Agriculture: les femmes veulent gagner du terrain

Elles constituent des acteurs majeurs de l’économie agricole dans la plupart des pays d’Afrique, mais paradoxalement, elles n’ont pas accès à la terre pour mener à bien leurs activités. Cependant, que ce soit au sein de coopératives ou appuyées par des or

Ce phénomène est revenu à plusieurs reprises durant les discours des dirigeants politiques et des responsables d’organisation internationale qui ont pris la parole au cours des différentes sessions de l’édition 2018 de l’African Green Revolution Forum (AGRF) à Kigali au Rwanda, du 5 au 8 septembre. Les femmes sont les plus actives dans le secteur de l’agriculture.

D’après les chiffres avancés notamment par Vera Songwe, Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique, l’activité agricole en Afrique est pratiquée à 45% par les femmes, et pourtant leur productivité n’est que de 30%.

Ce paradoxe, que la 23e édition de la journée de la femme rurale célébrée ce 15 octobre 2018 vient rappeler, s’explique en général par l’absence de finances, mais aussi par l’absence de terre. D’autres chiffres font état de cette situation alarmante. En Afrique, les femmes produisent plus de 80% de la nourriture mais possèdent moins de 10% de la terre.

Le Cameroun, en Afrique centrale, n’est pas épargné par cette triste réalité. Une étude menée par la Fondation Friedrich Herbert, dévoile que 5% des femmes camerounaises sont propriétaires terriennes, mais pourtant 70% des personnes travaillant la terre dans ce pays sont des femmes. Allant dans le même sens, des données du ministère camerounais des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières révélaient en 2009, que près de 8500 hommes ont établi des titres fonciers, contre 595 femmes. Un fait dû notamment au droit coutumier, qui pèse énormément dans les zones rurales du Cameroun. Ces sociétés patriarcales veulent que l’héritage revienne à l’homme, au fils, ce qui réduit considérablement les chances d’une femme de posséder une parcelle de terrain. L’héritier peut, selon sa volonté, lui céder une portion du terrain pour ses activités agricoles.

Dans les foyers polygamiques, les femmes sont contraintes de cultiver le sol appartenant à leur époux. De ce point de vue, certaines femmes ne s’envisagent pas dans la peau d’un propriétaire terrien. Elles se confinent à des travaux champêtres. Les femmes rurales, pour la plupart des agricultrices, ne disposent donc pas de terres, en général à cause des coutumes qui les empêchent d’hériter. Est-il seulement possible de pouvoir inverser cette tendance ? Nombre d’associations et de coopératives, avec l’appui de l’Etat ou d’organismes internationaux, se liguent pour défendre le droit des femmes à la terre et ainsi leur permettre de gagner du terrain.

La lutte des coopératives, des ONG et organismes internationaux

La loi est le premier allié des regroupements visant le retour des femmes à leur autonomisation en matière de propriété foncière. Il existe des Groupements d’initiative commune (GIC), qui se réunissent pour apprendre à leurs adhérentes les textes et lois autour du titre foncier. Les hommes sont également conviés à ces discussions, afin que la sensibilisation soit assimilée par la majorité des intervenants, peu importe le genre. Au cours de formations et de séminaires, il leur est rappelé que, selon la Constitution datant de 1996, le droit de propriété est garanti à tous indépendamment du sexe et que le législateur ne spécifie pas la question de l’individu quel que soit le sexe quand il définit le droit de propriété foncière. 

Des organismes internationaux installés depuis plusieurs dizaines d’années au Cameroun, comme l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), le Fonds international de développement agricole (FIDA), le Programme alimentaire mondial (PAM) développent également des projets de sensibilisation à l’égalité du genre à travers les zones rurales du pays, pour ainsi alerter les femmes au premier chef, ainsi que la communauté internationale.

L’Etat, à travers le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, mais aussi d’autres organismes et départements ministériels, s’attèle à étudier dans quelles mesures réformer la politique foncière en recherchant une concordance entre le statut coutumier et les textes en vigueur en ce qui concerne le droit d’accès des femmes à la terre. Des actions qui, à long terme, espèrent déboucher sur une économie agricole où les femmes sont les plus nombreuses, les plus actives, mais détiennent également le plus de terre.

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