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Une certaine obsession du scoop

24 heures
Grégoire DJARMAILA | 25-01-2018 07:58

Le contexte

 La montée inquiétante du « fake news » est un effet pervers de la percée des réseaux sociaux.

Ils n’ont certainement pas le talent d’Edward Snowden ou de Julien Assange,  le fondateur de Wikileaks, mais les lanceurs d’alerte camerounais font feu de tout bois. Avec une force de frappe inégalée, ils inondent au quotidien les réseaux sociaux avec toutes sortes d’informations d’ici et d’ailleurs, des plus utiles aux plus futiles. 

Les « fake news », l’intox et la prolifération des informations à caractère haineux sont des externalités négatives de la révolution numérique. Au Cameroun par exemple, le taux de pénétration de l’Internet a connu, en quelques années, une forte progression, passant de 10% en 2015 à 21% en 2017 (selon une estimation de de l’Union internationale des télécommunications (UIT)).

Ce grand bond en avant est favorisé par la démocratisation des Smartphones qui permettent à leurs utilisateurs d’avoir facilement accès aux produits du web. Depuis lors, le cyberespace national s’est beaucoup métamorphosé sous l’effet conjugué de l’émergence des médias sociaux, de la croissance exponentielle des internautes et des technologies mobiles.

Le fameux phénomène de la «génération tête baissée» ou «génération androïde» est une réalité palpable au Cameroun, surtout dans les grandes agglomérations. Désormais les médias classiques ne sont plus les seuls détenteurs du pouvoir de diffusion de l’information. 

Derrière son PC, sur l’écran de son smartphone, chacun joue le rôle de journaliste. Les plus futés, les lanceurs d’alerte s’arrogent le pouvoir de pourvoyeurs d’informations estampillées « Alerte », « Breaking news ». Dans leur folle course au scoop, ils combinent toutes sortes de pratiques, des plus perverses aux plus imaginaires. Leur récit des faits qui emprunte aux techniques de storystelling ne va faire tiquer le consommateur même le plus sceptique.

Pour certains observateurs, ce phénomène est favorisé par l’absence ou la faiblesse des lois qui encadrent les activités sur l’internet et sur les réseaux sociaux. Au Cameroun, les lois existantes ne contiennent pas des dispositions spécifiques pour encadrer les communications via les réseaux sociaux.

Si le Code pénal réprime « la propagation, la publication, la diffusion ou la reproduction, par quelque moyen que ce soit, de nouvelles fausses », il est difficile pour la police et le magistrat d’identifier les auteurs de ces informations délibérément fausses lancées sur les réseaux sociaux, la plupart utilisant des faux profils ou agissant à mille lieues des victimes.

 Ailleurs, des initiatives sont envisagées pour limiter cette dérive. L’Allemagne a adopté une loi drastique qui oblige Twitter, Facebook et YouTube à supprimer les contenus indésirables en vingt-quatre heures, sous peine d’amendes pouvant aller jusqu’à 50 millions d’euros. En France, le président de la République, Emmanuel Macron a annoncé une loi qui lutterait contre les « fake news » pendant la période électorale.

De leur côté, les Etats-Unis, encore sous le choc après les révélations sur l’ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016, tentent de tirer les leçons de la vente d’espaces publicitaires sur les réseaux sociaux à des faux comptes russes.
 

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