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«Cette tragédie musicale n’est pas une comédie»

Culture
Sorèle GUEBEDIANG à BESSONG | 19-01-2018 11:43

Sally Nyolo, artiste-musicienne, ambassadrice de bonne volonté de l’Unicef.

Depuis un certain temps, vous dénoncez le mariage précoce des enfants. Comment est-ce que vous menez ce combat ?

On dit que la musique adoucit les moeurs. Et ce n’est pas un dicton, mais une réalité. Il faut le voir quand on se porte bien ou pas, on fredonne. Comme pour dire que, la musique est un médicament parce que quand on a quelque chose à dire, on peut le faire en musique. J’ai toujours dit que le Bikutsi est un rythme né des femmes. Dans la région du Centre dont je suis originaire, les femmes Bétis, Bassas, Boulous, Ewondos, avaient une façon de se dire des choses. Elles faisaient des cercles et se mettaient au courant des faits importants de leur vie. Notamment de leur mariage, bref de leur quotidien. La musique est donc un tremplin pour nous mettre au fait de nos choses. Alors, J’ai essayé de faire un point sur ce qui se passe et depuis la nuit des temps, le mariage des enfants préoccupe. C’est une espèce de tradition qu’il faut regarder aujourd’hui avec le monde moderne qui avance. Nous les femmes aspirons à cette modernité et cela pose des questions à l’instar de pourquoi ne pas laisser un peu de temps à nos petites filles pour se développer, se former avant de se marier ? Ma mère s’était mariée avant l’âge de 18 ans. On a dû lui rajouter sur son état civil deux ans. Elle me l’a toujours raconté et aujourd’hui, je me rends compte que c’était un sacrifice pour elle.

Quelle est l’ampleur du phénomène au Cameroun ?

L’année dernière, j’ai été nommée ambassadrice de bonne volonté de l’Unicef pour ce dossier en profitant de la CAN féminine pour sortir avec les banderoles et c’était important de voir que tout le Cameroun était derrière pour dire non au mariage des enfants. Je suis allée à l’Est du Cameroun et j’ai rencontré, vu et parlé avec les directrices d’école qui commencent l’année scolaire avec un nombre de filles mais qui en fin d’année constatent qu’il n’y en a plus autant. Parce qu’en cours de chemin, on a préféré, pour de sombres raisons, les enlever de l’éducation. Ce problème n’est pas propre au Cameroun. En me penchant sur le dossier, je me suis rendue compte qu’il est mondial. A l’Etat de New-York, 17 millions de petites filles blanches sont mariées comme nous ici à l’âge de huit ans ou dans le ventre. Je vais me poser au Cameroun pour monter cette tragédie musicale qui n’est pas une comédie. Comme la musique allège, nous soulage, nous y trouverons l’humour pour rire de nous-mêmes. J’ai écrit un album de 18 titres, un engagement personnel qui doit être le support de cette tragédie musicale qu’on crée au Cameroun et qu’on va jouer partout dans le monde. J’ai invité des artistes de renom.

Vous êtes aussi engagée dans l’autonomisation de la femme. Pourquoi toujours la femme?

Depuis mon premier album en 1996, je me suis produite moimême, y compris les arrangements. Je n’ai pas trouvé de maison de disque au moment où je voulais faire des maquettes, j’avais la chance d’avoir un manager qui m’a donné un conseil. Il m’a dit deviens ton propre chef d’entreprise et ça fait 20 ans que j’ai créé mon entreprise. Elle existe au Cameroun à Fébé village qui est un point de rencontre entre artistes ; pas seulement les artistes femmes, parce que je ne suis pas féministe. Notre monde doit être composé des hommes et des femmes. Pour que l’enfant vienne au monde, il faut les deux tout comme lorsqu’il lui faut une éducation sérieuse. Il faut que la femme se prenne en main. Pour cela, il faut qu’elle ait confiance en elle. Et la discussion doit se faire avec les hommes parce que toutes seules, nous n’allons pas réussir à aller plus loin. Avec les TIC, la femme en milieu rural a besoin de s’éduquer un peu plus, pour que cette autonomisation soit effective. Il faut savoir que les chefs d’entreprises sont majoritairement des hommes et il faudra leur complicité et leur compréhension pour que cette parité soit effective.

Des concerts à Yaoundé et Douala. Pourquoi pas à Maroua, Garoua où le phénomène est ancré ?

Je formule la demande de me donner les moyens de le faire à travers cette opportunité qui m’est offerte. Je voudrais le faire dans tout le Cameroun et même partout en Afrique où ce problème se pose. Je suis disponible tout au long de cette année pour ce dossier. J’ai composé tout un album et j’y ai investi comme un chef d’entreprise l’année dernière. Je voudrais aller sur le terrain. Aidez- moi, donnez-moi la capacité, ouvrez-moi les chemins, faitesmoi rencontrer mes soeurs, mes filles, nos officiels pour qu’on puisse discuter. On a besoin de tout le monde.

De quoi parle cette tragédie musicale?

Je me suis appuyée sur nos traditions. En tant que musicienne, je rêve. J’ai imaginé que le Mvet Oyeng, un de nos instruments traditionnels était venu sur terre transmis par nos ancêtres. Pour qu’on écoute les messages qu’il nous donne et le principal message de cet instrument, c’était éduquer les hommes à ne jamais marier leurs enfants avant l’âge de la majorité. Et j’ai mis en scène ce Mvet Oyeng et cette tragédie musicale s’appelle Za’a Yene, qui raconte l’histoire d’une petite fille qui est mariée depuis le ventre de sa mère à un grand chef, Messi Me Nguini. Mais malheureusement, le jour où il frappe sur le mur, Za’a Yene est enceinte de cinq enfants à neuf ans. Une des conséquences du mariage précoce, parce que nos petites filles meurent, leur corps n’étant pas prêt à accueillir un bébé.

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