« Un seul livre sera dorénavant enseigné par matière »

24 heures
Marie Christine NGONO | 27-11-2017 10:43

L'explication

Marcelin Vounda Etoa, Professeur,  éditeur et critique littéraire.

Le 23 novembre 2017, le Premier ministre Philémon Yang a signé trois textes relatifs au manuel scolaire et au livre. Pouvez-vous nous les présenter ?
Il s’agit d’une circulaire et de deux décrets. La circulaire constate des « dérives » dans le secteur du livre et du manuel scolaire qui compromettent nos ambitions et projets de développement. Elle rappelle ensuite les prérogatives de l’Etat en matière d’éducation.  Enfin, et c’est le plus important, sans remettre en cause le principe de la libéralisation du secteur, le gouvernement décide de revenir à l’utilisation d’un seul livre par matière et par niveau d’étude, sur toute l’étendue du territoire, de la maternelle à la fin du secondaire.  Par ailleurs, les livres ainsi retenus vont rester dans les programmes pour une durée de six ans renouvelable. Autre chose importante : le gouvernement garantit la gratuité de cinq livres au moins pour le cycle primaire à tous les enfants inscrits dans les écoles publiques.

Les décrets sont-ils aussi révolutionnaires que la circulaire du Premier ministre ?

Le mot « révolution » est juste pour qualifier ces trois textes. Le premier décret concerne le Conseil d’agrément des manuels scolaires et des matériels didactiques. L’ancienne structure du même nom avait été créée par un arrêté qui, dans la hiérarchie des textes juridiques, est inférieur au décret. Du point de vue de sa composition et de ses missions, le Conseil d’agrément issu du décret du chef du gouvernement apparaît comme une instance très sérieuse. Alors que les missions de l’ancien conseil tenaient en huit points, le décret de 2017 les décline en 17 points dont le premier est l’élaboration d’un programme d’action et dont le moindre n’est pas l’obligation de rendre publics les critères de choix des manuels. Le nombre de membres du Conseil passe de 37 à 47 et leurs profils sont plus conséquents. La composition du Conseil qui était jadis constatée par une décision ministérielle l’est désormais par un arrêté du Premier ministre qui en nomme le  président et le vice-président. Le décret rappelle qu’un seul livre sera dorénavant enseigné par matière et par niveau d’étude dans tout le pays pendant six ans.

Y-a-t-il un lien entre le deuxième décret qui crée la Commission nationale chargée du suivi et de l’évaluation de la mise en œuvre de la politique nationale du livre, du manuel scolaire et autres matériels didactiques et la rencontre de Yaoundé des 22 et 23 novembre à l’initiative conjointe de l’Ompi et du Minac ?

La concomitance de la tenue de cette rencontre et la publication de ce décret,  si elle est une coïncidence, est très heureuse. Le Premier ministre qui a présidé la cérémonie d’ouverture de la rencontre de Yaoundé devant un aréopage de personnalités est aussi le signataire du décret sur la politique nationale du livre. Le livre et l’édition n’ont jamais été honorés à un niveau aussi élevé. Il est important qu’on s’intéresse au manuel scolaire mais aussi à la littérature générale parce qu’on va à l’école pour apprendre à lire afin, après l’école, de lire pour apprendre. Une politique du livre ne peut être élaborée et pilotée qu’au niveau du chef du gouvernement, parce qu’il s’agit de fédérer les actions de tous les ministères dont les prérogatives et les missions ont partie lié avec le livre : culture, finances, transport, éducation, commerce, etc. Sans cette coordination, les actions par ministère demeurent sectorielles.
 

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