Eseka: en attendant la stèle

La vie a repris son cours, et l’annonce par le chef de l’Etat d’un « monument » apporte joie et réconfort en bonus.

Eséka, mercredi 24 mai 2017. Tout semble normal… ou meilleur qu’il y a sept mois. Les populations vaquent avec bonne humeur à leurs occupations. Les débits de boisson crachent leur musique à tue-tête comme partout ailleurs dans le pays, pour le plaisir des clients et autres passants. Les commerces, agences de transport en commun et autres vibrent au rythme du mouvement des usagers qui vont et viennent. Pareil pour les services administratifs. La gare ferroviaire a également repris vie.  En ce milieu d’après-midi, ça bouillonne même de ce côté. Deux trains baptisés « autorails » sont stationnés et attendent le moment de s’ébranler en direction de Yaoundé et Douala respectivement. Les vérifications techniques d’usage sont effectuées sur les wagons, sous l’œil vigilant du responsable de la sécurité. Pendant ce temps, les bagages sont chargés, les petits commerçants vont et viennent entre les passagers, avec espoir de grappiller de dernières recettes.
Toutefois, l’ombre de la catastrophe ferroviaire du 21 octobre 2016, ayant officiellement coûté la vie à 79 personnes et causé près de 700 blessés, continue de planer sur la ville. A la gare d’Eséka, les restes de wagons, visibles de part et d’autre du chemin de fer rappellent l’accident. Dans l’une de ces carcasses, des fleurs  renseignent de ce que des gens viennent se recueillir sur les lieux. « Les familles des victimes ou simplement des sympathisants, venant parfois de l’étranger, s’arrêtent ici pour déposer des fleurs et prier », raconte un vigile en faction.  
Et parlant de lieu de recueillement, beaucoup ici ne sont pas au courant de la décision du président de la République de faire ériger une stèle dans la ville en la mémoire de tous les disparus du train 152. Mais une fois qu’ils ont compris, les gens applaudissent la décision. « C’est vraiment une bonne chose. Le président Paul Biya a été bien inspiré. Il faut vraiment un monument comme ça pour que personne n’oublie jamais ce qui s’est passé ici ce vendredi-là. Je suis extrêmement contente », déclare maman Elise. « Nous espérons seulement qu’on va choisir un endroit où les gens sont morts pour construire le monument-là », poursuit-elle. Pour cette quinquagénaire, cette stèle pourrait aider de nombreuses familles à faire le deuil. Elle qui ne connaît aucune des victimes affirme avoir eu du mal à chasser les images macabres de sa mémoire. « Tout ça s’est passé sous mes yeux, puisque quatre wagons sont tombés derrière mon comptoir. J’ai aidé des gens pendant des heures, comme je pouvais. Mais des jours plus tard, j’ai vécu dans la peur. Il n’y a que la prière qui m’a aidée à surmonter cela », raconte la dame. Mais déjà, d’autres personnes, loin d’être cyniques, affirment que depuis cet accident, des choses ont changé en bien dans la ville. La principale voie d’accès a été réhabilitée et l’hôpital est mieux équipé.

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