« L’évasion fiscale impacte négativement l’économie nationale »
- Par Junior MATOCK
- 10 Jul 2026 08:36
- Likes
Alain Symphorien Ndzana Biloa, fiscaliste.
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié le 30 juin dernier, un rapport sur la transparence fis cale en Afrique en 2026. Le docu ment met en exergue la fraude et l’évasion fiscales au Cameroun. En tant qu’expert, quelle est selon vous, l’ampleur de ce phénomène dans le pays ? Le rapport de l’OCDE nous apprend que les 131 demandes de renseignement émises par le Cameroun en 2025 ont permis d’identifier 13,2 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires qui se seraient évaporées, soit 8,6 mil liards de F. Ce montant est largement en deçà de la réalité dans la mesure où l’évaluation est faite seulement sur la base des demandes de renseigne ments émises par la direction générale des Impôts et alors même que le Ca meroun n’a, ni atteint le plein régime en la matière, ni commencé l’échange automatique de renseignements. Le rapport de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique publié en 2013 révèle que les flux financiers illicites en provenance de ce continent et donc du Cameroun sont en grande partie alimentés par la fraude et l’éva sion fiscale internationale. Selon Gabriel Zucman, l’Afrique est la région du monde la plus affectée par l’évasion fiscale internationale avec une perte annuelle de recettes fiscales estimée à 1 % du Produit intérieur brut (PIB). Ramené au PIB du Cameroun en 2025, lesdites pertes s’évalueraient à plus de 360 milliards de F par an ; ce qui est énorme. Qu’est-ce qui favorise ces dérives dans le contexte camerounais ? La plupart des grandes entreprises et même des PME d’un certain niveau qui opèrent au Cameroun sont des filiales des multinationales occidentales, asia tiques et africaines qui exploitent à fond les montages juridiques et autres instruments pernicieux pour transférer indirectement leurs bénéfices hors du Cameroun notamment dans les paradis fiscaux. Il n’y a pas jusqu’à présent as sez de multinationales camerounaises qui exercent des activités dans d’autres pays ou d’autres continents et qui transfèrent indirectement leurs béné fices au Cameroun. En plus, certains champions économiques locaux qui émergent copient les multinationales étrangères en créant des filiales à l’étranger et en déplaçant même parfois le quartier général de leurs affaires hors du Cameroun pour les mêmes ob jectifs de transferts des bénéfices à l’étranger. Résultat des courses, les transferts de bénéfices se font à sens unique, c’est-à-dire du Cameroun vers l’extérieur. Comment un tel phénomène im pacte-t-il l’économie nationale ? L’évasion fiscale internationale fragilise les entreprises locales et impacte né gativement l’économie nationale. La valeur ajoutée réalisée s’évapore à tra vers les transferts indirects des béné fices à l’étranger. Le PIB du pays en pâtit. Conséquence, le Cameroun se contente de minables recettes fiscales prélevées sur des entreprises peu ren tables, de maigres salaires, des divi dendes insignifiants, et une consom mation correspondant au faible pouvoir d’achat. Ce phénomène réduit le niveau de revenus de l’Etat avec un taux de pression fiscale insuffisant de 14 %. La productivité de l’impôt sur les so ciétés est particulièrement impactée avec un ratio IS/PIB de 2,6 % en 2023. Le document révèle de nombreux acquis à mettre à l’actif du Came roun au cours de ces dernières années, notamment la création d’une unité d’échanges de rensei gnements au sein de la Direction générale des Impôts ; l’adoption de mesures visant à améliorer l’échange de renseignements. Ces efforts sont-ils suffisants pour lut ter efficacement contre ce fléau ? Le Cameroun est membre du Forum mondial sur la transparence et l’échange des renseignements à des fins fiscales depuis 2012. Notre pays a d’ailleurs eu le privilège d’accueillir la 10e édition de la réunion dudit forum &agra...
Cet article complet est réservé aux abonnés
Déjà abonné ? Identifiez-vous >
Accédez en illimité à Cameroon Tribune Digital à partir de 26250 FCFA
Je M'abonne1 minute suffit pour vous abonner à Cameroon Tribune Digital !
- Votre numéro spécial cameroon-tribune en version numérique
- Des encarts
- Des appels d'offres exclusives
- D'avant-première (accès 24h avant la publication)
- Des éditions consultables sur tous supports (smartphone, tablettes, PC)



Commentaires