Autonomisation de la femme: 08 mars et bonne gouvernance par des femmes citoyennes

Par Françoise ANGOUING NDANGA*

Toute prestation commerciale, évènementielle, professionnelle ou politique aussi bien organisée et structurée qu’elle soit, dépend des populations, des cibles et autres clientèles qui doivent en bénéficier car c’est à elles qu’il revient de manifester leur satisfaction en ce qui concerne la qualité du produit ou du spectacle mis à leur disposition. Il s’agit de faire une organisation qui permet de répondre aux attentes des populations en général et dans le contexte de notre intervention, des femmes en particulier, lors des nombreuses journées commémoratives à elles dédiées et en l’occurrence, le 08 mars qu’on ne décrit plus.
Au fil des ans, le ramdam autour de la célébration de la Journée Internationale de la Femme (JIF), exacerbe certains esprits qui considèrent cette journée comme nulle et sans intérêt car portant une cause sans effet, dès lors que, quel que soit le cadre de protection sociale, juridique ou d’encadrement éducatif, professionnel et économique mis en place en faveur du genre, la perception du genre n’évolue pas fondamentalement en terme d’intégration citoyenne de la femme dans les domaines politiques, économiques, social, professionnel et culturel. Les statistiques progressent considérablement en terme de dispositifs normatifs positifs d’acquis en habileté; mais les esprits trainent. Si le cœur n’est pas à l’ouvrage alors, le pourcentage en hausse, la parité et même le dépassement des projections sont des efforts vains.
La force mentale de résistance qui émane des pratiques culturelles, croyances religieuses et  autres us et coutumes,  demeure un roc séculier psychologique, peu réceptif  à la respectabilité nobiliaire de la femme en tant qu’individu digne d’égard par elle-même et pour elle-même. Une certaine notabilité subsidiaire peut lui être accordée en âge très avancé.   A l’observation, l’organisation des conventions culturelles et coutumières du rôle social de la femme n’a pas intégré  une dimension de responsabilité citoyenne de cette dernière. Cette dimension consiste à concevoir, organiser, décider et conduire les affaires familiales et par ricochet celle de la cité. Ces activités qui somme toute, permettent de développer les capacités à assurer un leadership managérial, n’ont pas été prévues pour elle.
La bonne gouvernance doit reposer sur une gestion perspicace et transparente pour l’amélioration des conditions de vie et engendrer sérénité et paix en famille et en société. Celle-ci suppose l’aptitude à développer des projets ou des programmes qui font bénéficier entre autres d’un régime alimentaire équilibré, d’une prise en charge sanitaire de qualité, d’une éducation promotionnelle et adaptée, d’une sécurité sociale au sens large du terme, fondée sur l’équité et l’égalité de chance pour le bien de tous, sans oublier un encadrement judicieux de la croissance. Ces compétences ne sauraient être attribuées à de bonnes femmes. Si les efforts d’une bonne conduite des affaire ‘‘ intérieures” sont concédés à la femme de façon empirique dans le cadre de la gestion domestique, ceux-ci n’ont aucune valeur comptable dès lors que la plus value économique de cette forme de travail n’apporte aucun avantage conséquent cadré par la loi.
En fait, le fonctionnement culturel du « noir », de l’Africain et plus spécifiquement du Camerounais n’est pas encore prêt à intégrer les femmes comme véritables «acteurs sociaux», de changement de par leur performance dans la  conduite d’une bonne organisation gouvernante comptable au plan de la gestion normative, susceptible d’apporter des innovations qui entraînent  des transformations dans l’amélioration du « modus operandis » de son milieu social, professionnel et communautaire. On entrevoit aussi cette résistance à travers la perception du  statut de la femme, précisément celui de la femme en ménage, assimilée à  un acteur social passif, végétatif et même prolétaire au regard de sa feuille de route dont les