« Ce sont les avatars du monde virtuel et artificiel »

24 heures
Jeanine FANKAM | 25-01-2018 07:55

 L'explication

Dr. Henri Tedongmo, Sociologue, Université de Yaoundé I.

Comment expliquer sur le plan sociologique, la prolifération des fake news !?

L’explosion des fake news est la manifestation d’une nouvelle manière de produire l’information à l’ère des nouvelles technologies de l’information et de la communication qui ont libéralisé les sources d’information. Du coup n’importe qui pense qu’il peut se constituer en source d’information. L’objectif étant d’être le premier à diffuser une nouvelle, vraie ou fausse, peu importe. Et quand bien même, il n’y a rien de fondé à la base, cela importe peu à leurs propagateurs. L’essentiel pour eux étant d’être à l’origine de la propagation de l’information incriminée. Les TIC donnent à l’esprit une fécondité imaginative sans limite. Il faut donc montrer qu’on est plus inventif que les autres, même si c’est négativement. N’oubliez pas que nous sommes dans le monde du virtuel, de l’artificiel et forcément le monde du mensonge. Ceux qui diffusent les fake news sont des produits de ce système du tout permis qui donne la possibilité à tout individu de dire ce qu’il pense sans être inquiété pour ce qu’il a dit. Tout cela fait partie de la post-modernité.

Quelles peuvent être les motivations des auteurs des fake news ?

Avec le virtuel et le mode de pensée y relatif, les fake news produisent une satisfaction, non pas parce que l’auteur a réussi à détruire sa victime, mais davantage parce qu’il a contribué à la fabrique de l’artificiel et du mensonge. Il ne faut pas voir cela selon les grilles classiques  de production de rumeur. Il ne s’agit même pas ici de rumeur, encore moins du commérage. Le fake news fait partie de l’idéologie de la nouvelle ère de l’information construite sur les artifices. Le bénéfice ne répond pas ici d’une volonté de nuire. On est dans l’univers de la libre expression où chacun dit ce qu’il pense, peu importe si ce qu’on dit est fondé ou pas. Dans un tel contexte l’auteur du  fake news est sans état d’âme. De l’autre côté, les acteurs politiques et les médias s’en approprient, s’en émeuvent et s’en montrent frileux. Ce sont ces derniers qui donnent de la consistance aux fake news. Car en réalité, un fake news en soit n’a aucune importance. Mais une fois qu’il passe du média informel au média officiel, il prend la valeur de l’information et peut avoir des répercussions sur le plan social.  L’environnement camerounais marqué par des échéances politiques futures et leurs enjeux prêtent l’occasion à une instrumentalisation politique et sociale des fake news. Ces fakes news se nourrissent de la peur du politique et le politique se nourrit de la force du fake news.

Comment limiter leur propagation, à défaut de les éradiquer ?

Sur le plan juridique, il existe un arsenal de dispositions qui permet de poursuivre un individu qui divulgue de fausses informations. Le travail à faire se situe au niveau du public qui doit revoir son intérêt à accorder de l’importance aux fakes news. L’autre problème, c’est l’officialisation de ces informations, souvent relayées par des médias supposés sérieux selon la technique du copier-coller, sans aucun effort de recoupement. Il convient de noter toutefois que l’arsenal juridique évoqué plus haut est socialement désincarné et pas du tout arrimé à l’évolution des nouvelles sources numériques de production de l’information. Ce qui rend même difficile de remonter jusqu’à l’auteur. Les acteurs des réseaux sociaux ne prennent pas véritablement conscience du danger qu’ils courent en diffusant une information sans s’assurer de sa fiabilité.

 

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