Dr Clément Nimessi:« La Commission doit jouer le rôle de gendarme »

Politique
Azize MBOHOU | 26-04-2017 14:44

 Enseignant de traduction et de terminologie dans les universités de Yaoundé I et de Dschang.

Quelles stratégies proposez-vous à la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme, en vue de l'accomplissement et de la réussite de ses missions?
La Commission doit jouer le rôle de gendarme (watchdog en anglais) qui régule et règlemente l’utilisation de nos deux langues officielles. Ce rôle se résume en un triptyque. Ce gendarme a un rôle préventif au début de son action et de ses activités. Dans un premier temps, ce gendarme sensibilise sur les « does » et les « don’ts » comme on le dit en anglais, c’est-à-dire le respect de l’éthique et des règles de l’art dans la pratique du bilinguisme tel que prévu par le décret N° 2017/013 du 23 janvier 2017 portant création de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme. La Commission doit s’inspirer des nombreux autres textes qui existent en la matière et qui demandent simplement à être mis en application.  Nous n’en voulons pour preuve que la circulaire du 16 août 1991 du Premier ministre à « Madame et MM les ministres, secrétaires d’Etat et assimilés, MM les gouverneurs de provinces », qui rappelle l’option prise par le gouvernement en vue de la promotion du bilinguisme et les mesures à prendre dans les services publics et parapublics, entre autres.
Devant le non-respect des règles de la circulation routière, ce gendarme devient un père fouettard qui utilise son sifflet pour brandir des sanctions contre le non-respect des textes en la matière, la non-utilisation, ou encore la mauvaise utilisation de nos deux langues officielles.  La non-utilisation ou encore la mauvaise utilisation de nos deux langues officielles renvoie immédiatement à ce qu’il est convenu d’appeler la gestion terminologique, tant en contexte monolingue que bilingue.
Dans un contexte de bilinguisme institutionnel comme celui du Cameroun, la transmission des connaissances, pour être efficiente et sans ambiguïté, doit respecter le principe « d'uninotionnalité », principe qui veut que chaque fiche terminologique (modèle de présentation des données terminologiques qui regroupe tous les renseignements disponibles relatifs à un concept) porte sur une seule notion et que, idéalement, toutes les données relatives à une même notion soient groupées sur une seule fiche.
Comment faire pour que l'anglais et le français soient deux langues d'égale valeur, comme le prévoit la Constitution?
Cela passe par la formation en quantité et en qualité des orfèvres de la langue que l’on appelle les langagiers traducteurs, interprètes, terminologues, rédacteurs techniques et journalistes spécialisés et il faut également s’assurer que les nombreux textes en la matière soient respectés. Il faut préciser qu’il n’existe pas au Cameroun une loi concernant la langue de l’administration, c’est-à-dire celle dans laquelle doivent être entretenus les rapports entre les citoyens et l’Etat.
En outre, le  gouvernement a mis la traduction au service du bilinguisme grâce à l’institutionnalisation des cellules de traduction dans les organigrammes de tous les ministères. Ces cellules sont chargées de la traduction courante, du contrôle de la qualité de la traduction courante, de la recherche terminologique (constitution d’une base de données terminologiques relative au secteur précis dont se charge le ministère concerné) et de l’application des technologies nouvelles en matière de traduction. Sur un autre plan, il est indispensable que les textes qui existent soient mis en application.
Les langues sont aussi des vecteurs de culture. Quelles sont vos attentes, en vue de la promotion de la diversité culturelle qui caractérise la Nation camerounaise?
Un premier pas a été franchi par la création d’un département des langues nationales à l’Ecole normale supérieure de Yaoundé, et par l’enseignement de certaines langues dans des lycées pilotes au Cameroun. Mais, la problématique de la pertinence de l’apport de la terminologie et de la traduction à l’enseignement, et la promotion des langues maternelles n’a pas été « adressée ». L’enrichissement et la promotion des langues maternelles, et donc de nos cultures,  passe par la traduction des manuels scolaires en langues maternelles afin de fournir aux enseignants et aux apprenants le matériel didactique adéquat ; la gestion terminologique des langues maternelles aux fins de l’apprentissage de ces langues au Cameroun ; l’élaboration des glossaires et lexiques en langues maternelles afin de de permettre une meilleure maîtrise de ces langues. Dans le contexte linguistique actuel du Cameroun, les langues maternelles sont un puissant facteur de développement. La terminologie et la traduction y jouent un grand rôle. Il y a donc un besoin de formation de terminologues et de traducteurs en qualité et en quantité suffisante pour mieux conduire les travaux de recherche sur les langues maternelles.

Partagez cet article :

0 0 0 0
Loading...

Autres articles que vous aimerez lire...

0 commentaire(s)

Laissez un commentaire

Vous devez être connecté pour commenter