Ce n’est plus un secret pour personne. Nous avions une prédisposition naturelle autant pour mon frère que pour moi. C’était vraiment curieux. On avait exactement le même timbre vocal et on l’a exploité. C’était spontané et c’est devenu une originalité. Nous y avons mis l’accent parce que ça marchait bien. On ne change pas ce qui marche. Nous avons réalisé une dizaine d’albums et avons travaillé avec les grands groupes comme « Kassav » qui a fait la plupart de nos albums, Jean Yves Messang, le groupe Gold de Toulouse, Slim Pezzin, entre autres.
Maintenant que vous faites cavalier seul, le style restera-t-il le même ?
Ceux qui ont aimé notre musique vont et doivent continuer à le faire parce que j’ai gardé le nom du groupe. Il suffit que je chante « Famla » et tout le monde reconnaîtra. Nous sommes restés accrocs aux thèmes comme l’amour. Et rien ne va changer.
Quid des projets ?
J’ai un studio d’enregistrement de pointe à Bafoussam avec du matériel de sonorisation de pointe pour les artistes qui veulent se produire en concert. Ils trouveront tout sur place et n’auront besoin que de venir avec leur guitare. C’est ma modeste contribution à la valorisation de notre culture. Quant à l’encadrement des jeunes, ils doivent être volontaires en exprimant le besoin. On ne va pas aller les tirer dans leur coin. Ce sont eux qui doivent approcher les aînés pour les amener à faire ce qu’ils sont censés faire. Le seul problème que je déplore chez la jeune génération, c’est qu’ils se contentent de petites choses. Avec un ordinateur et un petit son, le tour est joué alors que pour faire un disque cela exige un grand investissement financier. Pour cela il faut se préparer pour éviter les doubles dépenses.

 

 

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