« Un bilan contrasté »
- Par Carine Tsiele
- 20 Aug 2026 16:02
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Dr René Yatcho Nyaben, économiste.
Depuis son avènement en 2000, la Loi sur la croissance et les op- portunités en Afrique décidée par les Etats-Unis a-t-elle eu un impact réel sur les économies africaines ? Depuis sa promulgation, l'African Growth and Opportunity Act (AGOA) a indéniablement stimulé les échanges bilatéraux, mais son bilan global de- meure contrasté. Sur le plan quanti- tatif, les exportations cumulées sous ce régime ont atteint plusieurs mil- liards de dollars et ont permis d'inté- grer certaines chaînes de valeur mon- diales. Toutefois, l'objectif central qui consistait à opérer une transformation structurelle et à diversifier les éco- nomies africaines au-delà des matières premières n'a été que très partielle- ment atteint. Le secteur du textile et de l'habillement illustre parfaite- ment cette dynamique en demi-teinte. Dans des pays comme le Kenya, Ma- dagascar ou le Lesotho. Pourtant, cet essor manufacturier reste géographi- quement très concentré et repose sur un modèle d'assemblage forte- ment dépendant de la dérogation sur les tissus tiers, sans véritable inté- gration des filières cotonnières locales. De plus, les hydrocarbures et les pro- duits miniers bruts ont longtemps re- présenté la majeure partie de la valeur totale des expéditions africaines vers le marché américain, limitant ainsi la montée en gamme technologique at- tendue. La principale faiblesse du mécanisme réside dans son asymétrie et son imprévisibilité juridique. L'AGOA demeure une concession unilatérale non réciproque, soumise à des critères d'éligibilité politiques et sécuritaires révisés annuellement. Les exclusions soudaines, observées par exemple pour l'Ethiopie en 2022, ont désor- ganisé les filières exportatrices et provoqué des fermetures d'usines en cascade. Cette instabilité institution- nelle, conjuguée à la résurgence ré- cente de mesures tarifaires protec- tionnistes et à la concurrence des grands producteurs asiatiques, freine les investissements directs étrangers de long terme. D’aucuns estiment que, jusqu’ici, le continent n’a pas su capitaliser cette opportunité offerte par le marché américain. Qu’est-ce qui, à votre avis, n’a pas marché ? Cette incapacité à tirer pleinement parti de l'AGOA s'explique par la per- sistance de contraintes structurelles du côté de l'offre et par la précarité institutionnelle du dispositif lui-même. Sur le plan productif, la majorité des Etats bénéficiaires n'a pas réussi à constituer une offre manufacturière ou agro-industrielle diversifiée, com- pétitive et conforme aux normes sa- nitaires et techniques très exigeantes du marché américain. L'écrasante ma- jorité des volumes exportés depuis l'an 2000 est ainsi restée cantonnée au pétrole brut et aux matières ex- tractives. L'élimination des barrières tarifaires à l'entrée des Etats-Unis ne compense pas le coût exorbitant du fret maritime au départ des ports afri- cains, ni la lenteur des corridors de transit et des procédures douanières locales. Enfin, le caractère discrétion- naire de la loi a entretenu une insé- curité juridique incompatible avec les cycles longs de l'investissement in- dustriel, maintenant la relation com- merciale dans un schéma classique d'exportation de ressources brutes et d'importation de biens manufacturés. Le Sénat américain vient d’ac- corder une rallonge de deux ans qui devra expirer le 31 décembre 2028. Pensez-vous que l’Afrique peut-elle rattraper ce qu’elle n’a pas su capitaliser en 26 ans ? Si oui, comment ? Un rattrapage intégral des occasions manquées en deux décennies et de- mie est illusoire sur une échéance aussi ...
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