Ventes aux enchères: arnaques au port de Douala

 Un communiqué du MINFI met l’opinion en garde contre l’acquisition, à des conditions préférentielles, des biens mis aux enchères.

Les véhicules de luxe et conteneurs en souffrance au niveau du port autonome de Douala (PAD) font actuellement l’objet de convoitises mafieuses, à en croire le ministre délégué auprès du ministre des Finances (MINFI), Elung Paul Che. Dans un communiqué rendu public vendredi dernier, il assure que « depuis un certain temps, les personnes mal intentionnées organisées en réseaux multiplient les astuces et subterfuges pour arnaquer les hauts responsables de la République et les opérateurs économiques, en leur promettant l’acquisition, à des conditions préférentielles, des véhicules de luxe en souffrance dans les services des douanes au PAD ». D’où l’appel à la vigilance du MINFI qui indique que « les opérations de ventes aux enchères de véhicules et conteneurs abandonnés en douane sont encadrées par des textes spécifiques. Par conséquent, aucun responsables du MINFI ne saurait déroger auxdits textes ou accorder des facilités aux éventuels acquéreurs ».
Dans les services de douane au niveau du PAD justement, le responsable des opérations de ventes aux enchères dit être surmené par des tentatives d’arnaques de toutes sortes. « Il y a des gens qui arrivent avec des recommandations ou des sollicitations de hautes personnalités, pour l’acquisition des dizaines de conteneurs à la fois. Et ce, à des prix qui ne correspondent à rien. Il s’agit parfois de fausses recommandations. Néanmoins, ce n’est pas de cette façon que les biens abandonnés doivent se vendre », regrette notre source.
Pour mémoire, les responsables de la douane ont publié en décembre 2016 une liste d’environ 800 conteneurs et véhicules en souffrance sur la plateforme portuaire de Douala et devant faire l’objet de ventes aux enchères. « Il s’agissait en réalité d’une mise en demeure de deux semaines, un dernier appel aux propriétaires, afin qu’ils s’acquittent des frais de douane et procèdent à l’enlèvement de leurs marchandises. Certains ont pu payer, mais plus de 400 conteneurs sont restés et effectivement mis en vente aux enchères publiques », explique-t-on du côté du PAD. Depuis janvier, des plannings de vente sont régulièrement communiqués au public à travers les médias. Mais hélas, « beaucoup préfèrent contourner les procédures, soit par des trafics d’influence, soit en se laissant arnaquer par des gens qui disent avoir des facilités d’acquisition », regrette notre informateur au port. Il soutient que les ventes aux enchères ne sont d’ailleurs pas bénéfiques à l’Etat, ni à l’économie. « Il est toujours mieux que les importateurs payent les droits de douanes et libèrent l’espace, toute chose qui concourt à rendre le port encore plus compétitif ».
 

Me Alain Ngongang: « Avant toute vente aux enchères, il faut qu’il y ait une publicité »

Président de la Chambre nationale des huissiers de justice et agents d’exécution du Cameroun

Quelles sont les spécificités des ventes aux enchères qui s’organisent au port de Douala ?

Il s’agit de ventes aux enchères administratives. C’est une initiative qui répond à des textes particuliers et qui est organisée sous l’égide de la direction générale des Douanes. En raison du serment que les douaniers ont prêté, ils sont habilités à procéder à ces ventes de façon spécifique dans leur ressort de compétence. Les huissiers de justice n’y interviennent pas. Hors du Cameroun, pour des raisons de rentabilité et d’efficacité, on préfère que ce soient les commissaires-priseurs qui s’en chargent. Mais chez nous, c’est un domaine de compétence réservé à l’administration des Douanes.

Sur quelle base est fixée la mise à prix dans les ventes aux enchères ?

Il y a une évaluation faite par un expert et c’est sur cette base que se fait la mise à prix. Dans le cas d’une voiture, par exemple, plusieurs facteurs sont pris en compte comme l’âge de la voiture, l’amortissement, l’état du véhicule qui permet au spécialiste de fixer la valeur numéraire à partir de laquelle les criées vont se faire. Je tiens à souligner qu’avant toute vente aux enchères, il faut qu’il y’ait une publicité pour que la vente se fasse dans les meilleures conditions d’optimisation de rendement. Mais aussi, pour que celui qui en est victime ne soit pas pénalisé. Dans l’hypothèse où vous avez une voiture que vous n’avez pas pu dédouaner, si on décide de la mettre aux enchères, à l’issue de la vente, il faut qu’au moins vous ne répondiez plus à une certaine dette ou que vous ayez un reste. En fait, on vend pour apurer une certaine dette, dont les frais de stationnement et d’autres frais qui gravitent autour. Il peut arriver qu’il y ait un reliquat qui sera rétrocédé à celui qui a ainsi été pénalisé. Donc, dans toutes les ventes, que ce soit au port ou par les commissaires-priseurs, le principe est d’assurer la plus large publicité, afin que les enchères et les enchérisseurs soient nombreux pour garantir toutes les chances que le bien soit vendu au meilleur prix.

Quid des ventes aux enchères telles qu’observées à longueur de journée à Yaoundé ?

C’est de l’arnaque. Il y a un officier ministériel qui est chargé d’assurer la vente aux enchères : c’est l’huissier de justice qui, en raison de son statut, assure également la fonction de commissaire-priseur dans notre pays. Les ventes qui se passent aux coins de la rue sont faites par des usurpateurs. Ce ne sont pas des ventes aux enchères. Il s’agit des détaillants à la solde ou au service des grossistes. Des gens achètent parfois à un prix plus élevé que celui qui est pratiqué dans les magasins. Une vraie vente aux enchères est encadrée par un certain nombre de mécanismes, notamment la publicité et l’affichage des placards.

 

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