Comment on obtient la bourse pour des études au Maroc

Chaque année, notamment durant la période des grandes vacances scolaires, le royaume du Maroc met à la disposition du gouvernement camerounais cinquante bourses d’études supérieures. La gestion de ces bourses est faite au niveau du ministère de l’Enseignement supérieur (MINESUP), qui met l’information à disposition du grand public par affichage. Officiellement, ne peuvent postuler que les jeunes bacheliers de 19 à 23 ans, toutes séries confondues, ayant obtenu leur diplôme avec la mention minimale de « Assez bien ». Cependant, les candidats au bac peuvent également postuler, sous réserve de l’obtention du diplôme et de la mention requise. Les titulaires d’une licence, d’un DEA ou d’une Master I avec la mention « Bien », âgés de 32 ans au plus, sont également concernés par la bourse, pour poursuivre le cycle Master-Doctorat au Maroc. La bourse concerne aussi bien les écoles de formation professionnelle (médecine, pharmacie, ingénierie, etc.) que les facultés académiques (économie, droit, lettres, tourisme, etc.). Les postulants sont départagés sur étude de dossier. Ils se retrouvent au Maroc, un tel issu du lycée d’Abong-Mbang, un autre de Garoua, Sangmelima ou de Bafang.
 

Interview:

Mouhamadou Youssifou: « L’entrée dans les grandes écoles est fortement réglementée »

Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République du Cameroun au Royaume du Maroc

Comment se fait l’encadrement des étudiants camerounais au Maroc ?

Les missions d’une ambassade vont de l’information, à la protection des intérêts du pays et de ses ressortissants, dont les étudiants pour qui nous avons tout un dispositif d’encadrement. C’est le lieu de remercier les pouvoirs publics qui viennent de nommer un conseiller culturel et un attaché culturel spécialement pour s’occuper des étudiants. Nous les accueillons dès l’aéroport, les orientons, les conseillons et mettons à leur disposition tous les papiers et la logistique nécessaire pour qu’ils rejoignent leur lieu de formation en toute sécurité. Maintenant, à chaque fois qu’ils ont des difficultés, surtout que ce sont de jeunes enfants de 17  et 18 ans à l’arrivée, nous essayons de résoudre leurs problèmes dans les limites de nos moyens. Il y a par exemple des cas de maladies que nous prenons en charge aux frais de l’Etat.

Quid du retard dans le paiement des bourses ?

C’est vrai qu’il y a quelques soucis en ce qui concerne la bourse, notamment la contrepartie camerounaise. Mais il faut savoir que l’Etat a une caisse unique. Les mêmes tensions que nous subissons au pays se transportent ici. Néanmoins, je dois reconnaître que l’Etat fait de son mieux pour ces étudiants. Même si les bourses trainent à arriver, on finit toujours par les payer. C’est aussi vrai que pour ceux qui viennent des familles très modestes, c’est particulièrement difficile, je l’avoue. L’ambassade essaye administrativement d’attirer l’attention de la hiérarchie des ministères de l’Enseignement supérieur, des Finances et des Relations extérieures pour qu’on accélère le processus. Mais il faut retenir qu’on finit toujours par payer et qu’en attendant, à notre niveau et sous fonds publics, on se débrouille à résoudre les urgences, notamment médicales.

On constate qu’il y a des boursiers pour de simples BTS. N’y a-t-il pas lieu de revoir le choix de ces formations pour qu’elles soient plus bénéfiques au Cameroun ?

Aujourd’hui en effet, dans son élan de développement, le Cameroun aura besoin de beaucoup plus d’ingénieurs à l’avenir. Et le Maroc a pris une sérieuse avance sur nos Etats dans le domaine de la formation professionnelle. Mais pour que les jeunes Camerounais en profitent davantage, il faut emprunter la voie de la négociation. Surtout que l’entrée dans les grandes écoles ici est fortement réglementée. Vous ne pouvez pas quitter le Cameroun et venir vous inscrire directement dans une école au Maroc, même s’il s’agit d’une faculté. Il faut passer par l’agence marocaine de coopération internationale et être boursier du gouvernement marocain. Bref, c’est une bourse qui vous donne droit à l’inscription dans une école publique. Autrement, vous n’avez accès qu’aux établissements privés et même à ce niveau, les choses sont très réglementées. Donc, pour essayer de tirer un meilleur avantage de la coopération entre nos deux Etats, je crois qu’il appartient aux pouvoirs publics camerounais d’explorer de nouvelles pistes de négociations. Voir quels types de professionnels et d’ingénieurs nous voulons avoir, soumettre nos besoins au royaume du Maroc et faire en sorte qu’à l’avenir, lorsqu’on donne des bourses aux Camerounais, que ce soit dans les secteurs préalablement définis. C’est vraiment dommage que sur les centaines d’étudiants camerounais actuellement inscrits au Maroc, nous n’ayons dans les filières professionnelles que 50 étudiants. Nous espérons en tout cas en avoir beaucoup plus à l’avenir.

Comment gérez-vous les questions d’immigration clandestine vers l’Europe, qui touchent la jeunesse dont celle du Cameroun ?

Personnellement, je vis cette situation avec beaucoup de douleur et d’amertume. Plusieurs fois, j’ai eu à aller enterrer de jeunes Camerounais morts de froid ou naufragés. Ce n’est pas du tout gai. Aux jeunes gens ici, j’essaie régulièrement de donner des conseils, leur disant qu’une belle vie peut se construire au Cameroun. Mais hélas, beaucoup sont convaincus que l’herbe est plus verte de l’autre côté… Plusieurs catégories de Camerounais se retrouvent dans les contingents d’immigrés clandestins. Mais effectivement, ce sont en général des jeunes gens âgés parfois de 15 ans, jusqu’à 35 ans. Bref, l’immigration clandestine est une question difficile et le Cameroun a déjà eu à perdre plusieurs de ses fils ici au Maroc. Nous continuons d’ailleurs à en perdre et je dois avouer que c’est le plus grand défi que j’ai eu à rencontrer au cours de ma mission ici. J’y fais face avec beaucoup de détermination. A chaque fois que je suis face à mes jeunes compatriotes, je les sensibilise, je les décourage d’emblée et j’essaye de les convaincre de rentrer pour leur bien et celui de leur nation. Parce que ce que nous voyons ici ternit l’image du pays et durcit l’accès au royaume du Maroc.
 

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