Gastronomie: « Afrofusion » dans les plats

Cette technique culinaire visant l’alliance entre cuisine camerounaise et française était mise en lumière mardi à l’occasion de l’opération « Goût de France ».

Un avocat chaud en entrée, une patate douce en dessert. Le palais des fins gourmets, mais surtout des fins gourmands étaient aux anges mardi dernier, au restaurant Le club Municipal à Yaoundé. Un dîner pas comme les autres offert dans le cadre de l’opération « Goût de France », c’est le défi de chef Emile Engoulou Engoulou. Le pari, il a souhaité le relever avec enthousiasme. Le principe de cet événement culinaire international arrivé à sa 3e édition est simple : un menu français composé de produits locaux. 37 couverts ont été servis ce soir-là. Le menu du chef Emile Engoulou Engoulou est « assez sommaire » comme lui-même le définit. « Nous avons une entrée avec de l’avocat farci au maquereau braisé. En plat principal, une triade florale : une rose de ndolè au miondo, à côté des cœurs de nnam ngon avec du bâton de manioc et un tournesol de koki au plantain semi-mûr. Le dessert est une crème de patate douce au chocolat noir intense », dévoile le chef.
La consigne est respectée, mais que pensent les consommateurs du jour, venus croquer à pleines dents cette expérience appétissante ? Jean-Claude Bekono est l’un de ces privilégiés qui aura le droit de juger les mets proposés. Il a pris une table avec des amis. Les éclats de rire qui s’échappent de leur groupe ne laissent aucun doute : ils passent un bon moment. Les plats défilent les uns à la suite des autres. L’entrée, la résistance, puis le dessert. Surprise et curiosité sont les principales réactions de la clientèle constituée ce soir d’habitués du Cercle municipal à Yaoundé. Et le verdict final ? « Tout était super. C’est la première fois que je goûte un plat camerounais avec une touche française. J’aimerais retenter l’aventure, mais cette fois, avec des quantités plus consistantes », plaisante Jean-Claude Bekono.
L’événement Goût de France est un moment d’échanges particulier entre deux cultures gastronomiques, celle de la France et du Cameroun. Initiée par le ministère des Affaires étrangères et du Développement international de France avec Alain Ducasse, chef français plusieurs fois étoilé, cette opération met en avant l’ « Afrofusion », style culinaire associant la cuisine africaine et européenne. Des repas comme celui-là étaient également proposés dans 10 autres restaurants du pays. Ce sont : « Au plaisir du goût » à Kribi ; « Cosy Pool », « Hôtel Mérina », « La Terrasse », « Le Pachy » et « Munch Jazz » à Yaoundé ;  « Le C’ », « Le Wouri » et « Starland » à Douala ; et enfin, « Zingana » à Bafoussam. Ils se joignaient ainsi à 2000 autres restaurants dans le monde entier. 150 pays de cinq continents se mettent ensemble pour faire vivre une expérience unique aux amateurs de cuisine française.

 

 Emile Engoulou Engoulou: « Pour le Cameroun, c’est une chance »

Chef cuisinier, directeur du restaurant Le Club municipal

Comment avez-vous géré cette fusion entre cuisine française et camerounaise que propose Goût de France ?
J’ai été moulé à la cuisine française, donc c’est un exercice quotidien pour moi que d’aller puiser dans la science que j’ai acquise et de la poser sur ce que j’appelle mes tripes, c’est-à-dire sur des matériaux camerounais. Je sais que cela peut apparaître par moment comme de la provocation, de faire certaines associations, mais il me semble que la richesse et même le génie, réside dans la capacité de surprendre de temps en temps tout en restant crédible et techniquement bien cousu. Pour ce repas de Goût de France, j’ai utilisé des éléments que j’ai mis personnellement au point. Ma cuisine est faite pour étonner et ce fut une belle occasion de la présenter au public.
Qu’est-ce qu’une opération comme celle-là peut apporter à la cuisine camerounaise ?
Pour le Cameroun, c’est une chance extraordinaire. C’est dommage que nous ne soyons que 11 restaurants camerounais à y participer. D’ailleurs, nous ne faisons pas tous de la nourriture camerounaise. Il faut que nous sachions qu’il est important que nous saisissions ce type d’opportunités. La cuisine camerounaise a besoin de la cuisine française pour s’exprimer, pour se mettre en valeur. Elle a tout à gagner en pratiquant ce type d’exercices et en profitant de la notoriété de la cuisine française. Les occasions de se dévoiler ainsi, de tutoyer cette institution qu’est la cuisine française, sont rares. Dans tous les pays du monde, quand on parle de cuisine professionnelle, on pense à la France. Nous voulons profiter de ce mouvement qui est lancé en espérant qu’il donnera lieu à des échanges plus francs. Aujourd’hui, c’est chacun dans son restaurant mais j’espère que nous arriverons à des échanges où les Chefs se rencontrent, déteignent les uns sur les autres, et font avancer la science culinaire. Pour nous Camerounais, ce sera la chance de voir des produits patrimoniaux reconnus par l’universel.


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