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Théâtre: rapport de « Fin de mission »

Culture
Monica NKODO | 19-11-2017 21:18

Jouée en octobre dernier à Yaoundé et à Buea, cette pièce sur l’esclavage est le fruit d’une collaboration germano-camerounaise.

Mémoire d’esclavage. Un avenir est-il possible entre nations d’Afrique et d’ailleurs, compte-tenu des blessures causées par l’esclavage et la colonisation ? La pièce « Fin de mission », qui a livré quatre représentations au Cameroun le mois dernier, sort des tiroirs de l’histoire les zones oubliées de l’esclavage.

Aussi bien à Yaoundé, au Laboratoire de Théâtre OTHNI (les 21 et 22 octobre) et à l’Institut Goethe (le 25 octobre), qu’à l’IYA de Buea (le 29 octobre), la mise en scène germano- camerounaise a interrogé le passé de Bimbia et Manoka. Et les ombres du couloir du temps, venues de ces deux localités situées l’une au Sud-Ouest et l’autre au Littoral du Cameroun, ont un lot de secrets et de non-dits à déclamer.

Passerelles de nombre d’esclaves au moment de la traite négrière, Bimbia et bientôt Manoka, semblaient, jusqu’à tout récemment, n’avoir jamais existé.

Les hommes derrière « Fin de mission », Martin Ambara et Fabian Lettow, des compagnies de théâtre OTHNI à Yaoundé et Kainkollektiv de Bochum (Allemagne), dépoussièrent quelque chose de bien plus profond que ce souvenir. Avec surprise, l’idée de capitalisme est décryptée entre les lignes du texte, le jeu des acteurs et même l’occupation de la scène. Sur les planches, des chaises en plastique sont empilées, laissant peu d’espace à la respiration.

L’image renvoie à l’entassement des esclaves dans la cale de bateaux négriers quittant les côtes africaines pour l’inconnu. Plus d’esclaves, plus d’argent. Le profit, au détriment de la dignité humaine. « Le capitalisme est né avec l’esclavage », avis de Martin Ambara.

Les comédiens camerounais et allemands, parmi lesquels David Guy Kono, Edith Voges Nana Tchuinang, Pélagie Nga Alima, Antoine Effroy, Catherine Jodoin, se servent de ces chaises, éléments essentiels du décor, comme des béquilles de leur corps, de leurs mots, de leur esprit. Au théâtre, l’ennui, tel le diable peut surgir à chaque instant. Peu de risque de le voir débarquer dans cette pièce.

La vie y est permanente, entre les chants de revendication d’esclaves portés par le timbre puissant de Pélagie Nga Alima, des sonorités d’opéra classique du 17e siècle, la démonstration de l’orchestre qui accompagne les comédiens et des séquences-vidéos, films de l’exploration de Bimbia et Manoka par l’équipe du spectacle.

« Fin de mission » au final, c’est le rappel de la continuité : la colonisation, qui n’intervient que quelques décennies après la fin de l’esclavage n’est rien d’autre que son prolongement. Ce n’est pas la première collaboration des deux compagnies OTHNI et Kainkollektiv.

En 2013, elles se liaient autour de « Fin de machine/Exit Hamlet », une autre pièce sortie des ruines de l’esclavage et de la colonisation.

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