indicateurs ont du mal à se fixer dans les canons des sciences juridiques et économiques. De plus, il revient à d’autres de réfléchir pour fixer sa condition, son statut. Un statut social aussi aléatoire et maléable à souhait, ne saurait lui permettre  de caresser l’illusion de pouvoir s’illustrer de façon pertinente comme un véritable professionnel reconnu de façon formelle pour son habileté à assurer la conduite d’une bonne régence  économique et politique. D’où le plein sens de la citation, si convenable aux dames de la noblesse car c’est dans cette catégorie sociale qu’on retrouve les grands hommes : ‘‘derrière chaque grand homme se cache une grande femme”. C’est tout dire, des hommes qui ne sont pas  ‘‘grands”... Peut -être n’ont ils pas de femmes capables? A s’obstiner de façon mesquine dans la construction de l’image de la femme auréolée dans l’ombre, cette affirmation dilue le commun des hommes dans la médiocrité de sa situation matrimoniale en réalité.
Cette vision absurde de la condition sociale de la femme se justifie par l’adoption d’un modèle d’organisation des rapports d’autorité entre l’homme et la femme calqué sur le règne animal qui privilégie la loi de la jungle, à savoir celle du plus fort. La conséquence d’une telle option est que dans le subconscient collectif, la femme est reléguée dans le camps des êtres vulnérables à protéger, donc à neutraliser.  Cette option qui peut se comprendre, mérite néanmoins d’être recadrée, car son appréhension brute et primitive a placé les femmes dans une position sociale aux contours indéterminés. Si la place de l’homme ‘‘ devant “est inhérente à toutes les civilisations, celle de la femme, ‘‘derrière”,  ‘‘ en retrait” ou ‘‘ à côté”....  fait l’objet de polémiques dont le dénouement dépend  tantôt des références des écritures sacrées, tantôt des fables du monde animal. Ce dernier repère ne devrait en aucun cas l’emporter car il s’agit bien de deux types d’êtres différents au niveau de l’équipement psycho-mental à tout le moins. Quand aux confessions religieuses, la Bible, pour le peu que nous en savons fonde tout son enseignement sur la nécessité pour les êtres humains de vivre en harmonie. EPHESIENS 4, ‘‘ Que toute amertume, tout emportement, toute colère, tout éclat de voix, toute injure soient ôtés du milieu de vous... Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant les uns, les autres, comme Dieu aussi, en Christ vous a pardonné”. Tout le challenge du vivre ensemble réside dans la capacité des hommes et des femmes à fonctionner en communauté selon ces préceptes. Les femmes sont tout simplement reléguées au second plan et ne méritent d’égards que dans le dénuement psycho somatique et identitaire et les hommes se déchirent dans les batailles d’égo.
Dans cette mouvance empreinte de rapports très souvent heurtés, les conventions culturelles de façon unilatérale ont circonscrit le rayon existentiel des femmes dans le cocon familial. Malheureusement, en l’absence d’un code de la famille, les protocoles d’accord et autres règlements intérieurs sont moulés à convenance.  Elle  n’a qu’une histoire de vie à assumer, celle très glorieuse de la famille.  Son CV ne contient qu’une seule rubrique ‘’vie de famille’’ à la rigueur  on peut lui concéder ‘’vie religieuse et associative’’. Au regard de ce décor  social  féminin, c’est un CV déphasé, inapproprié à la participation à la vie active et aux exigences de la compétitivité. Qui peut accorder de la considération à un  CV aussi inadapté? il n’est valable que pour enrichir le programme de ses obsèques.  Un renforcement de celui-ci et par conséquent une révision de son statut s’avèrent indispensables pour une considération plus honorifique au plan du service rendu à la société. Le théâtre de la vie sociale de la femme est essentiellement téléguidé par une boussole dont elle ne contrôle pas toujours la  direction,  surtout dans le contexte de sa vie matrimoniale qui pourtant reste et demeure un encrage fondamental pour la construction de la cellule de base de toute société. Ce cadre matrimonial mérite une reconfiguration de la participation aux charges qui en découlent sans préemption des considérations ataviques au nom  de l’identité de la culture africaine afin qu’elle puisse entrer dans l’histoire des vrais bâtisseurs.
