Le bilinguisme, notre atout majeur

« Notre bilinguisme est, dans le monde du 21e siècle, un atout majeur dont nous devons tirer le plus grand parti ». S’adressant à ses jeunes compatriotes dans son message du vendredi 10 février dernier, veille de la 51e édition de leur fête, le président de la République, Paul Biya s’est fait le devoir de les appeler à capitaliser l’avantage inestimable que constitue, pour notre pays, son bilinguisme français-anglais. En rapport avec le contexte socio-politique de ces derniers temps où d’aucuns tentent d’ériger un cloisonnement étanche entre anglophones et francophones, le chef de l’Etat a souligné avec force que nos deux langues officielles, précieux outil de communication entre fils et filles de ce pays, et donc vecteur d’intégration, ne saurait dès lors devenir la pomme de discorde entre eux.
A son accession à l’indépendance en 1960 puis à sa réunification l’année suivante, le Cameroun a opté pour le bilinguisme français-anglais. Assumant son double héritage culturel colonial, notre pays a adopté le français et l’anglais comme langues officielles de la République fédérale du Cameroun tel que proclamé dans la Constitution de 1961. Ce choix a été par la suite plus nettement réaffirmé par la Constitution de 1996 issue de la Conférence tripartite d’octobre-novembre 1991. En effet, la Loi fondamentale stipule notamment, en son article premier : « La République du Cameroun adopte l’anglais et le français comme langues officielles d’égale valeur. Elle garantit la promotion du bilinguisme sur toute l’étendue du territoire.
Elle œuvre pour la protection et la promotion des langues nationales ».
Depuis un peu plus d’un demi-siècle, 56 ans exactement cette année, l’application de cette disposition constitutionnelle s’est traduite par une mise en œuvre volontariste de la politique du bilinguisme par l’Etat. Dans les faits, il convient de relever d’une part que si le système éducatif camerounais comprend, au niveau du primaire et du secondaire, deux sous-systèmes distincts – anglophone et francophone –, avec néanmoins de plus en plus d’établissements secondaires bilingues, dans l’enseignement supérieur, le bilinguisme est la règle. D’autre part, à côté du système éducatif, la promotion du bilinguisme est assurée par diverses structures. Lancé en 1985, le Programme de formation linguistique bilingue (PFLB), à travers son réseau de centres linguistiques régionaux, a déjà formé depuis 1989 plusieurs milliers de Camerounais bilingues. La formation bilingue, à bien des égards, est devenue un créneau porteur au Cameroun. Il suffit pour s’en convaincre d’observer la multiplication, dans nos deux principales métropoles notamment, et à travers le pays, d’initiatives privées de formation bilingue. L’offre croissante d’éducation basée sur le bilinguisme français-anglais s’illustre par création, au fil des ans, surtout dans les régions francophones, d’établissements privés offrant, de la maternelle au secondaire, en passant par le primaire, une formation bilingue qui suscite l’engouement de nombreuses familles, toutes catégories sociales confondues.
L’auteur de l’ouvrage « Cinquante ans de bilinguisme au Cameroun », l’enseignant-chercheur Sa’ah François Guimatsia, relève et analyse dans l’un de ses articles, « les acquis positifs d’une politique linguistique considérée par l’immense majorité des Camerounais comme une chance inestimable tant pour les individus que pour le pays ». A l’ère de la mondialisation, observe-t-il, on découvre chaque jour de nouvelles vertus du bilinguisme. Voilà qui explique la ruée de nombreux Camerounais – étudiants et chercheurs d’emploi ; employés et cadres des grandes entreprises ; opérateurs économiques ; fonctionnaires et agents de l’Etat ; leaders d’opinion (artistes, élites) ; chercheurs etc. – vers l’appropriation du bilinguisme. De par sa double appartenance au Commonwealth et à l’Organisation de la Francophonie, le Cameroun reste ouvert aux influences jugées positives venant des autres peuples du monde. C’est dans cet esprit que le président de la République a réaffirmé que le français et l’anglais, « de par l’ouverture qu’elles nous offrent  sur le monde, représentent pour notre jeunesse et pour nous-mêmes une formidable richesse qui ne demande qu’à être exploitée ». Il reste à souhaiter que les efforts de promotion du bilinguisme soient poursuivis avec plus de détermination, en vue de parvenir à l’appropriation effective de nos deux langues officielles, sinon par tous les Camerounais, du moins par le plus grand nombre possible de nos concitoyens.
 

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