« Prendre soin de ses yeux, c’est préserver son autonomie »

Pr. Yannick Bilong, président de la Société camerounaise d’ophtalmologie.

D’après vous, quel est le rapport des Camerounais avec la santé de leurs yeux ? Le rapport est assez contrasté. D’un côté, la population accorde beaucoup d’impor­ tance à la vision. Nous le constatons lors des campagnes de dépistage et de soins organisées dans les quartiers périphé­ riques et dans les zones rurales. Ces cam­ pagnes attirent souvent beaucoup de monde, y compris dans le Grand Nord et dans certaines régions où la situation sé­ curitaire est difficile. D’un autre côté, beau­ coup de personnes consultent tardive­ ment. Elles attendent souvent que la vision baisse fortement, que l’œil devienne rouge ou douloureux, ou que la gêne les empêche de travailler normalement. Cer­ taines personnes attendent également l’organisation d’une campagne gratuite ou de soins à prix réduit. Quels sont les risques liés à l’achat de lunettes en bordure de route, le port de lunettes ou de lentilles sans pres­ cription ? Les lunettes vendues en bordure de route sont généralement des lunettes fabri­ quées avec la même puissance pour les deux yeux. Elles ne tiennent pas compte des besoins particuliers de chaque per­ sonne. Chez l’adulte, des lunettes mal adaptées peuvent provoquer une fatigue visuelle, des maux de tête, des vertiges ou une vision inconfortable. Mais le principal danger est ailleurs. Ces lunettes peuvent donner l’impression que le problème est ré­ glé et retarder la découverte d’une vérita­ ble maladie des yeux. Chez l’enfant, l’ab­ sence de correction ou une correction mal adaptée peut empêcher la vision de se dé­ velopper normalement. Cela peut égale­ ment avoir des conséquences sur les ap­ prentissages et les résultats scolaires. Concernant les lentilles de contact, elles peuvent provoquer des allergies, des bles­ sures de la cornée, des abcès, etc. Il faut également parler des décoctions tradition­ nelles, des produits dont on ne connaît pas la composition et du lait maternel parfois instillé directement dans l’œil. Une décoc­ tion traditionnelle préparée dans de mau­ vaises conditions peut contenir des mi­ crobes, des débris de plantes ou des substances toxiques. Elle peut provoquer ou aggraver une blessure ou une infection de la cornée. Le lait maternel est un excel­ lent aliment pour le nourrisson, mais il ne doit pas être considéré comme un collyre. Une pupille qui paraît blanche est un signe d’alerte important. Dans la prise en charge des patients, comment s’organise la collaboration entre l’ophtalmologue et l’opticien ? L’ophtalmologue est un médecin spécialisé dans le diagnostic et le traitement des ...

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