Exécution physique du BIP: le grand bond

Le taux estimé à 96% en 2016 a progressé de six points par rapport à 2015, selon les données du ministère en charge de l’économie.

Le ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) vient de publier les résultats d’une analyse comparative de l’exécution du budget d’investissement public (BIP) entre les exercices 2015 et 2016. Ce qu’il faut en retenir, c’est que le taux d’exécution physique a progressé de 6,48 points. On est passé de 89,46% en 2015 à 95,94% au 31 décembre 2016. On se rapproche là des 100% visés par le gouvernement. Au-delà de la satisfaction que suscitent ces chiffres,  il y a aussi l’étonnement, si l’on revient sur les piètres performances d’il y a quelques années. « Comment expliquer qu’aucune région de notre territoire ne puisse afficher un taux d’exécution du budget d’investissement public supérieur à 50% ? ». Ainsi s’interrogeait le chef de l’Etat dans son discours à la Nation le 31 décembre 2013. Trois ans plus tard, le taux d’exécution du BIP a quasiment doublé. Un bond spectaculaire si on observe la courbe de progression. Suffisant pour s’interroger sur les mécanismes de pilotage à l’origine de ces performances.
Selon les explications obtenues au Minepat, ces résultats sont le fruit d’une série d’innovations mises sur pied. La principale étant les cadres de concertation mensuels instaurés au niveau des régions, des départements et des communes. Ajoutée à cela, la mise à disposition du journal des projets avant le 1er janvier et le démarrage effectif de l’exécution du BIP dès le 1er janvier entre autres. Au niveau des régions, toutes ne sont pas logées à la même enseigne en termes de performances. Certaines ont excellé (Adamaoua, Nord et Nord-Ouest) tandis que d’autres sont à la traîne notamment le Sud, le Sud-Ouest et l’Extrême-Nord. Pour celles-ci, on évoque des facteurs d’ordre naturel notamment la forte pluviométrie pour le cas du Sud et du Sud-Ouest. Pour l’Extrême-Nord qui est frappée par l’insécurité, on pense à se rapprocher des éléments du BIR (Bataillon d’intervention rapide, Ndlr), des forces armées, des forces de défense dans le cadre des projets à hauts risques pour sécuriser les prestataires qui y ont des ouvrages à réaliser.  
Par contre, explique Isaac Tamba, directeur général de l’Economie au Minepat, des lettres de rappel seront adressées aux régions et aux administrations qui ne tiennent pas les cadres de concertation aux fréquences mensuelles prescrites, afin qu’elles le fassent. « Parce que, les ressources à l’avenir seront conditionnées par les réalisations qui se situent au moins au niveau de la moyenne nationale », confie le Dg. Et d’ajouter : « Pour les régions où on observe une lenteur, un rythme irrégulier dans l’exécution du BIP, il a reçu des directives du Premier ministre pour pouvoir transférer les crédits d’une autorité à une autre. Il y a eu en 2016 pour ne pas la citer, la commune de Bafang dont les ressources ont été transférées du maire vers le préfet ».

Isaac Tamba: «Nous voulons que toutes les régions se rapprochent de la moyenne nationale»

Directeur général de l’Economie et de la Programmation des investissements publics au ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire

Monsieur le directeur général, l’analyse comparative du budget d’investissement public que vous venez de réaliser révèle qu’entre 2015 et 2016, le taux d’exécution physique a augmenté de près de 6,5 points, passant de 89,46% à 95,94%. Quels sont les mécanismes nouveaux introduits qui ont conduit à ces performances ?

En janvier 2016, le ministre de l’Economie, de la planification et d’ l’Aménagement du territoire a mis en place un dispositif articulé autour des cadres de concertation au niveau des régions, des départements et des communes. Ces cadres de concertation animés au niveau des régions par les gouverneurs, au niveau des départements par les préfets et au niveau des communes par les maires ont pour objet de faire le suivi de l’exécution du BIP. Les membres se réunissent chaque mois, font le tour de la question de l’exécution du BIP, soulèvent les difficultés rencontrées, les portent à l’attention du ministre en charge de l’investissement public qui, à son tour, pro activement, réagit directement quand les solutions sont à sa portée. Ou alors, sollicite les autres administrations qui interviennent dans la chaîne de l’exécution du BIP pour leur proposer des solutions à prendre afin d’améliorer à la fois l’exécution physique et financière du BIP sur le terrain.
C’est la première mesure qui, de notre point de vue, a permis de donner les résultats que nous observons à fin décembre 2016. Et je dois dire que les résultats auraient été davantage meilleurs si ces cadres de concertation avaient été appropriés par les administrations. Nous avons observé qu’il y avait une certaine timidité à mettre en place les cadres de concertations dans les administrations publiques. Nous allons veiller à ce que cette instruction soit également appropriée par les administrations afin d’aller progressivement vers la maximisation de l’exécution du BIP. Car l’objectif n’est pas d’atteindre les 96%, c’est d’abord de maintenir les acquis, mais aussi d’atteindre le taux de 100%.

