Nécrologie: le Jazz perd Al Jarreau

 Celui qu’on baptisait « Le caméléon » pour son adaptation vocale naturelle à toutes sortes de rythmes s’est éteint le 12 février dernier à Los Angeles.

Envolés, 50 ans d’improvisation vocale, de générosité et de plaisir jamais boudé. Al Jarreau, maître de l’art vocal, s’est éteint le 12 février dernier dans un hôpital de Los Angeles, à l’âge de 76 ans. Il s’en est allé quelques heures avant la cérémonie des Grammy Awards, une distinction qu’il a reçue sept fois. Né Alwyn Lopez Jarreau le 12 mars 1940 à Milwaukee, il était frappé du don de la voix. Dans celle-ci, transparaissait toute sa maîtrise parfaite du vocabulaire jazz, qu’il parlait avec sensibilité, émotion, comme le ferait un saxophoniste ou un trompettiste. Il a découvert et exploré la dimension percussive de l’art vocal sur le jazz, mais aussi sur les rythmes, pop, funk, Rhythm and Blues…
Sa voix était son instrument. Grâce à elle, sur nombre de scènes, il a raconté ses blessures et ses joies. « En tant que chanteur, vous devez être identifiable et infalsifiable », disait-il sans cesse. Al Jarreau incarnait cette force expressive du jazz, et en bon maestro, il savait détecter la prise où se taire, laisser couler et apprécier le talent des virtuoses qui l’accompagnaient. Illustration avec le piano de son fidèle ami, George Duke disparu en 2013 (il lui rendra hommage en 2014 avec l’album « My Old Friend »). Les deux hommes se croisent dans les années 60 à San Francisco. Dans la ville californienne, Al Jarreau venait parfaire ses études en psychologie, travaillant dans un centre de cas sociaux.
Le monde tombe sous l’effet de sa haute technique vocale avec l’album « Breakin’ Away » sorti en 1981, pourtant sont premier opus « We Got By », voyait le jour en 1975. Il avait alors 35 ans, et avait passé plus de 10 ans à écumer les scènes américaines sans grand succès. Devant le public, sa voix, limpide, spontanée, a glané les cœurs. Résultat de plus d’un demi-siècle passé à la recherche de l’aisance technique. L’épopée musicale de ce fils d’un pasteur et d’une pianiste commence à l’âge de 4 ans, quand il donne un récital dans le jardin d’une none pour une œuvre caritative. « Le curé m’a entendu et a demandé à ma mère de m’accompagner au piano», racontait-il aux confrères de RFI. Puis, il s’inscrit à l’ « école de la rue » formant un quartet avec trois autres ados, et fait plus que jouer les chœurs au lycée.
Al Jarreau était aussi un passionné des mots, du langage. Il était un homme de partage. Ce n’est pas des artistes comme Dianne Reeves, George Benson (avec qui il sort « Givin’ it up » en 2006) ou Michael Jackson (qui l’invite à contribuer à « We Are The World » en 1985) qui diront le contraire. Il adorait tenir la main de brillants artistes en devenir, comme à la faveur du concours international de chant organisé lors du Montreux Jazz Festival en 2015. Il y a quelques semaines, Al Jarreau se retirait pour grosse fatigue. L’auteur de « Love is Waiting », « L is for Lover », « Closer to your Love », ou encore « We’re in this Love Together », chantait l’amour avec douceur, et s’en va le mois qui célèbre ce sentiment si puissant.

 

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