Des jeunes filles de valeur

I l suffit aujourd’hui de faire défiler le fil d’actualité de nos réseaux sociaux pour faire un constat sai­ sissant. De Yaoundé à Douala, en passant par toutes nos régions, une partie de la jeunesse féminine camerounaise semble avoir consenti à un pacte im­ plicite avec le virtuel : échanger la pudeur et l’effort contre quelques secondes d’attention. Tenues sug­ gestives, danses provocantes, nudité à peine voi­ lée… L’image de la jeune femme s’est peu à peu réduite à une marchandise numérique, exposée dans l’espoir de récolter des « j’aime », des abonnés ou le soutien de généreux bienfaiteurs virtuels. Par ailleurs, une nouvelle profession numérique prospère, celle d’influenceuse ou de « tiktokeuse », au regard des contenus quasiment sexuels, dans la recherche du buzz. Les sociologues qui se penchent sur cette préoccupation, parlent surtout de « la dérive de l’im­ médiateté et l’illusion du succès ». Car, dans un envi­ ronnement socio-économique complexe, où l’insertion professionnelle relève parfois du parcours du com­ battant, la tentation de la facilité devenant vive. Les réseaux sociaux sont devenus le miroir aux alouettes d’un succès facile . On y vend du rêve sans effort, une notoriété sans subs­ tance. Le message sous- jacent inculqué à ces jeunes filles devenant dévasta­ teur : « Pourquoi passer des années à étudier ou à apprendre un métier quand une tenue légère garantit une visibilité instantanée ? » En cédant à cette logique, beaucoup oublient que l’attention numérique est éphémère et volatile. Mais surtout, elle a un coût immense : la dépréciation de soi et l’érosion du respect d’autrui. Dans ce contexte, le combat semble dense et saillant : bâtir la force in­ térieure au-delà de l’apparence. En effet, construire une jeune fille forte, c’est d’abord lui enseigner que sa valeur ne se mesure ni au nombre de mentions « j’aime », ni aux regards masculins qu’elle suscite, mais à la force de son esprit, à sa rigueur et à ses as­ pirations. On ne le dira jamais assez, la vraie force de la femme camerounaise ne réside pas dans sa ca­ pacité à plaire à un algorithme, mais dans l’autonomie intellectuelle et financière. Acquérir un savoir-faire, maîtriser un art, exceller dans un domaine académique ou entrepreneurial. En outre, il faut une dose de ré­ silience. Comprendre que le succès durable s’édifie avec du temps, de la discipline, de la persévérance, et surtout de l’estime de soi. Le corps est le sanctuaire de sa personne, et non un outil de marketing pour attirer l’attention. L’histoire de notre pays s’est bâtie sur des figures fé­ minines courageuses, dignes et travailleuses. C’est cet héritage qu’il faut transmettre aux jeunes géné­ rations pour leur rappeler qu’aucun filtre ni aucune tenue n’égalera jamais la valeur d’un esprit bien struc­ turé. A cet égard, élever des jeunes filles fortes et dignes exige un engagement à tous les niveaux. D’abord au niveau de la famille. Celle-ci reste le premier rempart. C’est au sein du foyer qu’il faut réapprendre à féliciter les efforts et l’intelligence plutôt que la seule apparence physique. Ensuite, l’école et les mentors : il faut mettre en avant des modèles de réussite féminine crédibles et inspirants, montrer aux jeunes filles que des femmes réussissent brillamment par leur travail. La société et les médias ont également un rôle majeur, celui de promouvoir des contenus qui valorisent le mérite, le savoir-faire et l’éthique plutôt que le buzz éphémère. Il est préoccupant de voir quels « modèles de réussite » l’on célèbre et présente aujourd’hui. Il s’agirait malheureusement des profils aux contenus suggestifs, parfois égérie des marques. Les politiques publiques mettent l’ac...

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