Si un environnement austère, peu maîtrisé limité dans l’acquisition des connaissances, savoir faire, savoir être, favorisant l’ouverture d’esprit, imposait ce mode de vie, les avancées dans la modernité qui exigent une plus forte ouverture à l’implication de la femme dans tous les corps de métiers militent désormais pour un élargissement des apports à l’encadrement d’un foyer par toutes ses composantes au même titre. Son rayon d’action s’étant diversifié, son CV ne peut plus se limiter qu’à la  rubrique ‘‘vie de famille” car de perspectives nouvelles, à connotations plus citoyennes requièrent un renforcement de celui-ci et une révision de son statut socio culturel. C’est le défi  à relever dans un contexte social où les rouages de l’autorité et du pouvoir sont concentrés au niveau de la gent masculine depuis des lustres.  Il est très difficile d’intégrer la femme comme une citoyenne à part entière pouvant se prévaloir de droits et de devoirs au même titre que l’homme. Si le père, le frère et le fils sont très favorables à cette approche pour leur fille, sœur et mère, il n’en est nullement question pour leur compagne. Un lien de dégradation, de perte d’autorité et d’asservissement  est rattaché aux tâches domestiques et il est établi que le pouvoir de domination est incompatible à ces corvées ingrates et dignes d’une classe inférieure. L’engagement à renverser la vapeur s’apparente à une aventure grotesque vouée tout naturellement à l’échec, car les hommes ne sont pas conditionnés pour accorder une place égalitaire aux femmes.
Du reste, l’entreprise civilisatrice humanitaire semble avoir placé la femme au cœur de son challenge du 3ème millénaire.  Le défi à relever désormais est celui de la femme magnifiée comme mère de l’humanité, mais aussi comme pilote aux commandes du gouvernail de la bonne gouvernance. Il s’avère désormais que le positionnement des femmes au niveau de la prise de décision et de l’entrepreneurship est un référent du niveau de démocratisation d’une communauté, d’une organisation qui se veut avancée et respectée. Certains esprits retors répliquent qu’il serait temps que l’on voit les femmes au front des guerres et de la chasse aux terroristes. Qu’ils soient rassurés, qu’avec l’entrée en scène des femmes dans les forces armées, lorsque des femmes s’organiseront pour prendre les armes et attaquer des paisibles citoyens, elles trouveront bien nos gendarmettes à la riposte  avec la même fougue que les vaillants soldats au front. Les combats physiques se font entre êtres de même nature, celui des idées entre genres.
Au demeurant, face aux résistances culturelles, des nombreux mécanismes institutionnels sont mis en place en faveur de la non discrimination à l’égard des femmes, au Cameroun, le MINPROFF dédié  a la cause des femmes et de la famille est résolument engagé dans cette voie au regard de ses missions. La femme a une vie familiale, une vie socioprofessionnelle, une vie économique et une vie politique; son CV devrait désormais refléter sa dimension citoyenne active et engagée; ce nouveau CV, plus féministe car lui reconnaissant des droits, ne devrait pas “dégonfler” les hommes; bien au contraire il devrait les  ramener à une harmonie de vie plus dynamique empreinte de COMPLICITE DOMESTIQUE. Les femmes ne courront jamais au même rythme que les hommes, mais si elles ont accès aux pistes de la compétition, elles feront courir les hommes de plus belle et c’est la société qui en tirera les lauriers pour le plus grand bonheur de tous.
