Chefs traditionnels : pas au-dessus de la loi

Baloum, groupement situé dans l’arrondissement de Penka-Michel, département de la Menoua, région de l’Ouest. Il y a quelques semaines, très peu de Camerounais auraient pu situer cette petite localité sur la carte de leur pays. Baloum vient d’être subitement projetée sur les devants de la scène de la plus triste des manières : deux jeunes gens y ont brutalement perdu la vie au début du mois de juin par le fait de la justice populaire, si l’on en croit les images insoutenables abondamment relayées sur les réseaux sociaux. Ils ont été entièrement calcinés, si l’on se réfère au certificat de genre de mort du nommé Sijamo Deffo Steve Achille, l’une des victimes, signé le 10 juin 2026 par le chef du district de santé de Penka- Michel. Deux jeunes gens arrachés à la vie à la suite d’accusation de vol de tôles, même s’ils n’ont eu de cesse de clamer leur innocence, pendant le « procès » expéditif auquel ils ont été soumis. Les scènes de justice populaire sont devenues légion dans notre pays, même s’il n’est pas question de banaliser ce phénomène qui a parfois entraîné la mort de personnes innocentes dans un Etat de droit. Là où le bât blesse sans doute, c’est que les événements de Baloum mettent en cause le chef traditionnel de la localité. Noussi Pokam Charly Constant, puisqu’il s’agit de lui, fait actuellement l’objet d’une garde à vue administrative de 15 jours à la Prison centrale de Bafoussam en même temps que huit autres personnes. Une décision prise par le gouverneur de la région de l’Ouest, à la suite de la plainte de la famille de l’une des victimes pour assassinat, séquestration, torture, non-assistance à personne en danger, destruction de preuves, outrage à cadavre, association de malfaiteurs. Une affaire qui met une fois encore en scène une autorité traditionnelle. Si jusqu’ici, la culpabilité du chef de groupement Baloum n’est pas encore clairement établie, cette affaire vient jeter une ombre sur l’autorité traditionnelle au Cameroun, et partant sur la chefferie traditionnelle. Cette dernière a-t-elle cessé d’être la gardienne de nos traditions pour devenir un espace de non-droit où des individus, du fait de leur position, peuvent régner en maîtres-absolus au point d’avoir droit de vie et de mort sur ceux qu’ils appellent parfois abusivement leurs « sujets » ? Cette dernière a-t-elle cessé d’être le premier endroit où l’on avait envie de se rendre lorsque l’on arrivait pour la première fois dans une contrée ? On est loin de la mission d’encadrement des populations, pour laquelle les chefs traditionnels sont appelés à « seconder » les autorités administratives, selon le décret du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles. «Auxiliaires de l’administration », ils sont par ailleurs chargés de transmettre à la population les directives des autorités administratives et d’en assurer l’exécution, et même de concourir, sous l’encadrement de ces mêmes autorités, au maintien de l’ordre public et au développement de leurs contrées. D’où vient-il aujourd’hui que les chefs traditionnels deviennent les bourreaux des populations qu’ils ont le devoir de protéger et d’encadrer ? Les griefs portés contre les chefs traditionnels dans leurs circonscriptions sont souvent très nombreux : ils ont trait au foncier avec l’accaparement des terres, la corruption, la violation des droits de l’homme… L’affaire de Baloum a pu faire le buzz grâce aux réseaux sociaux. On imagine toutes les autres dérives de certains chefs traditionnels contre leurs populations dans les entités dont ils ont la charge, mais que ces dernières préfèrent taire par peur de représailles. Combien de Camerounais perdent la vie dans les mêmes circonstances que Steve Achille Sijamo Deffo et son compagnon d’infortune sans que justice leur soit rendue. Nonobstant les titres dont sont parfois affublés leurs chefs, Majesté, roi de, sultan de… les chefferies traditionnelles ne sont pas des entités à part dans la République. Elles n...

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