Aux origines de l’émergence du Sida

Célestin Messanga Obama, journaliste et universitaire, interroge la communication autour de la pandémie.

Pour d’aucuns, l’essai de Célestin Messanga Obama, enseignant à l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (Esstic), peut paraître provocateur. Vu comme un tissu de soupçons, il est susceptible de jeter le trouble et d’irriter dans un contexte de mobilisation générale contre la pandémie du siècle : le sida. Une affection dont la dangerosité n’est plus à démontrer et autour de laquelle, scientifiques et autres pouvoirs publics déploient des trésors d’imagination pour conscientiser les populations. C’est qu’ « au lieu de s’interroger sur les stratégies susceptibles d’améliorer la communication, il s’intéresse plutôt aux ordres de discours dans lesquels ces stratégies s’inscrivent. […] Son travail se veut donc une analyse de discours et non une contribution à la construction d’un discours ». Dixit le Pr David Simo, préfacier de l’ouvrage.
Pour l’auteur, loin de rassurer, les informations produites par la communauté scientifique sur le Sida suscitent plutôt de nombreuses interrogations. « En effet, s’il  est vrai que chaque jour des personnes présentées comme porteuses du virus de cette terrible maladie meurent sous nos yeux, comment expliquer la longévité de nombreuses autres, pourtant non prises en charge par un traitement quelconque ? Comment comprendre la réalité des couples sérodiscordants, si tant est que cette affection se transmet par voie sexuelle ? », se demande, entre autres questions, Célestin Messanga Obama. Et d’assurer que la communication sur le sida se caractérise par la polémique, les différentes sources scientifiques ne s’accordant pas sur bien des questions de fond.
« Les incohérences entre les discours des spécialistes d’une part, et l’insatisfaction des espoirs pour la maîtrise de la pandémie d’autre part, situent le sida dans une sorte de confusion intellectuelle qui laisse émerger des discours tellement divergents qu’ils en rajoutent au désespoir », affirme l’auteur. D’où son ouvrage donc. Sans avoir la prétention d’apporter des réponses précises aux questions que se pose l’opinion publique, de lire se veut un espace d’analyse des énoncés formulés aussi bien par l’orthodoxie que l’hétérodoxie. Finalité, aboutir à des explications que la science notamment n’arrive pas à fournir et faire entendre un autre son de cloche que les discours conventionnels. Même si cet ouvrage risque de perturber le travail de communication jugé impérieux parce que visant à sauver des vies face à l’épidémie du sida, il n’en demeure pas moins que l’auteur est dans son rôle de chercheur. Comme le rappelle si bien le préfacier : « N’est-ce pas l’une des exigences fondamentales de la démarche scientifique de débusquer les non-dits et l’inconscient de tout discours, à commencer par le discours scientifique ? ».
 

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