C’est sur ce quartet que se fonde l’équilibre d’une vie conquérante et accomplie. Chacune de ces vies vaut son pesant d’or. Si les trois dernières  ont un encrage juridique reconnu, la première nage dans un flou au sein duquel aucun esprit éclairé ne souhaiterait se retrouver. Et pourtant, la famille est la cellule de base de la société. C’est dans cet environnement que se  déploie le potentiel naturel de gouvernance du genre. Celle-ci suppose une capacité de résilience face aux difficultés d’intendance au quotidien, de l’endurance durant les périodes  des vaches maigres. Que ne ferait une mère d’enfant pour assurer la pitance journalière de sa famille ? Cette vision schématique pourrait sembler dérisoire et même ridicule face aux grosses théories de macro économie qu’exige la maitrise de la structuration du système économique et monétaire qui nous gouverne, mais le savoir ne peut être performant sans le savoir faire. Il s’agit de mieux encadrer le savoir faire des femmes en matière de bonne gouvernance et la  Journée Internationale de la Femme (JIF) porte aussi cette démarche à travers le MINPROFF au Cameroun. 
Depuis plusieurs années, la Journée Internationale de la Femme est commémorée au Cameroun le 08 de tous les mois de mars. C’est un grand moment de mobilisation des femmes que meublent de multiples activités mais, l’imagerie populaire s’attarde davantage sur le côté festif et les débordements qui en découlent. Je pense ici aux kabas qui se soulèvent, aux violences physiques et psychologiques, aux beuveries et déviances de toutes sortes.
Cette façon de percevoir cette journée milite pour sa suppression si on ne s’arrête pas un instant pour scruter son impact économique. Cet impact économique est observable au niveau de la Cotonnière Industrielle du Cameroun qui produit et commercialise le pagne, auprès des couturières et les coiffeuses, les pédicures et les manucures, les vendeurs de chaussures, les vendeurs de mèches, les merceries, les bars, les hôtels, les services traiteurs, les restaurants, les prestataires en location de chaises, des tentes et des chapiteaux, les sérigraphes qui fabriquent les banderoles et les pancartes, les prestataires en matériel de sonorisation.
Si l’on se rappelle que le pagne est fait à base de coton, que le coton est produit par les agriculteurs, si l’on se rappelle que tout ce qui se consomme dans les hôtels, les restaurants et tous les lieux de fête est produit par les agriculteurs et les éleveurs, c’est pendant cette période que s’intensifie l’exploitation des centres de promotion de la femme qui offrent des formations adaptées au monde du travail et tout autre besoin d’ajustement des femmes en besoin de qualification pour leur insertion socio-professionnelle. Au regard de ces repères non exhaustifs, il y a lieu de croire que la Journée Internationale de la Femme impacte positivement sur notre économie. Inutile donc de tirer à boulets rouges sur un évènement qui au-delà des cas de débordements isolés, multiplie les opportunités d’affaires.
L’intégration des femmes dans la vie ‘’active’’ présume la prise en compte intégrale de ses références sociétales hybrides, car c’est dans la pleine appropriation de ses droits qu’elle peut prendre en main son destin. L’assistanat primaire dépendance aux aides de tiers qui a longtemps été le mode d’accompagnement de son déploiement social et même domestique ne devrait plus être la réponse aux perspectives de son vécu quotidien.
L’establishment citoyen de la femme doit être  renforcé par un système de coaching genre sensible. Dès l’enfance, son éducation, autant que celle de son frère doit la préparer  à affronter les dures réalités de l’organisation socio-économique du milieu social dans lequel elle est appelée à vivre ainsi qu’au partage des tâches domestiques par tous les membres de la famille sans complexe. Le saut qualitatif  dans ce domaine devrait apporter aux hommes une plus value dans la chaine des valeurs de la considération coutumière. Si l’on se souvient qu’il revient aux femmes d’encadrer et éduquer les enfants, il ne leur reste qu’à prendre les commandes de leur destinée pour assurer tout en rassurant.

*Mme ANGOUING NDANGA Françoise
PLEG/bilingue/hors échelle
Inspecteur général/Minproff

Reactions

Comments

    List is empty.

Lead a Comment

Same category