« C’est un arbitrage permanent »
- Par Aïcha NSANGOU N.
- 18 Sep 2026 09:52
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Aubin Noubissi, expert en stratégie commerciale et relation client, Consultant.
Les magasins « cheap » sont en train d’ef fectuer une certaine percée dans l’environ nement camerounais. Comment appréciez- vous le phénomène ? Effectivement, c'est un phénomène qu'on ne peut plus ignorer. En quelques mois, ces magasins dits "cheap" se sont multipliés à Douala comme à Yaoundé, avec des surfaces de vente parfois considérables, dépassant les 5000 m2 pour cer tains d'entre eux. Je l'apprécie d'abord comme le symptôme d'un besoin réel du marché came rounais. Dans un contexte où le pouvoir d'achat des ménages est sous tension, l'offre d'un très grand nombre de produits du quotidien (maison, cuisine, déco, petit électronique …) à un prix unique et très bas répond à une demande concrète. Ce n'est pas un hasard si ces enseignes suscitent un tel engouement, notamment chez les jeunes, comme en témoigne leur viralité sur les réseaux sociaux. Mais c'est aussi un phéno mène à double tranchant. D'un côté, il démocratise l'accès à certains biens de consommation. De l'autre, il pose une question de fond sur la sou tenabilité de notre tissu commercial local : com ment un commerçant camerounais, qui importe en petite quantité et supporte des charges lo cales, peut-il rivaliser avec un opérateur qui pratique un sourcing direct usine-Chine à très grande échelle ? Donc mon appréciation est nuancée : c'est une réalité économique qu’il faut regarder avec lucidité, ni la diaboliser par réflexe protectionniste, ni la banaliser en fermant les yeux sur ses effets sur le petit commerce et l’artisanat locaux. Qu’est-ce qui peut motiver cette tendance ? Plusieurs facteurs se conjuguent, et il faut les regarder à la fois du côté de l'offre et du côté de la demande. Du côté de l'offre d'abord, il y a un accès direct et privilégié aux Chinois. Ces opé rateurs s'appuient souvent sur des réseaux déjà bien implantés. Des diasporas commerciales chi noises présentes au Cameroun depuis longtemps, qui maîtrisent les circuits d'importation, les pro cédures douanières, et disposent d'un capital suffisant pour acheter en très gros volume. Il y a ensuite une logique de modèle économique : ce n'est pas la marge à l'unité qui compte, c'est la rotation. On vend beaucoup, à très bas prix, sur un très large assortiment, plutôt que de chercher une marge confortable sur chaque ar ticle. Du côté de la demande, le contexte éco nomique camerounais joue un rôle central. Avec l'inflation et un pouvoir d'achat sous pression, le prix devient souvent le critère numéro un pour beaucoup de ménages, avant la marque, la qualité ou l'origine du produit. Le prix unique a aussi un effet psychologique fort : il simplifie la décision d'achat et donne une impression de transparence, même si elle est parfois trompeuse. Il y a enfin un effet de mode et de viralité, qu'on ne doit pas sous-estimer. Ces magasins investissent dans une expérience de shopping moderne : grandes surfaces, parking, éclairage soigné qui tranche avec le commerce informel traditionnel, et cela se diffuse très vite sur les réseaux sociaux où ces enseignes sont devenues un vrai phénomène de curiosité et de recom mandation entre jeunes consommateurs. Avec ces prix bas la qualité des produits est-elle toujours garantie ? Il ne faut pas se voiler la face. Un produit vendu à 500 ou 1000 F, une fois qu'on retire le coût de fabrication, le transport, la douane et la marge du distributeur, ne peut pas offrir le même niveau de finition, de matériaux ou de contrôle qualité qu'un produit vendu dix fois plus cher. Cela dit, il faut nuancer et éviter deux excès. Le premier excès serait de dire que tout ce qui est bon marché est nécessairement mau vais, ce n'est pas vrai. Sur certaines catégories, notamment les objets simples, le rapport qua lité-prix peut être tout à fait honnête pour un usage ponctuel ou peu exigeant. Le second excès serait de croire que le consommateur ca merounais est dupe : beaucoup savent très bien qu'ils achètent un produit à durée de vie limitée, et ils font ce choix en toute connaissance de cause, en fonction de leur budget et de leurs priorités du moment. Là o...
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