Habitat: A chacun son toit

La Semaine nationale de l’habitat entamée ce lundi, donne l’occasion de se poser une question essentielle : où vivons-nous vraiment ?

7 h ce vendredi matin, 25 septembre 2026. Une forte pluie s’abat sur Yaoundé. Au quar­ tier Bastos, elle claque sur le bitume et s’engouffre dans les caniveaux. Les voitures pas­ sent, les boutiques ouvrent. L’odeur est celle du goudron mouillé. C’est la ville pensée, la ville tracée, celle où les ser­ vitudes de six mètres au moins sont respectées. Et chaque parcelle a son titre foncier. L’eau bien drainée s’écoule sans faire de dégâts. Un peu comme au centre-ville ou à la Cité Verte. À quelques kilomètres de là, le décor change brutalement. À Olembe, le goudron s’inter­ rompt par endroits. La latérite prend le relais, rouge, collante. Des motos s’enlisent. La boue colle aux bottes. Ici s’étend la nouvelle périphérie, celle des lotissements récents où l’on a voulu bien faire. Les maisons modernes sont alignées, les clôtures laissent entrevoir un passage. Mais les caniveaux s’arrêtent à mi-chemin. Devant un chantier, un homme en tee- shirt trempé creuse à la pelle pour détourner l’eau qui entre dans son salon : « On a laissé la route, mais personne n’est venu faire les caniveaux », dit-il. Plus loin, des enfants en uniforme sautent par-dessus des flaques devenues des mares, cartables sur la tête. Une femme porte son enfant au dos pour atteindre la route principale. L’accès, premier cri­ tère de la ville durable, se mé­ rite à chaque pluie. C’est ainsi dans d’autres quartiers péri­ phériques comme Odza, Nyom ou Mimboman « Village ». À 9h30, la descente vers Etam Bafia marque la rupture. L’odeur prend à la gorge avant même la vue : âcre, mélange de plastique, d’épluchures et d’eau croupie. Le Mfoundi a débordé. Le bruit n’est plus celui de la pluie sur les tôles, mais le gargouillis des rigoles à ciel ouvert qui vomissent leur contenu. Bouteilles, sa­ chets, eaux noires, tout re­ monte et s’infiltre dans les ha­ bitations en planches construites à même le lit du marécage. Les constructions sont anarchiques, les murs se touchent, aucune servitude n’est visible. Dans une pièce de trois mètres carrés, un ma­ telas tremp...

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