« Nous avons placé nos usagers au centre de nos préoccupations »

Joseph LE, ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative.

Monsieur le ministre, vous avez séjourné dans la région de l'Adamaoua pour la connecter au réseau Sigipes. Qu'est-ce que le personnel de l'Etat gagne avec cette opération qui couvre désormais les 10 régions du Cameroun ?

Mon récent séjour dans la région de l'Adamaoua avait plusieurs objectifs dont le principal était de connecter notre délégation régionale à cette application qui est déjà disponible dans toutes les autres régions du pays. Ce qui a été fait de manière solennelle en présence du gouverneur de la région de l'Adamaoua. Avant d'évoquer ce que le Sigipes apporte aux agents publics, permettez-moi d'expliquer en quelques mots, ce qu'est le Sigipes. Le Système Informatique de gestion intégrée des personnels de l'Etat et de la solde (Sigipes) est un instrument de gestion des ressources humaines de l'Etat mis en place dans les années 1993-1994 en vue de maîtriser les effectifs et la masse salariale. Il est le socle informatique de la réforme sur la déconcentration de la gestion des ressources humaines de l’Etat. En effet, le Sigipes est resté fonctionnel de ses débuts jusqu'en 2003, dans seulement quatre administrations baptisées "sites pilotes". Il s'agissait du Minfopra, du Mineduc, du Minfi et du Minsanté. Puis, le Sigipes, s’est étendu au fil du temps à d’autres administrations dans le cadre de la déconcentration horizontale ainsi qu’à certaines régions en vue de l'amorce de la dimension verticale de cette réforme qui participe de la volonté des pouvoirs publics de rapprocher les prestations de l'Administration des bénéficiaires. A ce jour, Sigipes est opérationnel dans 38 administrations à l'exception du ministère de la Décentralisation et du Développement local. Pour ce qui est du déploiement en région, nous avons progressé sur ce point en connectant en huit mois la totalité des délégations régionales du Minfopra au Sigipes. Ce déploiement permet déjà le renseignement sur place et en temps réel des usagers qui ne sont plus contraints d'arriver à Yaoundé. De manière plus concrète, les agents publics peuvent savoir précisément à quel niveau, à quel poste de travail se trouvent leurs dossiers et si jamais, il faut les compléter, quelles sont les pièces manquantes. En plus de cette traçabilité dans le traitement des dossiers, le Sigipes a permis de réduire considérablement les délais de traitement du fait du passage du traitement manuel au traitement informatisé. Et enfin, les actes produits dans le Sigipes qui est une application fiable, sont sécurisés et électroniquement archivés. Au final, grâce au Sigipes, les agents publics peuvent disposer d'une information de qualité où qu'ils se trouvent aussi bien dans nos services centraux et déconcentrés qu'à travers notre site Internet.

Maintenant que cet outil informatique est disponible dans les chefs-lieux des régions, disposez-vous des équipements performants et d'un personnel qualifié pour faire face à la forte demande des usagers ?

Il faut revenir sur le contexte dans lequel nous avons finalisé ce déploiement du SIGIPES dans les régions. Nous étions confrontés à des problèmes techniques, notamment la disponibilité préalable de la fibre optique dans les zones ciblées et cela ne relève pas du Minfopra. Néanmoins, l'implication décisive de Camtel nous a permis de surmonter ce premier obstacle. Nous avons à cœur de permettre à tous nos usagers d'avoir accès en temps réel à la même information. Nous avons pu installer le Sigipes mais il faut dire que le parc informatique de nos délégations régionales doit être renouvelé. Si la liaison entre la base de données centrale et les différentes régions ne pose aucun problème, d'autres composantes à l’instar des licences d'exploitation, des antivirus seront également renouvelés progressivement afin d'optimiser le service rendu par nos Délégations régionales. Pour ce qui est de l'expertise locale dans l'utilisation du Sigipes, il n'y a pas de souci à se faire. La plupart des collaborateurs des services déconcentrés ont servi dans les services centraux où ils ont utilisé le Sigipes. Toutefois, dans la foulée du déploiement de l'application en région, nous procédons au renforcement des capacités des personnels des délégations régionales. Quatre régions en ont déjà bénéficié, à savoir le Centre, l'Est, l'Extrême Nord et le Sud. Les autres leurs emboiteront le pas rapidement.

Malgré le fait que le Sigipes couvre les 10 régions, l'on constate que les usagers continuent de venir à Yaoundé. Cela veut-il dire qu'ils ne sont pas suffisamment informés du traitement de leurs dossiers sur place ?

Vous savez, les habitudes ont la peau dure. Les usagers ont tellement été habitués à venir à Yaoundé qu'il leur faut un peu de temps pour intégrer ce changement de paradigme. Pour y parvenir, nous communiquons beaucoup et devons continuer à communiquer. Et c'est en cela que l'apport des médias est crucial pour que nos usagers sachent qu'ils ne sont plus obligés de venir à Yaoundé pour déposer leurs dossiers, ou pour avoir des informations sur le traitement desdits dossiers et même pour retirer les actes signés. Nous avons, sur instruction de la Haute hiérarchie, intensifié la communication en direction de nos usagers, de nos partenaires et du grand public afin qu'ils sachent ce que nous faisons et où nous allons. C’est ce qui a motivé l'instauration des points de presse périodiques que nous tenons sur des thématiques présentant un intérêt pour nos usagers aussi bien à Yaoundé qu'en région. Le dernier en date vient de se dérouler à Ngaoundéré sur le thème : Sigipes: Outil informatique au service d'une administration publique de proximité". Nous faisons autant que possible des sorties médiatiques dans le souci d'informer suffisamment nos usagers et le grand public. Nous allons poursuivre nos efforts dans ce sens.

