Sors de ton village !

Tu connais le phénomène « DJ Village ». Dans son quartier à Bafoussam, c’est Beyoncé. Dans sa région de l’Ouest, c’est Burna Boy. Tout le monde danse, chante, partage ses sons. Mais dès qu’il traverse le pont du Wouri pour Douala, silence radio. Arrivé à Yaoundé ? On lui demande : « C’est quoi ton nom déjà ? » Pourtant le Cameroun c’est 10 régions, plus de 250 ethnies, une seule nationalité. Garder nos talents en mode « Wi-Fi local » c’est comme avoir du bon eru et le manger seul dans ta chambre. Ça fait mal au coeur... et au pays. Un artiste connu seulement à Sangmélima, c’est comme si les Américains ne connaissaient Beyoncé qu’au Texas. Imagine le gâchis ! Quand un artiste du Nord perce à l’Est, il prouve que nos langues, nos rythmes, nos histoires se comprennent. Le bikutsi peut faire bouger un Bamiléké. Le bendskin peut émouvoir un Sawa. La musique, c’est notre traducteur officiel, et on gaspille ça. Qui d’autre que nous pour transformer « Y a pas l’argent » en philosophie de vie ? Qui d’autre pour chanter la galère avec un sourire qui désarme ? Les artistes locaux ont ce punch, cette sauce pimentée qui manque à la musique « plastique » importée. Mais si le gars de Maroua reste seulement à Maroua, qui va rire avec lui à Bertoua ? L’humour camerounais mérite de traverser le Moungo, le Nyong, et même l’Atlantique. Notre façon de tourner les problèmes en punchlines, c’est une attraction qu’on n’exploite pas assez. Soyons francs deux secondes : la célébrité régionale paie en « respect » et en bières offertes au quartier. La célébrité nationale paie en cachets, sponsors, tournées, studios et en notoriété. Quand Locko a émergé de sa zone de confort pour que tout le Cameroun chante « Ndutu », il a ouvert une porte. Aujourd’hui un promoteur à Paris préfère booker un artiste que tout le 237 connaît, pas seulement son village. Rayonner partout, c’est investir pour soi et pour...

Reactions

Commentaires

    List is empty.

Laissez un Commentaire

De la meme catégorie