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« Il faut laisser Dieu travailler en priorité »

24 heures
Jeanine FANKAM | 10-01-2018 11:43

L'explication

Mgr Dieudonné Espoir Atangana, évêque de Nkongsamba, président de la commission épiscopale pour le clergé et les missions de formation.

Comment cerne-t-on la sincérité de l’appel sacerdotal chez les candidats qui veulent devenir prêtres ou religieux ?

La vocation sacerdotale ne se cerne pas aussi facilement qu’on le croit. Cependant, il y a un ensemble d’indices et des éléments qui se combinent. Généralement, le jeune ressent une forte envie de se consacrer à Dieu et en parle autour de lui. Le rêve dans le cas d’espèce peut être exceptionnel. Dans la plupart des cas, c’est cette forte pression interne que certains ressentent très tôt. Quand cela parvient à l’Eglise, elle prend ce projet en germe pour procéder au discernement et accompagner le concerné. Néanmoins, des histoires sont nombreuses dans les familles où ce sont les parents qui inventent et imposent "l’appel" à leurs enfants. Ils décident que tel doit s’engager. Certains ont souvent terminé le parcours de formation avant de se rendre compte que leur "sacerdoce" était instruit par un tiers et qu’ils n’ont fait que le subir. Comme le contexte ne permet pas toujours de faire le métier de ses rêves, la prêtrise est devenue pour d’autres, un refuge pour fuir le chômage. Il faut faire attention. Il est impératif de laisser le candidat exprimer son désir et surtout laisser Dieu travailler en priorité pour nous aider à discerner le bon grain de l’ivraie.

Comment expliquer que c’est au bout de la formation que l’Eglise découvre parfois des cas de « fausse vocation »?

L’homme est un mystère. Il est divers et ondoyant. Certains savent cacher leur vrai visage. Mais un encadrement perspicace devrait permettre au formateur de savoir qu’il y a quelque chose qui ne marche pas ou des choses à corriger. Dès qu’on s’aperçoit que la personne n’est pas faite pour cette destinée, on avise. La formation joue donc un grand rôle dans le discernement des vocations. Elle est découpée en trois grands aspects : humain, intellectuel, spirituel et pastoral. Ces aspects constituent le socle d’une solide formation. Ce serait par exemple dommage que la société dise d’un prêtre qu’il n’est pas "un homme". Dans les Grands séminaires, il y a le principe des trois « S » qui s’impose à tous les candidats : santé, sainteté, science. C’est tout cela mis ensemble qui permet au pasteur de se déployer.

Après le travail de contextualisation du Ratio Fundamentalis, qu’est-ce qui va changer dans la formation sacerdotale ?

Le contexte socio-culturel a beaucoup évolué. Aujourd’hui, il y a des réalités qui étaient inexistantes à une époque ou alors on n’en parlait pas : les nouvelles technologies de l’information et de la communication connaissent une véritable percée. La question de mariage pour tous est là, l’homosexualité pose de nouveaux problèmes, les migrations interpellent les consciences, etc. Alors la congrégation pour le clergé et les établissements de formation ont travaillé avec la base et le magister de l’église pour faire des réajustements nécessaires. C’est ce qui a conduit à la production en 2016 de la nouvelle Ratio Fundamentalis, base du travail de la réunion des évêques à Yaoundé. Tous ces problèmes conditionnent la formation des religieux, car sur le terrain, il faut les affronter. On insiste sur la dimension missionnaire et il faut être préparé en conséquence. La Ratio Fundamentalis, universelle, doit toutefois être adaptée au contexte des pays. Les évêques du Cameroun vont proposer une "Ratio" nationale qui sera envoyée à Rome.

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