Spectacle: le combat de « Zayéné »

La comédie musicale signée Sally Nyolo, jouée le 8 février dernier à Yaoundé, est un cri contre le mariage précoce.

Puissants et engagés, le son du mvet et la voix de Sally Nyolo prêtent les mots à des jeunes filles en grande souffrance. Un spectacle instrumental et vocal contre le mariage précoce. Cette comédie musicale signée de l’icône de la chanson camerounaise a été dévoilée le 8 février dernier à l’Institut français de Yaoundé. Dans le village imaginaire de Dala, Ernest Ndzana va demander la main de Zayéné, âgée de 9 ans. Au lieu d’aller à l’école, la petite ira au « siksa ». Chez les bétis, il s’agit d’une préparation effectuée sur divers plans avant de convoler en justes noces.

Elle vise à faire de la future promise une parfaite épouse. Dans un coin de la scène, se dresse une tente au-dessus de laquelle est marquée l’inscription « Siksa ». Plaidoiries et sanglots de Zayéné s’en échappent. « J’étais haute comme trois pommes. Le cœur pas encore formé », se défend-elle. Sera-t-elle seulement entendue ? « Kimani a dit, je ne veux pas de ce mari. Alors elle a fui, elle est partie »,entonne Sally Nyolo. Qu’elles s’appellent Zayéné, Kimani ou Mariama (cette dernière, mariée à 8 ans, a croisé la route de l’artiste dans un de ses périples de sensibilisation) ces jeunes filles forcées de vivre l’expérience du mariage trop tôt ont inspiré les 15 titres joués dans cette pièce en cinq actes.

L’objectif de ce spectacle d’après son auteure ? « Rire de nous-mêmes. » De nous-mêmes… De toute cette société qui laisse faire, de ces parents qui cèdent leurs fillettes à des vieillards en échange de chèvres et de casiers de bière… Rire, mais agir avant tout. Le mariage précoce comme les mutilations génitales féminines et tout autre abus est une violence contre les filles.

Dans cette comédie musicale de Sally Nyolo, le prétendant se rend compte de son infamie : « Moi aussi ! Une petite fille de 9 ans ? » Combien sont-ils à prendre conscience de cette tragédie ? Très peu pour l’artiste, sinon elle n’en serait pas là, à défendre l’innocence de ces jeunes filles sur les planches de l’IFC. Un combat de longue date menée par Mama Sally, avec ses victoires et ses défaites, et de plus en plus, ce lot de partenaires qui rejoignent ce chemin jonché d’obstacles.

Au premier rang, le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille. Le ministre Marie-Thérèse Abena Ondoa était d’ailleurs un des spectateurs privilégiés de ce spectacle que Sally Nyolo et toute sa troupe constituée de comédiens, de danseurs, de musiciens souhaitent porter dans tout le pays et au-delà.

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