Gestion des ordures : l’urgence d’un modèle pérenne de financement

Q ue retenir de l’opération coup de poing ayant permis il y a une dizaine de jours, sur instruction du Premier ministre, chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute, comme dans un sursaut d’orgueil, d’enlever les tas d’ordures ménagères qui débordaient et entravaient la cir­ culation sur plusieurs axes routiers dans les communes de Yaoundé III et Yaoundé VI ? On peut constater aujourd’hui pour s’en féliciter que la situation s’est nettement améliorée comme a pu d’ailleurs s’en rendre compte jeudi dernier une délégation du ministère de l’Administration territoriale. En dehors des cas toujours préoccupants relevés à Etoug-Ebe Lycée et Stade d’Etoug-Ebe ce jour-là, la collecte s’organise pour éviter la reconstitution des dépôts sauvages. Pour autant, peut-on estimer qu’une solution définitive a été trouvée pour éviter une nouvelle crise des ordures dans ces arrondissements ? Rien n’est moins sûr. Mais ce serait déjà marquer un pas important vers la bonne direction en procédant comme l’a déclaré le ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Célestine Ketcha Courtès. No­ tamment : déployer, pour faire face à la défaillance d’un prestataire, une autre entreprise qui, malgré les non-paie­ ments, est à l’œuvre dans d’autres arrondissements de Yaoundé où le problème d’accumulation des déchets ne se pose pas. Le temps pour les autorités d’évaluer les contrats, les capacités techniques, l’organisation et de procéder aux avenants. Pour autant, il nous semble que dans cette démarche somme toute encourageante, la problématique de fond ne sera pas résolue sur le long terme. Celle de la mobilisation en temps et en heure des fonds afin de financer sans interruption le service public du ramassage des ordures ménagères. Ce qui permettrait à tout prestataire, quel qu’il soit, d’avoir régu­ lièrement les ressources financières nécessaires pour couvrir ses charges (achat de carburant pour camions et autres en­ gins, maintenance des équipements et paiement des salaires) et se déployer à tout moment. Autrement dit, le préfinan­ cement par un prestataire de ses opérations, sur fonds propres ou grâce aux crédits qui lui sont accordés par des banques, en attendant le paiement de ses factures par le Trésor public, ne saurait être érigé en modèle durable de fi­ nancement de ce service public sur la durée, dans des ag­ glomérations en expansion, confrontées en outre à une dé­ mographie galopante, à de sérieux problèmes d’organisation de la collecte, de structuration de l’espace et d’indiscipline des populations. N’est-il pas temps de s’appuyer sur un état des lieux sans complaisance pour trouver des sources innovantes de fi­ nancement pérenne de la collecte et du ramassage des or­ dures dans nos cités ? En prenant en compte tous les para­ mètres du problème : insuffisance des budgets des munici­ palités incapables de supporter le coût réel du ramassage et de la gestion des déchets ; projection d’un recouvrement difficile de la taxe sur les ordures qui n’est pas facile à prélever si cette taxe venait à être instituée, car générale­ ment, les populations africaines ont de faibles revenus ou refusent de payer pour un service jugé mauvais ; coût élevé du service du fait de la cherté du carburant, des camions et de l'entretien des décharges ; difficultés pour le Trésor public, objet de moult sollicitations, à payer à temps toutes les factures des prestataires, etc. Cette combinaison de facteurs a tendance à créer un cercle vicieux. Raison pour laquelle la crise des ordures est cyclique, donnant l’impression qu’on a affaire à une pierre de Sisyphe. Pour en finir, il est possible d’instituer, non pas une taxe or­ dinaire, mais plutôt une taxe d’ordures intégrée, d’un montant assez bas qu’une étude approfondie permettra de déterminer. Cette taxe peut être intégrée dans les factures d'eau ou d'électricité pour forcer le paiement par les abonnés. Autre possibilité, pour se donner la chance de ratisser plus large, parce que seule une petite partie de la population est propriétaire d’un compteur d’eau ou d’électricité, on peut prélever cette taxe intégrée sur les transactions fi­ nancières mobiles en forte croissance. L’argent collecté via cette taxe intégrée pourrait être déposé non pas dans le Compte unique du Trésor, mais plutôt dans un compte ouvert dans les Livres de la Banque centrale. Un Comité de gestion assez léger, sans coût de fonctionnement important, ...

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