Brigade « anti-sardinards » : l’art, otage de la politique

Après les élections présidentielles, des musiciens ont essuyé une vague de boycott sur les scènes de la diaspora.

Les réseaux sociaux ont joué un rôle prépondérant au cours des récentes élections présidentielles au Cameroun. Les internautes vivant à l’intérieur du pays et ceux retrouvés particulièrement dans la diaspora, n’ont pas hésité à donner leur avis sur cette période importante de la vie politique, donnant plusieurs fois lieu à des chocs houleux entre idées politiques. Des camps se sont formés, et en général, la courtoisie, l’éthique et la bienséance entre citoyens n’étaient pas de mise. Beaucoup ont été condamnés pour avoir pris le parti de tel ou de tel autre candidat, au mépris de la démocratie et de la liberté d’expression. La culture, comme nombre de domaines, n’a pas été épargnée.

Des artistes camerounais s’étant illustrés pendant un concert très couru, donné à la faveur d’un candidat, ont essuyé les critiques violentes des partisans d’un autre prétendant au titre suprême de chef d’Etat. Ces derniers sont allés jusqu’à appeler au boycott de spectacles desdits artistes à l’étranger. Sont nés alors, les mouvements de « tontinards » et « sardinards », et par conséquent, la brigade anti-sardinards. Cette quarantaine artistique imposée même aux musiciens camerounais les plus célèbres, est passée par des injures, des menaces et l’interdiction de se produire sur des scènes de la diaspora. Dans cette affaire, aucune différence n’a été opérée entre l’art et l’engagement politique, au grand dam des mélomanes et des artistes, punis par le manque de discernement de quelques-uns.

Des voix se sont élevées pour dénoncer ces attitudes. Par exemple, Roméo Dika, président du Syndicat camerounais des musiciens (SYCAMU) a décrié le comportement de ceux qui ont lancé une fatwa contre des artistes. D’autres comme K-Tino ou Ben Decca, en se rendant à l’étranger afin de donner des spectacles malgré les invectives, ont montré que l’amour de l’art est plus fort que la dictature imposée aux hommes de culture. La vague de boycott a duré plusieurs mois. Difficile de dire à l’heure actuelle si elle s’est réellement estompée. Seule certitude, elle a fait beaucoup de mal aux artistes, mais aussi à l’image de la culture au Cameroun.

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