Exploitation minière illégale: l’heure du démantèlement

Les autorités ont frappé du poing sur la table en ce qui concerne l’exploitation aurifère illégale, qu’elle soit artisanale et semi-mécanisée. 200 opérateurs, non détenteurs des titres miniers valides ou pas à jour de leurs obligations légales, sont sommés de plier bagage dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. Les entreprises concernées doivent démanteler leurs équipements à leurs frais, sous le regard des services compétents du ministère en charge des mines et des forces de maintien de l’ordre. Derrière ce chiffre, l’on note une volonté politique forte : l’Etat reprend la main sur son sous-sol. L’on peut dire qu’il était d’ailleurs temps, au regard de l’anarchie et du désordre observés dans le secteur. Depuis des années, l’or de l’Est et de l’Adamaoua était exploité hors des circuits officiels. L’actualité était marquée par des mines à ciel ouvert à Bétaré-Oya, des dragues sans contrôle sur les rivières Kadey, du mercure déversé dans les cours d’eau, impunément… L’image est connue de tous. Mais, ce qui était moins connu jusque-là du grand public c’est l’identité des acteurs. Selon les données du ministère en charge des mines, 95% des 200 opérateurs incriminés et inscrits sur la liste des hors-la-loi sont des étrangers. Et cela n’est possible qu’avec la complicité des nationaux. Pendant que l’Etat cherche à structurer le secteur artisanal et semi-mécanisé, une partie du territoire est traitée comme une zone de non-droit. La conséquence est le manque à gagner fiscal estimé à plusieurs dizaines de milliards de nos francs par an, la dégradation des sols et la pollution des eaux et rivières, des conflits avec des communautés riveraines, l’insécurité dans certaines localités… L’opération de démantèlement en cours n’est pas une énième annonce. C’est du sérieux. Elle est l’application du Code minier de 2016 qui conditionne toute exploitation à un titre valide et au respect des obligations environnementales, fiscales et sociales. Le message véhiculé est clair : l’accès à la ressource minière n’est pas un droit naturel. C’est une concession assortie de devoirs. A ce propos, deux points méritent d’être relevés. Premièrement, la nationalité des opérateurs n’est pas le problème. L’investissement étranger est nécessaire pour exploiter et capitaliser le secteur. Le problème réside dans le conformité de chaque opérateur: un investisseur asiatique, malien, sud-africain ou même camerounais qui exploite sans titre et sans contrôle fait le même tort à l’économie nationale. La régulation doit être aveugle à la nationalité, mais implacable sur le respect de la loi. Deuxièmement, le démantèlement ne suffit pas. Il faut aller plus loin. Si l’on se contente de casser les dragues et repartir. Les sites vont rouvrir dans trois mois. L’assainissement ne tiendra que si trois conditions sont réunies : une présence permanente et dissuasive de l’administration sur le terrain, l’instauration d’une filière de commercialisation légale qui rend l’or formel plus rentable que l’or de contrebande et une alternative économique pour les communautés riveraines qui vivent de l’orpaillage. En outre, faut-il souligner ici que l’enjeu dépasse le simple cadre de l’exploitation aurifère. Il est question de la crédibilité de l’Etat régulateur. Un pays qui ne contrôle pas l’exploitation de ses ressources stratégiques comme l’or ne peut pas prétendre attirer des investissements sérieux dans le reste du secteur minier. Les investisseurs formels regardent ce qui se passe à l’Est et dans l’Adamaoua, avec une attention particulière, avant de signer un permis d’exploitation. L’opération lancée est donc un grand test. Si elle s’arrête au coup de communication, elle aura renforcé le mal, voire le cynisme. Si elle débouche sur une présence effective et durable de l’administration, sur une traçabilité rigoureuse de l’or et surtout une formalisation de l’artisanat minier, elle marquera alors des points et ce sera le début d’un assainissement réel et véritable. L’heure n’est plus au diagnostic. Elle est à l’exécution du démantèlement des hors-la-loi. Le sous-sol camerounais ne saurait plus être une ressource exploitée sans contrepartie. A l’ère de l’assainissement, la loi doit cesser d’être une option. Elle doit s’appliquer à tous les acteurs dans la rigueur et sans complaisance. La rigueur ne saurait s’accommoder de la tolérance. L’opposition entre les nationaux et les étrangers, c’est un faux débat qui ne saurait prospérer si l’on veut un secteur minier qui crée de la valeur dans notre pays. La vraie ligne de clivage reste et demeur...

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