« La reconversion doit être pensée comme une véritable chaîne »
- Par Lucien BODO
- 19 Aug 2026 09:22
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Dr Edouard Epiphane Yogo, géostratège, Université de Yaoundé II.
Quelle analyse faites-vous du dispositif de prise en charge et d’accompagnement de la recon version des anciens combattants et victimes de guerre au Came roun ? Le problème n'est pas l'absence de dispositifs, c'est leur capacité à fonc tionner de façon intégrée et à la hau teur des besoins créés par plus d'une décennie de crises sécuritaires cumu lées. Le Cameroun a construit, depuis 2011, une architecture institution nelle réelle avec la mise en place du secrétariat d'État à la Défense chargé des anciens combattants et victimes de guerre (SED/CACVG). À ses côtés, l'Office national des anciens combat tants, anciens militaires et victimes de guerre du Cameroun (Onacam) as sure des missions d'assistance so ciale et d'accompagnement à la réin sertion économique. Sur le plan budgétaire, le ministère de la Dé fense dispose d'un programme opé rationnel dédié, le programme 004 « Assistance, reconversion et réinser tion des anciens combattants et vic times de guerre », reconduit dans le triennat budgétaire 2026-2028. Concrètement, cela se traduit par des formations dans les filières agropas torales, à travers notamment le « Pro gramme Reconvertis ». Ce qui a changé récemment, c'est aussi le niveau politique de portage. La convention signée le 15 janvier 2026 entre le ministère de la Défense et le Fonds national de l'emploi pour la réinsertion socio-économique des anciens combattants et victimes de guerre traduit une évolution intéres sante : la reconversion n'est plus seu lement envisagée sous l'angle de l'as sistance sociale, mais comme une question qui touche directement à la défense nationale. C'est un déplace ment important, parce qu'il signifie que l'État commence à considérer la réinsertion comme une composante de la gestion stratégique de l'après- service et de l'après-conflit. La limite tient toutefois moins à l'existence des dispositifs qu'à leur portée et à leur articulation. Un dispositif conçu pour accompagner principalement des militaires arrivant au terme de leur carrière n'a pas nécessairement le même calibrage qu'un dispositif ap pelé à répondre à des besoins de ré insertion issus de conflits et d'enga gements sécuritaires prolongés. Il existe des initiatives de recon version professionnelle mises en place par le ministère de la Dé fense. Mais certains anciens combattants continuent à avoir du mal à trouver un bon équilibre dans leur retour à la vie civile. De votre point de vue, qu’est-ce qu’il faudrait améliorer pour que les mécanismes existants soient plus efficaces ? Le principal verrou n'est pas la forma tion, c'est ce qui se passe après la for mation. Former un ancien combattant à la pisciculture, à l'aviculture, à l'agri culture ou à l'entrepreneuriat consti tue une première étape nécessaire, mais elle ne garantit pas à elle seule une réinsertion durable. Le moment critique est souvent celui de l'instal lation. L'accès au foncier lorsque cela est nécessaire, au financement de dé marrage, aux équipements et aux in trants, mais également aux débou chés commerciaux. C'est pourquoi je considère que la reconversion doit être pensée comme une véritable chaîne : identification du profil, forma tion, installation, financement, ac compagnement, accès au marché, suivi et évaluation. La reconversion n'est donc pas un certificat, c'est un parcours. Il faut également améliorer la coordi nation entre les différents acteurs. Le SED/CACVG, l'Onacam, l'APME, le FNE, la Capef et les établissements de for mation disposent chacun de compé tences utiles, mais cette pluralité peut aussi créer un risque de disper sion si elle ne s'accompagne pas d'une coordination suffisamment lisi ble pour le bénéficiaire. L'ancien com battant devrait pouvoir savoir claire ment vers qui se tourner, quel accompagnement lui est destiné et à quel moment de son parcours il peut y accéder. Un dispositif de suivi indi vidualisé, ou à tout le moins un méca nisme de coordination clairement identifié me paraît donc essentiel. Il faut également accorder davantage de place à la dimension psycholo gique. Le retour à la vie civile après un engagement sur un théâtre d'opéra tions ne se résume pas à une ques tion de revenu. Il peut aussi impliquer des traumatismes, des handicaps, une rupture avec les repères profes sionnels et parfois des difficultés à re­...
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