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« Le musicien doit apprendre de la culture de l’autre »

Culture
Monica NKODO | 26-02-2018 13:38

Rass Nganmo, leader du groupe “Love N’ Live”.

Cinq mois à partager et à échanger avec des musiciens du Maghreb. Comment avez-vous vécu cette aventure ?

Au début c’était très dur, car le Maghreb est très différent comme environnement. Il est très islamisé, et pour plusieurs choses, ils ont des approches différentes. Le vendredi par exemple, est jour férié à Alger, et le dimanche, tous les bureaux sont ouverts. Mais nous y allions pour apprendre d’eux. Nous avons dû nous faire violence. Depuis plus de trois ans que Love n’Live existe, on a toujours essayé de ne pas rester dans notre zone de confort, de se laisser bousculer pour savoir ce que l’autre apporte parce qu’il est différent. Le plus dur dans un pays comme le Maroc était d’abord sur le plan alimentaire, car il mange très sucré. On était également confrontés à cette tendance qu’ont les gens dans ces régions-là de coller une étiquette de migrants aux étrangers. Notre séjour était particulièrement complexe quand il fallait faire des spectacles de rue. Nous avons appris de ces différences, de comment un pays peut se développer à l’aide du tourisme.

Love N’ Live embrasse nombre de cultures dans sa musique. Comment abordez-vous cette notion de partage ?

Je suis né d’une famille de neuf personnes. Ainsi, j’ai appris que si quelqu’un est différent, il est une bénédiction pour toi. J’ai grandi en sachant apprécier les autres parce qu’ils sont différents. Dans l’univers de la musique, on est amené à se confronter au choc des cultures, et en tant qu’artistes, on est obligés d’aller vers l’autre pour observer et voir comment est-ce qu’il aborde la musique. Nous sommes une mosaïque de cultures très différentes au Cameroun. Nous parlons au moins 260 langues, donc c’est 260 façons d’aborder la musique, de la vivre et de la partager avec les autres. C’est très exaltant.

Votre groupe connaît cette diversité spécifique au Cameroun. Est-il difficile de la transmettre à votre public ?

Nous voulions que les gens rentrent chez eux en se disant que nous n’étions pas à un concert, mais nous avons fait un concert. Il fallait étudier et rentrer dans nos cultures. Dans les spectacles de Love N’ Live, on part sur une notion de participation. C’est par exemple le public qui va faire les choeurs, ou se joindre à nous sur des séances rythmiques, en tapant dans les mains ou en mimant les paroles. L’orchestre peut se greffer dessus. Nous le faisons pour que notre public se dise que ce n’est pas la musique de Love N’ Live, mais c’est notre musique. Les membres de Love n’ Live sont originaires des quatre aires géographiques. C’est pourquoi on peut voguer du makossa, au bikutsi, en passant par le magabeu, entre autres. Si la musique n’est pas don de soi, il ne faut pas la faire.

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