La transformation du manioc à s’enracine Ngoulemakong

Avec l’appui technique et financier du PIDMA, la coopérative des planteurs de cet arrondissement du Sud a son usine.

Voici une localité où une expression aussi incongrue que « rouler sur de la farine » peut prendre un sens. A Ngoulemakong, arrondissement éponyme situé à l’orée de la région du Sud, le manioc est considéré comme de l’or blanc… Ici, on en cultive aussi bien derrière les chaumières, qu’au cœur de la généreuse forêt équatoriale qui enveloppe la petite ville et les villages environnants. On en trouve quotidiennement dans toutes les cuisines… Mieux encore, depuis quelques mois, l’usage du manioc ne se limite plus à la consommation domestique. Sur initiative de la Société coopérative des producteurs de manioc de Ngoulemakong (SOCOOPROMAN), et avec l’appui technique et financier du Projet d’investissement et de développement des marchés agricoles (PIDMA), une usine de transformation de ce tubercule a fait de cette localité un pôle de production de farine de manioc, de tapioca, d’amidon et d’autres parmi la quarantaine de dérivés qu’on connaît à cette spéculation.
Une expérience épique, dont quelque chiffres et actions rendent encore plus louable. Sur le site de l’unité de transformation et de commercialisation du manioc, nous apprenons par exemple que sa capacité de production est de six tonnes de farine par jour. Pour parvenir à faire tourner les machines à plein temps, les 1050 membres de la SOCOOPROMAN doivent mettre quotidiennement ensemble leur production de tubercules, à hauteur de 13 tonnes de manioc brut. Pour en arriver là, le chemin aura été long.
C’est en 2008 que l’initiative est lancée, avec des GIC, puis des regroupements de GIC, avant d’en arriver à la fédération. Cette ultime étape a abouti à la création de la coopérative. Sous cette bannière plus représentative, l’équipe conduite par Angeline Akoa, présidente du conseil d’administration de la SOCCPROMAN, a pu lever des financements qui lui ont permis de monter une première unité de transformation. Aujourd’hui, ses ambitions ont grandi, et la coopérative envisage de construire une usine moderne, capable de répondre non seulement aux aspirations du groupe, mais aussi aux sollicitations d’un marché qui s’ouvre désormais sur la grande consommation et l’agro-business.

 

Angeline Akoa: « Il y a une demande, même en dehors du pays »

Présidente du conseil d’administration de la Société coopérative des producteurs de manioc de Ngoulemakong.

Qu’est-ce qui a motivé le choix de votre coopérative pour le développement du manioc ?
Nous avons choisi la spéculation manioc par souci de faciliter l’adhésion de tous les membres, étant entendu que tout le monde cultive le manioc. Nous avons réfléchi pour voir comment cette filière pouvait, au-delà de la consommation directe, nous donner de l’argent et permettre à chaque membre de changer son standing de vie ; envoyer ses enfants à l’école et vivre décemment.
Comment faites-vous pour assurer l’approvisionnement de votre unité de production ?
Jusqu’à ce moment, nous n’avons pas ce genre de difficulté, parce que chaque membre parmi les plus vigoureux a au moins un hectare de plantation. Les plus vieux sont à un minimum d’un demi-hectare. Si nous considérons que chaque membre exploite chaque année deux champs pour les deux saisons et d’autres parcelles destinées à faire vivre la famille, vous comprenez aisément qu’en réalité, notre surface cultivable va au-delà des 300 hectares. En dehors des membres, nous en achetons auprès de tous ceux qui viennent vers nous.
Comment vous y êtes-vous pris pour lever les financements ?
Nous avons d’abord monté un projet que nous avons soumis au ministère en charge des PME, à travers la PACD. Nous avons bénéficié d’un crédit de 32 millions. Nous avons monté un autre projet à travers le PIDMA. Ce projet nous a déjà permis de recevoir 220 millions de francs. Nous y avons ajouté notre apport personnel d’un peu plus de 41 millions de francs. Cet argent va nous permettre de construire une grande usine moderne. En attendant, nous avons cherché d’autres moyens. Nous avons obtenu un marché avec le Programme alimentaire mondial, pour la livraison de 80 tonnes de farine de manioc par mois, destinés à l’alimentation des réfugiés. Nous avons déjà honoré une première livraison.
Qu’en est-il justement de la demande et des débouchés ?
Il y a une demande, même en dehors du pays. Nous avons approché le ministère de la Défense pour pouvoir nourrir les militaires, en casernes ou au front, de même que la gendarmerie et la police pour approvisionner leurs camps de formation et autres unités. Le manioc est pour les femmes de l’or blanc. A elle seule, cette spéculation a 42 dérivés. Le PIDMA est en pourparlers avec une agro-industrie qui doit pouvoir nous prendre de l’amidon en grande quantité. L’équation consiste à pouvoir monter de grandes usines de transformation, capables de répondre aux attentes de l’agro-business, des  industries pharmaceutiques, des industries textiles et autres.

 

Manioc: astuces

Formation du personnel

Les petites initiatives agro-industrielles butent très souvent sur la disponibilité d’un personnel qualifié. L’encadrement et le renforcement des capacités sont des voies de sortie. Pour lever cette contrainte, la SOCOOPROMAN a bénéficié du concours du PIDMA, dans la formation à travers des ateliers, la mise à disposition d’un conseiller agricole de proximité, etc.

Recherche des financements

Pour les petites unités de production agro-alimentaire, le plus difficile c’est le financement. L’astuce la plus conseillée aujourd’hui c’est la mise en commun des efforts. Le gouvernement et ses partenaires sont plus enclins à soutenir les coopératives et autres GIC, plutôt que des individus. Dans le monde paysan, l’union fait plus que jamais la force.

Débouchés

Pour ce qui est du manioc, l’astuce ici c’est de diversifier les produits transformés. Entre le tapioca, la farine, l’amidon et bien d’autres, les experts parlent de 42 dérivés, qui sont autant de possibilités dans un marché où l’agro-business (releveurs de goût, provenderies, etc.), les chaînes de restaurants et diverses administrations sont de plus en plus demandeurs.

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