Jeunes accros à la drogue: Les voies de la désintoxication

Entre chambre d’hospitalisation verrouillée, musique douce et séances d’écoute en famille, des centaines d’adolescents à Yaoundé tentent de sortir de l’addiction.

«P as de visite. Pas de téléphone. Pas d’argent de poche ». Le por­ tail est cadenassé. Les chambres d’hospitalisation sont verrouillées. Dès l’entrée du Centre de soins d’ac­ compagnement et de prévention en addictologie de l’Hôpital Jamot, à Yaoundé, le ton est ferme. Ce 5 août 2026, chaque entrée est pas­ sée au peigne fin. Dans les couloirs, pas un bruit. La rupture avec le monde extérieur est totale. « Quand le patient est en état de manque, il peut poser des actes qu’il ne devrait pas. Avec son téléphone, il contacte un dealer. Avec de l’argent, il peut se ravitailler. Et ses acolytes peuvent venir le faire replonger », explique le Dr Nelly Okoto Mvondo, médecin addictologue. La discipline pour couper avec la rue Brian E., 18 ans, est affalé sur son lit. C’est sa deuxième journée. Après sept ans de consommation régulière de chanvre indien et de cigarettes, il tient ses premières 48 heures sans « sniffer ». Insomnie. Trem­ blote. Sueur. La fenêtre grande ou­ verte ne change rien. Il a du mal à placer deux phrases. « À son arrivée, il avait l’air stable. Les examens ont prouvé qu’il n’avait pas de compli­ cations psychiatriques ni organiques. Il a simplement un problème d’ad­ diction. Tenir deux jours sans se droguer n’est pas facile. Mais il coo­ père très bien », note le Dr Okoto. Brian n’est pas seul. Six autres jeunes sont en cure de désintoxi­ cation avec lui. Au total, le centre reçoit entre 30 et 50 jeunes accros aux substances psychoactives chaque semaine, selon le directeur, le Dr Daniel Ekoua. Malgré la diffé­ rence d’âge, ils ont un point commun : la poly consommation. Ici, le can­ nabis s’associe au chanvre, à la taille, au crack, au Tramadol et même à la cigarette. Pour beaucoup, ce sont les familles qui tirent la son­ nette d’alarme, après des signes de démence, de violence ou de repli. Mais l’addition fait mal : 5 000 F la chambre commune, 10 000 F la chambre individuelle, et près de 50 000 F par mois pour les soins, sans compter les médicaments et les exa­ mens. Résultat : des fugues. Les cas de patients « perdus de vue » sont légion. L’écoute pour reconstruire À quelques kilomètres de là, à l’Hô­ pital central de Yaoundé, l’ambiance est à l’opposé. Ici, c’est le « Centre La Vie ». Musique douce et lumières tamisées, murs colorés, messages de réconfort. L’objectif est de re­ donner le goût de la vie, loin des hallucinations. Du lundi au vendredi, addictologues, psychologues, infir­ miers et agents communautaires sont mobilisés par dizaines. Le pa­ tient a le choix entre la salle de re­ mise en forme, l’espace Energie et vitalité, Eveil et autonomie, service de bas-seuil et de réduction des risques. C’est cette chaleur humaine qui a convaincu Miguel B., 17 ans. « La première chose qui m’a plu, c’était l’accueil. Ils étaient tous gentils. Quand on a parlé de mon addiction, ils ne m’ont pas jugé. On m’a fait des examens et j’ai été testé positif à trois drogues. On m’a demandé de venir deux fois par semaine pour des séances d’écoute, de lecture et de jeu », raconte-t-il. Miguel a com­ mencé en classe de 3e, il y a quatre ans, dans un internat à Akono. Accro au crack, plus connu sous le nom de caillou, il dépensait jusqu’à 28 000 F par jour pour un gramme. « Un camarade m’a fait goûter le mbaï (drogue de synthèse contrefaite, Ndlr), puis le caillou. Comme c’était cher, je volais mes camarades ou j’escroquais mon père qui est archi­ tecte », se souvient-il. Un passage en cellule a alerté ses parents. Au­ jourd’hui, conduit par sa mère en juillet, il en est à sa troisi&egra...

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