Synergie opportune

Commentaire.

Victimes depuis de longues années des agressions repetées de la secte islamiste Boko Haram, les pays de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT) : Nigeria, Niger, Tchad, Cameroun, n’ont pas encore bénéficié d’un accompagnement adéquat du Conseil de sécurité des Nations unies, dont la mission est pourtant de veiller au maintien de la paix et de la sécurité internationale. Même si ses membres, pris individuellement, notamment ceux dits permanens (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Grande-Bretagne) ont eu à apporter des appuis multiformes au Cameroun et aux autres pays de la CBLT. La tournée en cours d’une délégation des quinze membres du Conseil de sécurité dans les Etats engagés dans la lutte contre Boko Haram vise à réparer cette « erreur », pour être plus précis, cette « injustice », selon les propos de l’un des membres de cette importante délégation, l’ambassadeur français, François Delattre.
Il n’est donc pas surprenant que lors de son séjour au Cameroun, la mission onusienne ait bénéficié des attentions particulières des plus hautes autorités de l’Etat : une audience accordée à ses membres par le président de la République, Paul Biya, en présence notamment des ministres en charge de la Défense, Joseph Beti Assomo, puis de l’Administration territoriale, René Emmanuel Sadi. Et une séance de travail dirigée par le Premier ministre, chef du gouvernement, Philemon Yang. Que ce soit à Yaoundé avec les plus hautes autorités de l’Etat ou à Maroua au contact des responsables du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), d’un groupe de refugiés nigerians et des déplacés internes, les membres du Conseil de sécurité ont beaucoup écouté et posé des questions utiles. En vue d’un meilleur accompagnement du Cameroun dans la lutte contre la nébuleuse terroriste.
Les défis auxquels fait face Yaoundé dans le cadre de la lutte contre Boko Haram sont de trois ordres : sécuritaire, humanitaire et socio-économique. Au plan sécuritaire, il s’agit de défendre l’intégrité du territoire national et d’assurer la protection des populations et des biens. Une mission souvent menée jusqu’au sacrifice suprême, avec un coût incommensurable pour les familles et la Nation. Grâce au professionnalisme des forces nationales de défense et de sécurité, au courage des membres des comités de vigilance et à l’appui de la Force multinationale mixte, la secte islamiste a certes été fortement affaiblie, mais elle n’a pas déposé les armes. Les attaques kamikazes sont devenues son principal mode opératoire.
Au plan humanitaire, la situation est également complexe. Selon des statistiques du HCR, le Cameroun accueille quelque 85.000 refugiés nigérians, auxquels il faut ajouter des milliers de déplacés camerounais. Les loger, les nourrir, les alimenter en eau potable, les suivre sur le plan sanitaire pour éviter les épidémies entre autres, est un véritable casse-tête pour le gouvernement, les ONG et autres partenaires au développement. La signature jeudi dernier à Yaoundé d’un accord tripartite Cameroun – Nigeria – HCR en vue du retour volontaire des refugiés nigerians mérite d’être saluée, mais beaucoup reste à faire pour solutionner durablement les problèmes humanitaires. Dans le domaine socio-économique, la mise sur pied par le gouvernement d’un plan d’urgence pour les régions septentrionales atteste de la gravité de la situation dans cette partie du pays où les besoins sont nombreux.
Au total, l’action commune des pays-membres du Conseil de sécurité est opportune. Après avoir soutenu individuellement les pays de la CBLT, le moment est venu de mener des actions en synergie pour une meilleure formulation de l’assistance à apporter par l’ONU, afin de tordre définitivement le cou à la secte islamiste Boko Haram. Et, ce faisant, de permettre au Nigeria, au Niger, au Tchad et au Cameroun de concentrer leurs énergies sur la lutte contre la pauvreté.
 

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