La politique au temps de la guerre

A  quelques jours de la fête de l’unité qui se célèbre samedi prochain, l’actualité africaine la plus récente est parsemée de déflagrations sporadiques et de bruits de bottes, preuve que notre continent est toujours l’une des cibles de prédilection des terroristes et des  bandes armées, et que les armées africaines qui doivent éradiquer cette gangrène sous la férule des pouvoirs politiques, sont plus que jamais au cœur de tous les enjeux. Petite revue de cette géographie de l’insécurité : au Cameroun où Boko Haram suffoque sous les coups de boutoirs de l’armée nationale, les attentats-kamikazes ne cessent pas. Ainsi, à Limani dans le Mayo Sava, le dernier en date a laissé trois morts sur le carreau, vendredi dernier, dont les deux jeunes kamikazes, quelques blessés, et des cœurs meurtris. Au Nigeria voisin, les exactions succèdent à l’accalmie, mais les victimes sont toujours aussi nombreuses au nord du pays. Au Sahel, les djihadistes se tiennent clairement en embuscade offensive et multiplient les attentats, malgré la coalition internationale menée par la France sous l’appellation « Opération  Barkhane ». En Centrafrique, les groupes armés sont de retour, avec leur cortège  de tueries.

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Si dans tous ces pays, les armées tentent de faire face avec courage aux hordes déchaînées du terrorisme, dans une guerre asymétrique destinée à durer, en Côte d’Ivoire, la situation est bien différente. Depuis plusieurs mois, ce sont des hommes en tenue, anciens combattants de milices intégrés dans l’armée régulière, qui sèment la panique hors des casernes, armes au poing, pour exiger le paiement de primes qui leur auraient été promises. Dans un cas comme dans l’autre, le résultat est le même : les violences et leurs conséquences socio-économiques, le risque d’instabilité, le traumatisme des populations civiles.

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C’est dans ce contexte régional plutôt délétère que le ministre de la Communication de RCA, Charles Paul Lemasset Mandya, en visite de travail au Cameroun auprès de son homologue camerounais, a délivré lundi dernier un message à la fois grave et émouvant. Un appel à l’unité des Camerounais, l’unité étant gage de paix et de stabilité. Il a lancé cet appel parce que la guerre n’est, dit-il, que haine et folie dévastatrice, parce qu’il est facile de la déclencher et ardu de la stopper. Et surtout parce que la Centrafrique doit aujourd’hui faire l’expérience amère de devoir repartir à zéro, la guerre ayant balayé tous les acquis, toutes les réalisations de ce jeune pays richement doté par la nature.

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Pour ne rien arranger en ce qui concerne le Cameroun, la menace sécuritaire, quoique décroissante, se poursuit sur fond de revendications en zones anglophones, ce qui ajoute au risque d’instabilité un risque de fissure sociale. Or, comme le président Biya l’a fait observer à maintes reprises, le succès face à Boko Haram nécessite un front uni à l’intérieur, un consensus fort entre toutes les forces vives du pays, car c’est le meilleur soutien aux troupes engagées au front au péril de leur vie, aux regroupements d’auto-défense qui les appuient, et au chef des Armées qui conçoit et coordonne la stratégie globale. Or que constatons-nous ? Alors que la paix revient progressivement dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, suite aux mesures correctives courageuses prises par le gouvernement dans tous les domaines, alors que depuis le début du face-à-face contre Boko Haram, l’armée camerounaise, en ne cédant aucun carré du territoire national, en combattant même pendant huit mois seule face à cette nébuleuse, la première force d’opposition politique, le SDF, suivie par le CPP, prend la décision inédite de boycotter la fête nationale du 20 mai, le plus grand moment de célébration de notre unité, là où se dessine symboliquement la convergence entre le chef de l’Etat, l’armée, les partis politiques et la société civile, face aux défis présents et à venir.

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Ce choix est d’autant plus surprenant que ses auteurs le justifient par leur désapprobation de la gestion de la crise anglophone par le gouvernement. A ce sujet précis, les populations interrogées sur les mesures d’apaisement proposées par le gouvernement, reconnaissent sans façon que sur le papier, l’Etat est allé bien au-delà des demandes et des attentes. Et qu’elles n’attendent plus que la réalisation effective de celles-ci. Au nom de quelles populations le SDF et les autres s’expriment-ils alors ? Peut-on penser qu’ils sont impatients ? Le temps de la Justice n’est pas exactement celui de la politique, c’est connu. Si le président de la République devait envisager des mesures de clémence envers les personnes interpelées suite aux violences, pour consolider la paix, ne devrait-il pas permettre à la Justice de faire d’abord son travail selon les procédures établies, au nom de la séparation des pouvoirs ?

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Tout se passe comme si le principe de la contestation à tout prix, de la contestation sans modération, était inscrit dans le mode de fonctionnement de certains partis politiques. En effet, ni le contexte de guerre, ni le symbolisme de la fête de l’Unité et les institutions qui y sont célébrées, encore moins la reconstruction de la paix et de la confiance en zones anglophones ne les ont retenus au moment de prendre la décision du boycott. Ce qui donne une idée de leur détermination et interroge sur leurs motivations réelles.

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De fait, on aurait tort de voir ici autre chose que le désir vaniteux d’attirer l’attention sur soi, et un vrai calcul politique, visant à capitaliser des sympathies auprès des radicalisés qui soufflent sur les braises de cette crise anglophone, et sans doute aussi auprès de quelques observateurs de la scène politique camerounaise, bien loin d’ici…

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Comble d’étonnement : le communiqué du SDF, pour tenter d’atténuer le choc de ce boycott lancé par le parti républicain qu’il dit être,  annonce qu’il organisera sa propre commémoration le 26 mai, sans festoyer, au nom de ceux qui sont morts ou en prison. Les Camerounais apprécieront.

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