Le président à l’offensive

Editorial
Marie-Claire NNANA | 05-03-2018 12:42

Attendre le remaniement du gouvernement et spéculer sur les personnalités entrantes et sortantes est devenu l’une des occupations favorites des Camerounais, une véritable addiction. Celle-ci est nourrie par des fuites organisées, marinées aux affabulations médiatiques et même à une certaine aversion des élites. A force de focaliser les attentes et de ressasser les passions et les opinions sur un exercice qui relève avant tout de la discrétion du chef de l’Etat, les Camerounais courent le risque d’être souvent déçus par l’événement lorsqu’il se produit. Qu’importe ! La déception et la surprise vite digérées sont souvent remplacées par la fièvre d’une nouvelle attente, compulsive et animée, presque irrationnelle…

Pourtant, comme on le voit, le réaménagement du gouvernement de vendredi dernier, bien que n’étant pas de forte amplitude, a marqué les esprits et les débats. Et pas seulement à cause de l’effet de surprise et du contexte. Paul Biya a en effet choisi l’heure du dîner, à l’entame d’un weekend qui s’annonçait plutôt tranquille. Au moment même où l’opinion publique supputait qu’aucun remaniement ministériel n’était logiquement envisageable, en considérant la proximité des élections. Mais les populations, parce qu’elles affectionnent cet exercice, ont été attentives aux changements que le chef de l’Etat a apportés dans l’équipe gouvernementale.  Il s’y dégage un double sentiment :

Primo : il n’y a plus de territoire définitivement conquis. En effet, le poids politique des personnalités sorties du gouvernement, l’importance stratégique de leur portefeuille, montrent bien que pour le président de la République, il n’y a qu’un impératif : le progrès et l’unité du Cameroun, le mieux-être des Camerounais. Face à cet impératif, toutes les autres considérations apparaissent négligeables. Superfétatoires. Les ministres dans cette vision, sont comme « les serviteurs inutiles » dont parle la Bible : appelés au service, ils doivent jouer leur partition du mieux qu’ils peuvent et ne pas se croire indispensables.

Secundo : Il n’est plus de dogme en matière de gouvernement. Notamment en ce qui concerne le profil et la configuration de l’équipe ministérielle. Deux dogmes en particulier ont été progressivement battus en brèche par le chef de l’Etat. Celui de l’administrateur civil ministrable par vocation et celui de la taille du gouvernement. Dans une conception qui paraît relever du fétichisme, la tradition camerounaise a ainsi privilégié les diplômés de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature dans le choix des ministres. La cuvée 2018 des entrants au gouvernement consacre l’option de la diversité, conçue comme une richesse et un gage d’efficacité. On y distingue pêlemêle des politiques, des universitaires, des diplomates, des journalistes et des ressortissants du secteur privé, aux côtés des administrateurs civils.

Quant au caractère supposé pléthorique de l’équipe, tout n’est-il pas fonction de l’environnement et du résultat poursuivi ? En créant le ministère de la Décentralisation et du Développement local, le président de la République ajoute certes une taille au précédent gouvernement que les observateurs jugeaient déjà passablement enrobé. Mais il esquisse, ce faisant, une réponse forte à une problématique ciblée : la critique d’une trop grande centralisation du pouvoir.

De fait, dans le contexte des tensions socio- politiques que vivent les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le chef de l’Etat avait identifié l’accélération du processus de décentralisation comme l’une des voies de sortie de crise. Avec ce département ministériel dédié, il progresse dans la mise en oeuvre d’une solution concrète à un problème douloureux qui perdure et qui perturbe grandement l’économie, la sécurité, la cohésion sociale. Un tel objectif n’a pas de prix. En définitive, avec ce nouveau gouvernement, l’on voit un président à l’offensive sur plusieurs fronts.

Sur la question anglophone, il est évident que le président de la République est au travail, et à l’écoute. Il fait ce qu’il a annoncé : mettre un coup d’accélérateur à la décentralisation, et il satisfait le besoin de reconnaissance politique des populations anglophones en nommant pas moins de quatre nouveaux ministres issus de cette partie du territoire.

Sur le front économique, ce réaménagement gouvernemental apparaît aussi comme le moyen propice pour le chef de l’exécutif d’affiner la stratégie de redressement amorcé. Dans une conjoncture marquée par les efforts de diversification économique et de réduction des dépenses publiques sous la houlette du Fonds monétaire international, la permutation entre les ministres des Finances et de l’Economie avec leurs équipes respectives ne saurait être de l’ordre d’un simple jeu de chaises musicales. Connaissant parfaitement les aptitudes personnelles de ses hommes, et les enjeux en présence, ce mouvement de Paul Biya nous paraît davantage lié à une stratégie d’optimisation des résultats, qui ne saute pas à l’oeil du profane. Bien plus, en touchant aussi le domaine de l’énergie qui se trouve au coeur de la feuille de route vers l’émergence, le chef de l’Etat montre sa détermination à réussir le nouveau tournant économique.

Dans cet exercice délicat de décryptage du dernier réaménagement du gouvernement, qui peut dire avec certitude ce qui relève du recadrage et de la sanction ? L’éviction d’un membre du gouvernement peut, il est vrai, résulter aussi d’une décision du président de la République suite au constat d’une insuffisance de résultat ou de quelque autre manquement grave. A cet égard, il est réconfortant pour les gouvernés de savoir que le pouvoir considérable des ministres est assorti d’une obligation de résultats et d’exemplarité. En ce moment où les Camerounais des quatre coins du pays n’ont qu’un rêve, « vivre en paix et vivre mieux », ils aspirent à ce que leur président veille sans répit sur le travail des hauts commis de l’Etat.

Et sanctionne au besoin. Si cet aspect des choses était confirmé, Paul Biya, le maître du temps dont les silences pesants ont induit plus d’un en erreur, serait passé là aussi, de la patience à l’exaspération. Sans crier gare.

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10 commentaire(s)

    1 a écrit le 2018/06/23 07:14:06 :
    vega
    1 a écrit le 2018/06/23 07:14:06 :
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