Interview : « l’intérêt général de la nation est l’apaisement politique »

Dr Simon Pierre Omgba Mbida, diplomate et internationaliste.

 


Après plusieurs mois de tension, de méfiance et de défiance, Patrice Talon et Thomas Yayi Boni ont convenu de l'audit du fichier électoral et de la libération des étudiants arrêtés en 2021. Ces engagements suffisent-ils pour conclure que l’heure est désormais à la détente entre pouvoir et opposition ?
La rencontre du 27 novembre dernier a tout simplement été motivée par le fait que l’ancien président du Bénin, en sa qualité de président du parti d’opposition « Les Démocrates », a adressé une requête à l’Union africaine, la CEDEAO, les partenaires bilatéraux et aux autres partenaires de la communauté internationale les invitant à diligenter au Bénin une mission pour s’enquérir du cadre institutionnel mis en place par le président Talon dans la perspective des élections générales de 2026, selon une publication faite sur sa page Facebook le 10 novembre 2023.

Dans sa requête, il a insisté sur le caractère non inclusif de ce cadre du fait de l’absence des représentants de l’opposition dans les instances chargées d’organiser les prochaines élections municipales, communales, législatives et présidentielle prévues dans 2 ans. C’est donc après cette requête de Boni Yayi d’auditer le fichier électoral et ses doutes sur les organes en charge des élections que le chef de l’Etat béninois a pris l’initiative de cette rencontre en invitant officiellement par courrier le 23 novembre 2023 le chef du principal parti d’opposition à un échange de vive voix sur le cadre institutionnel qui devrait être mis en place pour les élections générales de 2026.

Evidemment, conformément à cette invitation du chef de l’Etat en exercice, les discussions ont tourné autour du processus électoral de 2026. Pour l’ancien chef de l’Etat il n’est pas question d’aller aux élections de 2026 avec le statu quo. D’où la nécessité de trouver des solutions à travers un consensus national. C’est d’ailleurs sur ce point précis que le principal gain de la rencontre a été obtenu. Le chef de l’Etat Patrice Talon a donné son accord pour l’audit de la liste électorale afin que les anomalies soient corrigées. C’est donc par souci d’éviter une crise post-électorale majeure en 2026 que cette rencontre a eu lieu entre les deux dirigeants afin d’éviter un éventuel chaos futur dans le pays. Dans ce contexte, on peut effectivement parler de détente en ce sens que cette importante préoccupation de l’opposition en général a été pleinement satisfaite.

Alors que l'opposition dénonce l'absence de ses représentants au sein de la Commission électorale et de la Cour constitutionnelle, le pouvoir semble relativiser cette doléance. Enn 2026 les mêmes griefs ne pourraient-ils pas ressurgir et causer les mêmes tensions?
Il est évident que l’absence de l’opposition dans ces instances républicaines est de nature à fausser le jeu démocratique. Cependant, après la rencontre fructueuse entre le chef du parti « Les Démocrates » et le président de la République le 27 novembre dernier au palais de la Marina à Cotonou, il est normal que le pouvoir relativise puisque le chef de l’Etat a accepté de revoir sa copie par rapport aux instances chargées d’organiser les prochaines élections dans le pays dont la Commission électorale, afin qu’ils soient plus inclusifs.

En ce qui concerne la présence de l’opposition au sein de la Cour constitutionnelle, je pense que le retour de l'opposition au parlement lors des dernières législatives de janvier 2023 est très important dans la perspective de la présidentielle de 2026, non seulement parce que les candidats devront être soutenus par des parlementaires pour être enregistrés, mais aussi trois juges de la Cour constitutionnelle sont nommés par les parlementaires, et trois par le président. Ce d’autant plus que le mandat des juges de la Cour constitutionnelle, qui joue un rôle crucial dans la supervision des élections, s'achève en cette année 2023, et que la prochaine présidentielle aura lieu en 2026.  Au final, la prise en compte de l’opposition dans ces deux instances régaliennes évitera obligatoirement le rejet systématique des résultats des élections qui seront dévoilés le moment venu par la Commission électorale ou la Cour constitutionnelle. Par conséquent, la paix sociale et politique dans le pays commande véritablement la présence indispensable de l’opposition dans ces organes incontournables.

Le chef de l'État est catégorique sur le fait qu'il ne compte pas libérer certains prisonniers politiques et œuvrer pour le reto...

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