« Les deux économies demeurent suffisamment liées »

Dr. Serge Christian Alima Zoa, Internationaliste, Centre de recherche et d’études politiques et stratégiques (Creps) de l’Université de Yaoundé II-Soa et enseignant à l’Université catholique d’Afrique Centrale.

Après plusieurs épisodes de ten­ sion commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, les deux grandes puissances se sont engagées à aplanir leurs divergences et à pro­ roger leur trêve commerciale. D’un côté comme de l’autre, ces enga­ gements peuvent-ils tenir surtout quand on connaît le degré de ri­ valité entre les deux géants ? La Chine et les États-Unis ont intérêt à éviter que le conflit marchand ne déborde systématiquement sur tous les autres domaines de leur relation. Cette logique s’observe non seulement dans l'accord portant sur les remises tarifaires, mais aussi dans la création d'un canal de communication sur les incidents liés à l'intelligence artificielle. Cependant trois éléments d’appré­ ciation peuvent faire dérailler la trêve. Le premier est la politisation intérieure du commerce. Aux États-Unis comme en Chine, les dirigeants doivent tenir compte de leurs opinions publiques, de leurs entreprises et de leurs intérêts industriels. Le deuxième est le ca­ ractère transactionnel de la relation. Les accords peuvent progresser sur un dossier et être remis en cause lorsqu'un autre cas devient prioritaire. A cet effet, certains analystes relèvent que Washington et Pékin abordent désormais certaines questions de ma­ nière très interpersonnelle. Le troi­ sième est l'élargissement de la rivalité au domaine technologique et sécuri­ taire. Même si le commerce se stabilise, une crise pétaradante autour de Taï­ wan, des semi-conducteurs, de l'IA ou des chaînes d'approvisionnement pourrait rapidement contaminer les relations économiques. Le scénario le plus plausible serait de coopérer sans se faire confiance. Dans ce pos­ tulat, il ne faudrait attendre ni une nouvelle guerre commerciale perma­ nente, ni une véritable normalisation des relations, parce que le coût de la rupture est supérieur au bénéfice d'une confrontation perpétuelle. C’est pourquoi le prolongement de la trêve jusqu'au 10 janvier 2027 constitue précisément un mécanisme permet­ tant de gagner du temps, tester les engagements et négocier sans revenir immédiatement à l'escalade. Du coup, la solidité des engagements restera conditionnelle, car la trêve commer­ ciale est crédible comme mécanisme de gestion de crise, beaucoup moins comme prélude à la disparition de la rivalité stratégique. Cette rivalité entre Pékin et Wash­ ington impacte l’économie mon­ diale. Que peut-on espérer de cette décrispation ? D’abord, une réduction de l’incertitude économique mondiale. La rivalité com­ merciale sino-américaine a une portée qui dépasse largement les deux pays. Lorsque Washington et Pékin aug­ mentent les droits de douane ou me­ nacent de nouvelles restrictions, les entreprises retardent leurs investis­ sements, réorganisent leurs chaînes d'approvisionnement et répercutent une partie des coûts sur les consom­ mateurs. La prolongation de la trêve jusqu'en janvier crée donc un espace de prévisibilité supplémentaire. Le ministère chinois du Commerce sou­ ligne d'ailleurs que cette période doit offrir aux entreprises un environne­ ment relativement stable. Ensuite, pour certains observateurs, une res­ piration pour le commerce interna­ tional peut être discernée. Les ré­ ductions tarifaires envisagées concer­ nent notamment des produits agri­ coles américains, des produits médi­ caux, du bois et certains produits de consommation chinois. Cela peut contribuer à fluidifier certains échanges et à diminuer les coûts sur les segments concernés. Mais il faut rester prudent. 60 milliards de dollars de produits concernés représentent un progrès concret, mais ne consti­ tuent pas à eux seuls un règlement de l'ensemble du contentieux com­ mercial sino-américain. Enfin, cette décrispation peut surtout permettre de rétablir des mécanismes de dia­ logue. C'est peut-être son apport le plus important. Les deux puissances, sans se laisser embringuées dans leur rivalité, ont désormais intérêt à multiplier les canaux permettant de traiter séparément les dossiers com­ merciaux, technologiques, agricoles et, plus largement, les questions éco­ nomiques. En annonçant à ce propos un dialogue spécifique sur l'intelli­ gence artificielle et un canal de com­ munication pour les incidents liés à l'IA, il devient possible de passer pro­ gressivement d'une logique de confrontation sans garde-fous à une logique de compétition administrée. Mais, il ne faut pas confondre les li­ néaments de décrispation et ceux de réconciliation. Les divergences fon­ damentales demeurent : technologies avancées, semi-conducteurs, chaînes d'approvisionnement, terres rares, in­ vestissements, s...

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