Côté finances, les crédits mis à disposition ont-ils été entièrement consommés ?

On ne peut pas dire entièrement consommés, parce que nous avons un taux d’exécution financière qui tourne autour de 93 à 94%. Il y a différents niveaux d’exécution financière : l’engagement, la liquidation, l’ordonnancement. Mais on a quand même une moyenne de 94%.

Une analyse géographique des performances de l’exécution physique du BIP classe les régions du Sud, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord au dernier rang. Qu’est-ce qui expliquent ces mauvais résultats ?

Nous avons eu des concertations avec nos responsables déconcentrés sur le terrain. Pour le cas du Sud-ouest et du Sud notamment, les raisons évoquées ont trait à la pluviométrie qui a été relativement abondante l’année dernière et qui a empêché le déploiement des maîtres d’ouvrage sur le terrain. Pour le cas de l’Extrême-Nord, on sait que la question sécuritaire fait en sorte que les projets ne soient pas exécutés dans les délais impartis et en conformité avec les descriptifs desdits projets. Il y a eu par contre, d’autres régions qui ont enregistré des progressions, même si elles se situent en deçà de la moyenne régionale comme le Littoral et l’Ouest qui ont progressé par rapport à leur taux d’exécution de 2015.
Il y a aussi le fait que dans certaines régions, les cadres de concertation dont je viens de vous exposer le bien-fondé, ne se tiennent pas, ne sont pas organisés mensuellement comme le prévoient les instructions du ministre en charge de l’investissement public. Tous ces facteurs combinés impactent sur le résultat de ces régions. Nous avons d’ailleurs prescrit à la suite des instructions du ministre, que les régions qui vont se situer en dessous de la moyenne nationale, vont recevoir de moins en moins l’attention du chef de département. C’est pour les amener à travailler davantage et à se rapprocher de l’Adamaoua, de l’Est et du Nord qui sont des régions où les taux d’exécution sont légèrement en dessus de la moyenne nationale qui est de 96%. On voudrait que toutes les régions se rapprochent de cette moyenne, à la fois les régions, mais aussi les administrations car nous en avons qui ont un taux d’exécution de l’ordre de 50%. A celles-là aussi, le ministre en charge de l’investissement public va appeler leur attention sur la nécessité de mettre en place les cadres de concertation afin qu’il y ait une remontée rapide et à temps réel des informations sur l’exécution du budget. Afin que des mesures conséquentes soient prises pour améliorer le taux d’exécution.

Certains maires, pour justifier la non-tenue des cadres de concertation prescrits, évoquent le fait que les moyens ne suivent pas. Qu’est-ce qui a été décidé à ce sujet lors des travaux du Comité national de suivi qui s’est réuni récemment à Yaoundé ?

Il y a une recommandation qui a été faite à ce sujet, c’est de ramener les crédits qui sont actuellement logés au niveau des régions vers les départements qui, du point de vue des maires sont plus proches d’eux que les régions qui en sont un peu plus éloignées. Une des recommandations sur laquelle le ministre de l’Economie va se pencher au cours des prochains mois, c’est la délocalisation des crédits  des régions vers les départements afin que les moyens soient mis à la disposition des maires le plus rapidement possible, afin qu’ils puissent tenir leurs cadres de concertation.

Pour 2017, quelles sont les perspectives en matière d’exécution du BIP ?

L’objectif du ministre de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire c’est de consolider les acquis en 2017 et 2018. Consolider les acquis de l’optimisation de l’exécution du BIP pour, à défaut d’atteindre 100%, se rapprocher de 100%. Et à partir de 2019, de commencer à se préoccuper de l’impact qu’à le BIP sur les conditions de vie des populations à la base. C’est-à-dire, après que nous aurons sérié le processus d’exécution du BIP, nous allons veiller au niveau du ministère chargé de l’économie, que les ressources qui sont allouées dans le cadre du BIP aient un impact notable sur les conditions de vie des populations. Nous ne pouvions pas mener de front ces deux grands défis que constituent d’une part l’exécution et d’autre part l’impact. C’est la raison pour laquelle nous avons commencé à travailler sur l’exécution. En termes d’abord d’optimisation, ce sont les résultats que nous avons aujourd’hui (96%), puis en termes de maximisation (100% d’ici 2018) et après, que ces ressources qui sont allouées dans le cadre du Bip aient un impact notable sur l’amélioration des conditions de vie des populations à la bas en général.
 

 

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