Est-ce qu'il ne faudrait peut-être pas accentuer la communication à travers les radios communautaires afin que l'information soit à la portée de tous ?

Effectivement, c'est une piste que nous commençons à explorer. J'ai instruit à chacun de mes passages en région, les délégués régionaux du Minfopra de communiquer à travers ces médias communautaires qui nous permettent de toucher un public qui était jusqu'ici inaccessible à cause de la barrière de la langue. Au-delà de ces relais médiatiques, nous essayons de faire fonctionner le téléphone arabe, en assurant la meilleure prestation possible aux usagers qui viennent et qui certainement, ne manqueront pas de répandre autour d'eux la satisfaction que, selon leurs dires, le Minfopra leur apporte progressivement.

De nombreux actes sont pris en faveur des personnels de l'Etat mais ceux-ci ont du mal à entrer en leur possession. Quelles sont les mesures prises par le Minfopra pour que leur ventilation auprès de leurs destinataires soit rapide et sécurisée ?

C'est une préoccupation importante que nous avons adressée en mettant sur pied un dispositif spécial d'accueil et de renseignement des usagers dans les services centraux et déconcentrés du Minfopra. Ce dispositif permet entre autres, de collecter les actes signés dans les services centraux et de les notifier aux destinataires qui en ont fait la demande dans les services les plus proches de leur lieu de résidence. Pour ce qui est des services centraux, le problème ne se pose pas puisque les usagers sont accueillis et installés dans les espaces aménagés à cet effet et nos collaborateurs recueillent leurs préoccupations consignées sur les fiches dûment remplies, puis reviennent vers eux soit avec la réponse à leurs demandes d'information, soit avec l'acte signé qui est notifié contre décharge. En ce qui concerne les délégations régionales, les usagers sont accueillis et renseignés aussitôt grâce au Sigipes. Cependant, la notification des actes signés est légèrement différée le temps que la navette entre les services centraux et déconcentrés soit assurée. Ce qui se passe dans des délais relativement brefs en fonction de la distance et l'usa ger à qui toutes les informations sont fournies sur place, repart au moins avec la version électronique de l'acte signé en attendant la notification de l'acte physique. Enfin, je voudrais au sujet de ce problème de la notification des actes de carrière aux intéressés, faire le distinguo entre les actes qui demeurent de la compétence du Minfopra, de ceux qui, aux termes des dispositions du décret du 09 mars 2012, ont été déconcentrés. Il arrive que certains usagers s'adressent à nous pour des actes pris dans leurs administrations utilisatrices et une fois de plus, nous devons sensibiliser davantage les uns et les autres.

L’usager a désormais accès à votre numéro de téléphone et adresse mail. Quel est le feedback?

L'engouement des usagers est certain. En effet, une adresse mail professionnelle, via laquelle les usagers non satisfaits par la prestation fournie par mes services ou qui sollicitent des clarifications sur leur situation administrative, peuvent saisir directement le ministre à l’adresse : joseph.le@minfopra.gov.cm. Aussi, toute saisine par un usager donne systématiquement lieu à un traitement ou à une réponse appropriée. Environ cent quatre-vingt (180) mails sont reçus et traités par mois, dont quarante-sept (47) par semaine. Ce qui fait un total d'environ mille trois cent (1300) requêtes reçues et traitées depuis la création de cette adresse au mois d'avril dernier. Nous essayons d’y donner satisfaction, autant que faire se peut, et comptons d’ailleurs améliorer davantage ce service. Nous recevons de nombreux témoignages de satisfaction et c'est très en courageant.

Après Yaoundé, Ebolowa et Ngaoundéré, quelles sont les leçons que vous avez tirées du terrain ?

Le contact direct avec les collaborateurs et avec les usagers est toujours édifiant. J'ai pu toucher du doigt les réalités et vivre de l'intérieur les préoccupations des uns et des autres. Mes services sont confrontés à d'importantes difficultés matérielles et logistiques, mais cela n'entame en rien leur moral, encore moins notre détermination à fournir des prestations de qualité et à améliorer l'existant. Nous avons placé nos usagers au centre de nos préoccupations et ils sentent déjà le changement. La parole se libère et après les récriminations et les plaintes, nous recevons de plus en plus des encouragements et c'est stimulant. Les chantiers sont nombreux et nous allons nous y atteler. Nous le faisons conformément aux hautes directives du chef de l’Etat et sous l’autorité du Premier ministre, chef du gouvernement. En guise de conclusion, je dirai que l’action que nous menons vise un triple objectif: - Améliorer progressivement et irréversiblement les conditions de travail des fonctionnaires et agents de l’Etat sur l’ensemble de nos 10 régions; - Faire en sorte qu’aucun Camerounais, usager du service public, ne souffre du fait des lenteurs administratives et autres tares souvent reprochées à notre administration; - Faire en sorte que le service public qui, dans son essence est un service gratuit, le demeure. L’extension du Sigipes dans nos délégations régionales cadre parfaitement avec ce triple objectif.

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