« On est dans une autre forme de guerre »
- Par Lucien BODO
- 06 Aug 2026 23:56
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Pr Frank Ebogo, géostratège, Université de Yaoundé II.
Les groupes terroristes utilisent de plus en plus les moyens de communication modernes pour servir leur propagande. Comment analysez-vous ce type de procé dés auxquels ils ont recours ? Dans les années 60, 70 et même 80, les groupes terroristes se servaient déjà de la presse pour communiquer. Ils envoyaient généralement des com muniqués pour revendiquer des at taques. Et, avec le perfectionnement des moyens de communication, ils ont commencé eux-mêmes à communi quer directement. Il y a des sites des groupes qui sont affiliés à ces organi sations. On a vu par exemple avec Boko Haram qui communiquaient à tra vers YouTube. Et aujourd'hui, il y a lieu de s'inquiéter parce qu'on est passé à une étape supérieure avec l'introduc tion de l'intelligence artificielle. Il y a des contenus qui sont de plus en plus fabriqués de toutes pièces et qu'on a appelé des « deepfakes » et qui faci litent la communication des entre prises terroristes avec l'installation des usines à trolls. C'est-à-dire que vous avez aujourd'hui des individus qui travaillent dans l'ombre, qui ont une bonne maîtrise de l'outil informa tique et de l'intelligence artificielle et qui fabriquent des informations dans le but de ternir l'image de l'État et des forces de défense et de sécurité. D'ail leurs, ce genre de montages grossiers pourront de plus en plus se perfection ner et les pouvoirs publics auront beaucoup de mal à expliquer à la po pulation qu'il s'agit des vidéos qui sont le fruit d'un grotesque montage. Dans un communiqué le 5 août dernier, le ministère de la Dé fense revèle qu'avec la désinfor mation, les terroristes veulent, entre autres, ébranler le moral des Forces. Quel est le niveau de menace de ce type de manœu vres ? La diffusion des contenus erronés peut briser le lien Armée – Nation qui est patiemment construit depuis plu sieurs décennies au Cameroun. D’abord, en ce qui concerne l’armée, cette entreprise vise à saper le moral des troupes sur le terrain, à les décou rager et à briser leur élan en matière d’engagement et d’atteinte des objec tifs opérationnels. Il y a également un risque en matière de rupture de la chaîne de commandement, c’est-à- dire la transmission du renseignement de l’échelle supérieure vers l’échelle inférieure, du niveau stratégique vers le niveau opératique et tactique. Il y a des risques que la diffusion de ce genre de contenus puisse empêcher la fluidité de l’information. Evidemment, au niveau politique, dès lors que les in formations ne sont plus fluides, il est possible que le message qui est porté par les autorités politiques soit brouillé lorsqu’il arrive au niveau du commandement militaire. Et en ce qui concerne la population, la production de tels contenus vise à gagner les cœurs et les esprits des civils. Les sé paratistes se posent en effet en véri tables li...
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