« L’accès au financement est facilité »

Alfred Ndengue, expert financier, spécialiste des institutions bancaires, en service à l’Apeccam.

Le Bureau d’informations sur le crédit en zone CEMAC, le CréditInfo Central Africa, vient d’être lancé. Et cette semaine, des lettres d’engagement ont été signées avec les établissements financiers pour traduire leur engagement effectif à collaborer avec ce nouvel outil. Qu’est-ce qui a motivé sa mise sur pied ?
Pendant longtemps, l’octroi des crédits bancaires aux particuliers et aux petites et moyennes entreprises reposait essentiellement sur les garanties matérielles exigées par les banques. Cette situation s’expliquait par une forte asymétrie d’informations : les établissements financiers ne disposaient pas toujours de toutes les informations utiles sur l’endettement réel et le comportement de remboursement des clients, certains éléments étant parfois dissimulés ou difficiles à vérifier. Les centrales de risques mises en place par la Banque centrale ont tenté de répondre à ce besoin, mais leurs limites sont aujourd’hui bien connues. La preuve la plus évidente est la forte sinistralité des crédits bancaires dans la zone CEMAC, et particulièrement au Cameroun, où plus de 14 % des crédits accordés ne sont pas remboursés. C’est pour corriger cette faiblesse structurelle que le Bureau d’information sur le crédit (BIC) a été mis en place. Son rôle est de combler un maillon essentiel de la chaîne d’octroi du crédit, en permettant aux banques d’avoir une vision plus complète, plus fiable et plus transparente de l’historique de crédit des emprunteurs. À cet effet, CreditInfo Central Africa (CICA) a obtenu, en fin d’année 2025, l’agrément de la Banque centrale pour exercer cette mission dans la CEMAC, une mission qu’elle assume déjà avec succès dans d’autres régions du monde, notamment en zone UEMOA, où les résultats sont jugés probants. Après le lancement officiel de ses activités à Douala le 20 janvier dernier, la signature des contrats cette semaine à Yaoundé avec les institutions financières marque le démarrage effectif du dispositif. La motivation principale est donc claire : améliorer la qualité du crédit dans notre sous-région, en aidant les banques à mieux connaître le comportement de remboursement des clients, à réduire les crédits à risque et, in fine, à sécuriser durablement le financement de l’économie.


Dans quelle mesure, le BIC peut-il être un instrument de facilitation de l’accès au crédit pour les Pme et les particuliers ?
Le Bureau d’information sur le crédit facilite l’accès au financement en mettant en valeur le comportement réel des emprunteurs, et non plus uniquement leurs garanties matérielles. Désormais, un particulier ou une PME qui rembourse régulièrement et correctement ses crédits se construit progressivement une réputation financière positive, visible et reconnue par l’ensemble des institutions bancaires. Concrètement, cette bonne réputation permet aux banques de mieux apprécier le niveau de risque présenté par un client, même lorsqu’il ne dispose pas de garanties importantes. Pour l’emprunteur sérieux, cela se traduit par plusieurs avantages concrets : un accès plus facile au crédit, une réduction de certaines exigences excessives de garanties, et des délais de traitement plus courts grâce à une information déjà disponible et fiable. Ce mécanisme est particulièrement bénéfique pour les PME et les particuliers, qui sont souvent pénalisés par l’absence de garanties suffisantes, malgré leur capacité réelle à rembourser. En introduisant davantage de transparence et de confiance dans la relation bancaire, le BIC permet un accès au financement plus juste, plus rapide et mieux adapté à la situation de chaque emprunteur. En clair, avec le BIC, le sérieux et la discipline de remboursement deviennent des atouts déterminants, au même titre que les garanties, contribuant à une inclusion financière plus responsable et durable.


La solvabilité des emprunteurs devrait également être mieux contrôlée. Peut-on dès lors espérer une meilleure discipline et surtout transparence bancaire ?
Le BIC favorise une meilleure discipline financière, protège à la fois les banques et les clients sérieux, et contribue à assainir durablement le système de crédit dans la zone CEMAC. En effet, il permet aux banques de mieux apprécier la capacité réelle de remboursement des emprunteurs avant d’accorder un crédit. Grâce à ce dispositif, les établissements financiers disposent désormais d’informations utiles et partagées sur l’historique de crédit des clients, qu’ils soient situés au Cameroun ou dans l’un des autres pays de la CEMAC. Cette meilleure visibilité aide les banques à éviter le surendettement, en identifiant les situations où un client a déjà plusieurs engagements financiers qu’il ne pourrait pas honorer. Elle encourage également une discipline plus rigoureuse dans le remboursement des crédits, car chaque emprunteur sait que son comportement est désormais connu dans l’ensemble du système bancaire. En renforçant la transparence dans l’octroi des crédits, le BIC contribue à des décisions plus justes, mieux fondées et plus responsables. À terme, chacun comprend que ne pas rembourser un crédit n’est plus un acte sans conséquence, mais un comportement qui devient visible et qui peut limiter l’accès futur au financement.


Pour que le Crédit Info Central Africa fonctionne, il faut une franche collaboration avec les établissements bancaires. Est-ce un pari déjà gagné ? 
La signature des engagements entre CreditInfo Central Africa et les institutions financières traduit clairement la volonté de la profession bancaire de s’approprier ce nouvel outil. Les banques ont compris que le Bureau d’Information sur le Crédit n’est pas un instrument de sanction, mais avant tout un outil de protection du système financier et des clients responsables. En partageant les informations sur le crédit et en les utilisant dans leurs décisions, les établissements financiers cherchent à mieux maîtriser les risques, &a...

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