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Eséka revit

24 heures
Alfred MVOGO BIYECK | 24-11-2017 01:47

 Le Contexte

Frappé de plein fouet par la catastrophe ferroviaire du 21 octobre 2016, le chef-lieu du Nyong-et-Kelle se relève sur de l’or.

Mercredi dernier à Song Matip. Le temps est maussade. Le ciel est gris et annonciateur de pluie. Au bord de la route en mi-journée, il faut négocier ferme avec un orpailleur-guide pour accéder au lieu d’exploitation, et se montrer persuasif.

Depuis quelques jours, ils sont devenus méfiants envers les visiteurs. Résultat, une espèce d’omerta a été érigée. Après un conciliabule serré, nous voilà sur un chemin boueux et glissant.

Sur le site d’exploitation, le spectacle qui s’offre à notre vue est ahurissant. Des trous partout. Et au milieu, des hommes et des femmes de tous âges, la boue de la tête au pied, s’y activent. Au milieu d’arbres et déchets végétaux de toute nature.

Ici, on creuse et évacue la terre, là on la retourne pour ensuite la tamiser, dans l’espoir de trouver quelques précieuses pépites.

Et ça crie, chahute, blague, rigole et… s’énerve quelques fois aussi, dans une ambiance somme toute, bon enfant. Il nous est très difficile, impossible tout simplement, de piper mot des dialogues en cours.

Normal, plus du trois quart des ouvriers à Song Matip sont des étrangers (Tchadiens, Centrafricains, Nigériens, Nigérians) pour la plus part. Au bord des trous, un petit commerce s’est créé. Des femmes vendent de la nourriture, de la boisson, des cigarettes et du whisky en sachet.

De temps à autre, un orpailleur prend sa pause et s’offre un plat de nourriture ou un rafraîchissant à sa guise, au milieu de la gadoue. Pour l’hygiène, on repassera plus tard. Le temps passe.

Des pépites sont trouvées, sans effusion de joie, et précieusement ensachées dans de petits plastiques. Comme si de rien ne se passait. La récompense après les efforts. Malgré la cacophonie apparente, se joue pourtant, une symphonie que seuls les orpailleurs maîtrisent.

Retour sur le bord de la route. A l’abri des oreilles et des yeux indiscrets, dans un bistrot, un orpailleur chef d’équipe, négocie avec des acheteurs venus de Douala ou Yaoundé.

Discrètement. La transaction conclue, les acheteurs repartent comme ils sont venus, mais délestés de quelques billets de banque. Le gramme d’or se vend ici entre 25 et 30 000 F. Ce qui se passe après, nous n’en saurons rien. Si ce n’est que le chef d’équipe, le propriétaire du terrain et le chef de village toucheront chacun un pourcentage.

Le reste ira à l’équipe. Quant à la ville, il n’est nulle part fait mention d’elle. Un oubli coupable qu’il faudra réparer. Pour que l’or d’Eséka, découvert et exploité clandestinement depuis deux ans par un natif du coin, plus connu sous le petit nom de « Rasta », profite vraiment à toute la communauté.
 

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