Cameroon-Tribune

Au nom du pacte de confiance

Editorial
Marie-Claire NNANA | 02-01-2018 13:20

Voici un message de fin d’année qui était attendu et espéré pour des raisons compréhensibles. Le chef de l’Etat a choisi, pour le délivrer, une tonalité tout en sobriété. Pas d’annonces tonitruantes, pas de grands concepts à digérer, mais la calme assurance d’un leader qui garde le cap dans un moment difficile. Un homme d’Etat proche des préoccupations des gens ordinaires, dont il évoque les difficultés concrètes : factures impayées par l’Etat, accès à l’eau et à l’électricité, assurance maladie universelle. Et les réponses qu’il y apporte. Un discours traditionnel donc, mais qui tranche avec les précédents par le contenu et le ton. Tout le monde se souvient encore des envolées pédagogiques du chef de l’Etat, de son ton martial, à l’exaspération à peine contenue, de ses diatribes contre le manque d’initiative de certains ministres, contre la lenteur d’exécution des projets et réformes, l’insuffisance des résultats. Le tout assorti de rappels à l’ordre secs à l’endroit de ses hauts mandataires… A quelques mois d’échéances électorales importantes, et dans un contexte socio-économique particulier, on peut considérer que cette différence de tonalité est en elle-même un message, pouvant être résumé en quelques mots : il faut savoir raison garder. Face à la crise économique, face à la menace terroriste, face à la situation dans le Nord-Ouest et le Sud- Ouest. Mais aussi, face à ceux qui, au Cameroun et ailleurs, répandent la sinistrose. La posture présidentielle est pourtant loin d’être un déni de réalité. Sa sérénité relève plutôt d’un signe d’apaisement du capitaine de navire, sûr d’avoir balisé la voie pour avancer vers le port malgré une mer agitée.

Cette mer agitée, c’est en premier lieu le ralentissement économique en zone CEMAC, plus ou moins accentué selon les pays, conséquence de la chute des prix des matières premières. Mais le Cameroun, leader économique de la zone, a déblayé la voie du redressement en convaincant ses voisins de travailler ensemble, sous la houlette du Fonds monétaire international.

En mettant également en place au plan interne des mesures de sauvegarde multisectorielles et des pare-chocs qui permettent d’envisager la sortie du tunnel à brève échéance. Cette anticipation stratégique et la diversification bien établie de notre économie, ont permis de garder la situation sous contrôle et de renouer dès l’année 2018, avec une croissance économique plus vigoureuse.

Autre épouvantail dans l’air du temps : le terrorisme. En vérité, le terrorisme est bel et bien une menace lancinante pour notre population, mais aussi pour la stabilité et le progrès du pays. A cette inquiétude justifiée, le président de la République oppose les succès éclatants engrangés par les forces de défense et de l’ordre dans la lutte contre ce fléau mondial. Ces succès, acquis en partie grâce à la collaboration des populations, ne doivent toutefois pas nous griser et nous endormir.

Quant à la persistance des troubles dans les régions du Nord- Ouest et du Sud-Ouest, aggravée par la radicalisation de certains éléments, le président de la République rappelle qu’il agit sur quelques leviers essentiels : la restauration de l’ordre, « sans faiblesse mais sans excès », à travers la traque des criminels; et surtout le dialogue, porté par diverses instances, dont le gouvernement, et lui-même. Ainsi, pendant que l’opinion publique se perd en conjectures sur les formes et les acteurs possibles du dialogue, Paul Biya révèle qu’il a sur ce sujet épineux, mené des consultations et compilé de multiples avis et suggestions. A l’abri des regards et du ramdam médiatique. N’est-ce pas Buffon qui disait dans un aphorisme devenu célèbre que « Le style, c’est l’homme même » ? Peu porté sur la mise en scène médiatique qui, dans certains cas, relève du voyeurisme et nuit à l’efficacité de l’action, Paul Biya est resté fidèle à luimême et à son style : discret, avare de mots, assumant volontiers la solitude du pouvoir au moment de trancher sur les questions graves.

L’accélération du processus de décentralisation est le troisième levier sur lequel entend jouer le président de la République afin de redonner aux régions et aux exécutifs communaux en particulier ceux du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, la maîtrise du développement local. Pas seulement parce que les Francophones, gouvernés hier par la France selon la méthode « assimilationniste », s’accommoderaient d’un pouvoir centralisé mieux que les Anglophones, produits de l’« Indirect rule» anglais. Mais également, parce qu’il s’agit là d’une disposition constitutionnelle, et qu’il est grand temps de la mettre en oeuvre. Au gouvernement de se mettre au travail pour que les Camerounais voient bientôt son aboutissement. Auparavant, de nombreuses mesures avaient été prises en réponse aux revendications des syndicats d’enseignants et d’avocats. D’autres sont, selon une revélation du chef l’Etat, à venir… Si le message du président de la République invite à la confiance, c’est aussi parce qu’il sait que malgré les vents contraires qui soufflent sur l’oeuvre de construction nationale, il a trouvé une parade efficace, et il garde le cap sur son projet : ériger une démocratie apaisée, doublée d’une économie moderne et solide, qui assure le progrès social.

Ce message nous apparaît in fine comme une tentative de remise en confiance et en ordre de bataille à la veille de grands rendez-vous, le prétexte d’une catharsis collective rendue nécessaire par divers traumatismes récents subis par les Camerounais, dans un pays qui n’a pas connu d’épisode notable de violences et de rejet intercommunautaires à grande échelle. Cette parole présidentielle a manqué aux Camerounais, il faut bien le reconnaître, dans un contexte de grand désarroi. De fait, en rassurant ses compatriotes sur sa détermination à conduire le destin du pays vers des rives plus lumineuses; en démontrant par les faits qu’il n’y a aucune menace sur le pays qu’il ne puisse juguler ; et que tout, absolument tout, est sous contrôle, cette parole contribue à jouer un rôle cathartique.

Oui, notre capitaine n’a pas changé, même si le monde autour de nous paraît plus instable. Il est au gouvernail, à la manoeuvre, fort de son expérience et accroché à son plan de navigation. Oui, nos institutions sont solides et ne se renverseront pas au premier coup de vent. Et nous pouvons avancer vers l’avenir, fiers et conquérants, au nom du pacte de confiance scellé avec le capitaine d’un si beau navire nommé «Cameroun».

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5 commentaire(s)

    1 a écrit le 2018/08/19 23:59:56 :
    vega
    1 a écrit le 2018/08/19 23:59:56 :
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